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Pont-Croix 

Objets rares d'hier 

Le drusthuil, meuble typique du Cap-Sizun

 

La coiffe de deuil "ar jibilinen "

Ces objets sont visibles au musée du patrimoine 

Le  Marquisat de Pont-Croix

et en photo sur le blog

 

 

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Vous aimez la Bretagne

Vous aimerez le Cap-Sizun

situé au bout du monde, au pays des calvaires, au pays des chapelles, au pays du grandiose, là où finit la terre et commence la mer.

Regardez!!

 

 

 

 


 


Evel ar C'hap, n'eus bro ebet

Il n'y a pas de pays comme le Cap

Pont-Croix

Cap-Sizun côté pile et face

Beuzec

Cleden

Confort

Mahalon

Goulien

Plogoff 

Plouhinec

Pont-Croix 

Primelin

 

Toutes ces miniatures sont extraites de l'album photo du blog. Elles correspondent chacune à un article qu'il suffit de demander dans la liste des articles 

 

 

 

 

 

12 juillet 2006 3 12 /07 /juillet /2006 11:28

Ma Bro Ar C'hap Gwechall suite 7

  7- Les guerres:  14/18- 39/45- Résistance-Indochine –Algérie –

 

Le Cap-Sizun a payé un lourd tribut à toutes les guerres comme toutes les provinces de France. Je ne parlerai pas des guerres du XIXème siècle comme celle de 1870. Seulement de celles du XXème siècle.

    

71- Guerre de 14/18-

   La guerre de 1914-1918 est racontée dans les livres. Le Cap ne se différencie pas de la Bretagne en général. Selon les versions, le chiffre des Bretons morts à la guerre s’élève pour les uns à 240.000 (Roger Laouénan), pour les autres à 150.000. Il serait facile de faire le tour des communes, compter les noms inscrits sur les monuments, en faire le total et annoncer le nombre de Capistes morts pour la France en 14/18. Je ne l’ai pas fait car ce ne serait qu’un chiffre de plus, sans grande signification , le problème étant plus global . Mais cela s’est fait par endroits : DOUARNENEZ : 700, PLOUHINEC : 217. En fait, la difficulté serait de totaliser les noms inscrits tant sur les monuments que dans certaine églises et chapelles : exemple à CLEDEN-CAP-SIZUN où les morts du quartier de Langroas sont inscrits sur des plaques dans la chapelle et non à l’église paroissiale. Avis aux amateurs de chiffres qui devraient s’adresser aux mairies. Ceci est plus un travail de journaliste que de narrateur. En conséquence, je préfère citer la phrase du Général Nivelle :

 

 

 

 

 

 

« J’en ai consommé des Bretons à VERDUN et au Chemin des Dames » .

 

  Le Cap a payé son tribut, ni plus ni moins. Il faut cependant remarquer que les risques encourus n’étaient pas les mêmes selon les armées, car cette guerre a été avant tout terrestre, et très peu maritime, exception faite des DARDANELLES en 1915 (mon père y était), et du ‘’Lusitania’’, paquebot anglais torpillé cette même année près des côtes d’Irlande (1198 morts). CHARLEROI, la MARNE, l’YSER, Les EPARGES, VERDUN (Tranchée des Baïonnettes), FLANDRE, SOMME, sont des noms de terre. DARDANELLES, FALKLAND, JUTLAND sont des noms liés à la mer. Mais un mort sur terre ou un mer en mer ne se différencient pas. Faut-il rappeler que la France a compté 1.400.000 morts et l’Allemagne  1.800.000 morts. Dans ma famille, un seul de mes oncles n’est pas revenu. Il était fantassin et paysan. Les autres, 5, servaient dans la marine, et sont tous revenus. Je cite des faits. C’est un constat, ce n’est qu’un constat, et je ne ferai pas d’autres commentaires à ce sujet.

  Toutes les communes ont érigé des monuments à la gloire de leurs poilus et inscrit leurs noms dans la pierre. La ‘’comptabilité’’, si l’on peut  utiliser ce terme incongru, serait relativement facile en apparence. Il faut alors savoir que la commune de SAINTE ANNE d’AURAY a érigé un mémorial inauguré le 24 juillet 1932, et dédié aux bretons morts pour la France pendant la grande guerre, la ‘’der des der’’.  L’idée de ce monument avait émise par l’architecte des bâtiments de France : Monsieur  Chaussepied. On retrouve ce nom à l’église d’AUDIERNE (Saint Joseph) et à PONT-CROIX (petit séminaire). Hélas, seulement 8.000 noms figurent sur ce monument. 8.000 sur 200.000 ou plus. Seulement 316 paroisses sur les 1600 concernées ont participé au financement. L’argent est le nerf de la guerre et l’inscription était payante. Dont acte !!

  C’est le monde rural, les paysans qui ont payé le plus lourd tribut  à cette première guerre mondiale. Cela va se ressentir dans les campagnes et créer un certain état d’esprit. Ce n’est de la faute à personne, mais c’est ainsi. Il faut le savoir. Mais la ‘’der des der’’ n’était pas la dernière. Pour l’anecdote, je signale que mon patronyme ... est répété 6 fois sur le monument d’AUDIERNE. Simple constat, encore un, d’un nom très répandu localement.

 

72- La guerre de 1939-1945

La 2ème guerre mondiale est également racontée dans les livres .’’ Les clandestins de l’Iroise’’ de  René Pichavant constitue une bonne  référence pour ce qui concerne le Cap-Sizun. J’y reviendrai, à propos de la Résistance à laquelle je consacrerai un chapitre. Mais d’ores et déjà, je crois pouvoir dire que tout le monde a entendu l’expression selon laquelle l’Île de Sein serait le quart de la France. D’autres ouvrages ont traité le sujet, chacun peut choisir le sien.

  J’ai déjà parlé du bateau ‘’Ar Zénith’’ dans le chapître consacré aux sauvetages, à propos de la construction de la digue de Sainte Evette. Je me contenterai donc d’évoquer l’arrivée des Allemands, l’occupation, le rationnement, la Résistance (citée précédemment), le combat naval devant AUDIERNE, et enfin la libération.

Arrivée des Allemands-

Les premiers soldats  sont arrivés dans le Cap le 20 juin 1940 et se sont installés très rapidement dans des bâtiments réquisitionnés : Hôtel de France à AUDIERNE, école Jeanne d’Arc à ESQUIBIEN, les hôtels de la Pointe du Raz : [ l’hôtel de l’Armen (François et Jeanne Hamon, mes oncle et tante], l’hôtel du Raz de Sein, succursale de l’hôtel de France à Audierne (Mr et Mme Le Bour- Keradennec), le grand Hôtel Moderne, succursale de l’hôtel du commerce, ex hôtel Batifoulier, à AUDIERNE  ( Mr et Mme Lapous qui l’avaient fait construire en 1932). Pour être complet, il faut dire que ces hôtels de la Pointe du Raz  ont été pratiquement détruits et rasés par l’occupant en 1942.

  Très rapidement, on va assister au démarrage de la construction du mur de l’Atlantique (organisation TODT) , avec quelques point forts : Pointe du Raz, ESQUIBIEN (Lezongar), côte plouhinécoise et bigoudène. La population dans sa majorité, n’apprécie guère cette situation qui provoque l’établissement des cartes de rationnement, cartes de tabac (également attribuée aux femmes), contrôles et brimades en tous genres . Les hommes (cas de mon père) sont réquisitionnés pour garder de nuit, les poteaux et lignes  téléphoniques  par crainte des sabotages. (1940-1941). Puis c’est le recrutement et la traque des jeunes de 18 ans pour le service du travail obligatoire (STO). Rafles, déportation, résistance, collaboration, marché noir, on ne peut résumer cette époque en quelques lignes. Je renvoie donc aux livres d’histoire, pour  me limiter  à un récit plus personnel, peut-être anecdotique.

   Les temps sont durs. Si la nourriture ne pose pas de problème majeur à la campagne, 

( lait, beurre, œufs, farine, pommes de terre, volailles et même  parfois viande d’abattage clandestin ..etc sont produits à la ferme), il n’en est pas de même en ville (Audierne). Cest l’époque du marché noir, du troc. Ma mère travaille sur les quais, et réussit parfois à se procurer auprès des marins, un peu de carburant (essence , pétrole) en contre partie du tabac acquis grâce à la carte  (elle ne fume pas). A son tour, le carburant devient monnaie d’échange à la campagne contre des denrées alimentaires ou du bois de chauffage. Fort heureusement, le gaz est déjà installé à AUDIERNE (compagnie Lebon). Ma famille en bénéficie et s’en trouve fort aise car le charbon est également rare. Hélas, nous n’avons pas encore l’électricité. Les devoirs de classe sont faits à la lueur de la lampe à pétrole. Les enfants de mon âge doivent aussi, courir la campagne pour quémander de la nourriture, tant en Cap-Sizun qu’en Bigoudénie jusqu’à POULDREUZIC . On me permettra de signaler ici la qualité de l’accueil et de l’hospitalité que j’ai reçus en pays Bigouden. J’ai même été hébergé,  frauduleusement car cela était interdit, à la tombée de la nuit par des gens compatissants, compréhensifs, à moins qu’ils ne fussent tout simplement charitables malgré les risques encourus. Merci les Bigoudens !! J’ai été contrôlé, arrêté et même menacé par les Allemands, à plusieurs reprises. Mon jeune âge a toujours été mon meilleur passeport. Souvenirs d’enfant : lorsque les alliés ont bombardé la Pointe du Raz, le jour du pardon de ‘’Notre Dame de Bon Voyage’’, ma famille au complet a été enfermée par les soldats allemands, dans le verger de la ferme Le Borgne à Kérivoas (Audierne), sur la route du Cap. J’ai été  relâché à la nuit, ainsi que ma mère.

 Le  combat naval d’AUDIERNE-

 

 

 

 

 

Un des épisodes les plus intéressants me paraît être le combat naval qui s’est déroulé devant  AUDIERNE  dans la nuit du 22 au 23 Août 1944. Parlons- en !

Le  « journal des combattants » No 2262 du 11 avril 1992, a donné une version des faits, quant au rôle joué par certaines personnes. Cette version fait suite à celle qui figure dans les bulletins municipaux d’AUDIERNE, datant de janvier 1987 et janvier 1988. Crédible ou pas, je n’ai pas à juger. Mais, le journal des combattants authentifie les faits en se référant au Capitaine Finot (déjà cité dans le chapitre consacré aux Capucins). Le bulletin municipal se réfère au Capitaine Bourdon (mon ancien professeur d’anglais à Audierne). Seulement voilà !! Le 24/8/2001, Alain Le Berre , historien amateur, fait publier par   ‘’Le Télégramme de Brest’’, un article intitulé : « bataille navale d’août 1944 : comment la Royal Navy a-t’- elle été informée ? », dans lequel on lit :

  « Depuis une trentaine d’années, des articles de presse rapportent les propos d’un FFI sur la portée des renseignements transmis au Capitaine de Frégate Wilkie commandant la MTB (Moto Torpedo Boat) 738 et la 64ème flottille…. » .

  Il apparaît dans cet article qu’il y a eu contact verbal et physique entre pêcheurs de ‘’Pors- Poulhan’’ et marins anglais le 21 août 1944 . L’épisode des signaux lumineux, réels ou faux, n’est donc pas la  raison essentielle du renseignement dont disposent les anglais. Monsieur Le Berre ajoute :

    «  Cet épisode local du renseignement, de taille s’il en fût, n’a pourtant pas  laissé de traces, ni dans les archives anglaises accessibles depuis de nombreuses années, ni dans celles du bataillon de Pont-Croix ».

  Tels sont les faits pour lesquels je dispose des documents auxquels je me réfère. Quoiqu’il en soit, le combat a eu lieu et j’en ai des souvenirs. Je dormais dans ma chambre, à poings fermés, à 1 kilomètre à vol d’oiseau de la plage d’AUDIERNE . Ma mère m’a réveillé. Du premier étage de la maison, j’ai assisté à un feu d’artifice comme il n’en existe pas encore le 14 juillet. Lueurs, fusées éclairantes,détonations, un avant-goût de la fin du monde. J’ai alors pensé que, tant qu’à faire, il valait mieux mourir dans son lit. Je suis retourné me coucher avec mes 14 ans d’âge, avant de prendre connaissance du bilan, le lendemain :

   7 cargos allemands qui avaient quitté BREST le 22 août 1944, à la nuit tombante, furent rattrapés le 23 août à 1 heure 30 par les anglais. Aucun n’en réchappa. Même pas celui qui cherchant à rejoindre le port d’AUDIERNE, s’échoua à l’ouest du môle du Raoulic où il est encore visible les jours de grande marée. Le plateau rocheux de ‘’la Gamelle’’, bien connu des pêcheurs, recèle aussi des vestiges de cette armada. Quant aux pertes humaines, on croit pouvoir les évaluer à une centaine de morts pour 240 survivants.

  Les morts furent inhumés dans un cimetière provisoire se situant sur la commune d’ESQUIBIEN, à l’emplacement de ce qui est devenu « La Flibuste » (qui a d’ailleurs changé de nom et a été  récemment détruit par un incendie). J’ai pu voir ce cimetière à la libération, comme j’ai pu voir aussi des marins allemands se promenant sans armes dans AUDIERNE, déserteurs en puissance peut-être.

  Quant aux survivants qui avaient rejoint la côte à la nage, ils furent très mal accueillis par la garnison allemande de ‘’Lezongar’’, peu soucieuse de partager ses vivres. Ils furent nombreux à cantonner à ‘’l’hôtel de la plage’’ ( partiellement détruit et vandalisé par l’occupant), appartenant à Monsieur et Madame Ansquer (mes oncle et tante). J’ai pu constater moi-même les dégâts causés par la soldatesque, à la libération d’AUDIERNE intervenue le 20 septembre 1944. Comme j’avais assisté à l’arrivée des motards allemands en 1940, j’ai vu arriver les américains en 1944, par la rue du 14 juillet ( déjà citée) à AUDIERNE, avant l’attaque de ‘’Lezongar’’. Mes rudiments d’anglais m’ont permis d’indiquer au conducteur du véhicule de tête la direction générale de l’objectif. Un peu plus tard, badaud parmi les autres, j’ai eu ma récompense au carrefour de la ‘’Croix-Rouge’’ : une tablette de chocolat, jetée d’un engin blindé, et attrapée à la volée.

  Tel est le récit d’un enfant d’AUDIERNE, qui a vécu ce combat naval dans son lit, et n ‘en fut pas décoré pour autant, pas plus que pour un quelconque autre motif de sommeil réparateur pendant la guerre.

  La rumeur aussi a fait son travail : crochets à goémons pour tirer les  cadavres des marins noyés, doigts coupés pour récupérer les alliances etc…Vrai, faux ?? Je n’en sais rien, mais il me paraît un peu facile de ressortir les antécédents de pillage d’épaves. Qui sait ??

  Je ne sais que ce que j’ai vu :

    En me rendant à l’hôtel de la plage en compagnie de ma mère, immédiatement après la chute de ‘’Lezongar’’, j’ai traversé un barrage de mines anti-chars, sur la route entre ‘’Kergadec’’ et la plage (entre l’actuelle propriété Seznec et la plage si ma mémoire est bonne). J’ai gardé le souvenir de ces mines placées en quinconce. Plus tard, dans ma vie professionnelle , j’aurai l’occasion d’identifier ce type de mines. Il s’agit de ‘’Tellermine’’ contenant environ 5 kilogs d’explosif, genre TNT. Elles ne sont pas dangereuses pour les piétons, sauf  bien-sûr, si elles sont piégées. Celles de Kergadec étaient déjà dégagées quand je les ai vues ; pour autant, elles n’étaient peut-être pas neutralisées.

  Mais d’autres évènements ont laissé des traces en Cap-Sizun, comme ailleurs : tout d’abord la Résistance, puis les guerres d’Indochine et d’ Algérie. Concernant ces dernières, je serai très bref : uniquement des chiffres et seulement pour respecter la mémoire.

 

Les guerres d’Indochine et d’ Algérie

  Rappel des pertes françaises :

Tués en Indochine :77.334 – Blessés : 84.270 (source internet)

Tués en Algérie : 30 .000 – Blessés : 64.985 (id°)

    De nombreux Capistes figurent parmi les victimes, dont 419 finistériens en Algérie selon une association d’anciens combattants ( FNACA). Un monument érigé à PLEYBEN en 2003, affiche en effet 419 noms. Les autres départements bretons recensent 339 morts en Côtes d’Armor, 309 en Loire Atlantique, 286 en Morbihan et 273 en Ille et Vilaine.

 Les combats s’étant déroulés outre-mer, je n’en dirai pas plus pour revenir au Cap et parler de la Résistance.

 

La Résistance

  Comme partout en France, les forces de la Résistance ont eu deux composantes : les FFI, forces françaises de l’intérieur, et les FTPF, francs tireurs patriotes français. Si l’objectif commun de ces deux forces était de chasser l’envahisseur, l’une d’entre elles, la seconde était marquée politiquement à gauche, inspirée et chapeautée par le parti communiste. Par voie de conséquence, l’autre se situait plus à droite. Sollicités par les deux formations, les jeunes, souvent réfractaires au STO et épris d’idéal, s’engageaient dans l’une ou l’autre sans être pour autant politisés, mais parfois tout simplement, pour suivre des camarades qui les avaient précédés. Je réserve donc mon opinion concernant ce classement schématique et simpliste, tout en reconnaissant l’exactitude théorique du cliché.

  Quelques personnages locaux vont émerger dans cette période. Je ne les classerai pas plus à droite qu’à gauche. Chacun pourra le faire, selon ses idées. Plusieurs nous ont déjà quittés ; fort heureusement, il en reste. Je rappelle que j’avais 14 ans en 1944. Je vais donc aborder ce sujet avec la prudence et surtout le respect qui convient, en jetant sur cette période le regard d’un enfant.  Je signale encore que le livre de René Pichavant : ‘’les Clandestins de l’Iroise’’ tome V, en a fait un récit  très précis qui s’appuie des témoignages. Je ne peux donc ajouter que des compléments et éventuellement donner une version plus personnalisée à travers des personnages rencontrés en cours de route. Je ne citerai donc que ceux auxquels j’ai pu être lié pour diverses raisons.

  J’ai déjà parlé à deux reprises du bateau ‘’Ar Zénith’’. Je n’y reviens donc pas.

    Quelqu’un dont on a peu parlé est Yves Le Meur. Il a quitté AUDIERNE après la guerre, ce qui peut être une explication de la discrétion actuelle. Pourquoi parler de lui ? Parce qu’il habitait dans la maison de ses parents, située à 100 mètres de chez moi. Je le connaissais bien, et encore mieux son frère plus jeune François, mort en Algérie aux commandes d’un avion de chasse et d’appui au sol de modèle T 6. Ce voisinage me permettait parfois de voir certaines choses  et surtout d’en entendre. Suite à une dénonciation, son père, également Yves, fut arrêté en pleine nuit par une patrouille allemande et conduit à la Kommandantur. Le détachement crut devoir traverser mon jardin malgré les mises en garde de Monsieur Le Meur qui connaissait l’existence de ‘’Bobby’’, le chien de la maison. Ce qui devait arriver arriva : ‘’Bobby’’ se jeta sur les uniformes et reçu un coup de fusil mauser qui ne le tua pas mais en fit un blessé grave. Ma mère dût se séparer de ‘’Bobby’’, dans des conditions dont je ne parle pas. Monsieur Le Meur fut relâché, car c’est Yves qui était recherché. Dès l’âge de 18 ans, il s’était investi dans la lutte en créant un réseau baptisé’’Front National’’, dans lequel il fut bientôt rejoint par des personnages connus, tels Paul Finot et Michel Bourdon déjà cités précédemment. Je  crois que Edmond Lardic, devenu plus tard  peintre connu et de talent, sans pour autant oublier sa condition de ‘’survivant-rescapé’’ d’une fusillade, en faisait aussi partie.

  Pierre Quéré était aussi très recherché. Il logeait souvent chez sa tante, à Kergadec, où il côtoyait Monsieur Moréno, directeur de la compagnie française, qui  travaillait au profit de l’organisation TODT, à la construction du mur de l’Atlantique. Les bureaux de cette entreprise se trouvaient à l’école des filles  du  Stum (Pierre Le Lec). Je crois aussi qu’il lui est arrivé de trouver refuge au cimetière d’AUDIERNE , dans la chapelle funéraire de la famille Le Duff de Mesonan déjà citée (près de la tombe de Guezno). Selon un témoignage écrit adressé par Paul Abgrall de LOCTUDY, « la pâtisserie de Madame Hamon, rue Gambetta à  AUDIERNE, accueillait occasionnellement ce sans-logis de la résistance. A l’occasion d’une fouille dans le quartier, cette maison fut la seule à ne pas être visitée. C’est pourtant là que des voisines trouvèrent plus tard des fusils abandonnés par des fuyards ».

  J’ai assisté un jour à une fuite à partir de cette maison, suite à une alerte. Mais, manquant d’éléments d’appréciation, je n’en dirai pas plus.  Seulement que le jardin en terrasses situé contre la colline permettait, à condition de faire preuve  d’une certaine agilité, d’atteindre le lieu-dit ‘’Le Castel’’ pour s’évanouir ensuite dans la nature.

  Dans son ouvrage cité en référence, René Pichavant a publié beaucoup de noms. On peut donc s’y reporter. Les circonstances m’ont permis de rencontrer quelques uns de ces acteurs. Je citerai  avant les autres mon camarade Yves Donnart, le Colonel Donnart qui nous a quitté le 4 novembre 2002. Pourquoi ? Parce que nos chemins se sont croisés, à plusieurs reprises dans la vie locale et  professionnelle. Etudes à AUDIERNE  tout d’abord. Puis Collège à QUIMPERLE , établissement que je fréquenterai moi-même plus tard. En 1944, Yves a intégré la Résistance du Cap, après celle du réseau de son collège, et  participé au parachutage de MAHALON. Il  est arrêté par les Allemands suite à une dénonciation. Peut-être savait-il par qui. Il a emporté son secret sans le partager, à moins que… !! Incarcéré à la prison de l’école Saint-Charles à QUIMPER, il ne doit son salut qu’à la déroute de l’occupant. Première croix de guerre pour un Audiernais de 20 ans qui a sans doute eu le temps de réfléchir dans sa cellule au sens de la vie ainsi qu’à la relativité et la vanité des choses. Puis carrière militaire. Indochine comme Lieutenant commandant une compagnie de la Légion Etrangère, 3 fois cité. On ne confie pas le commandement des meilleurs soldats du monde à Monsieur X.. Algérie comme Capitaine. Commando de chasse : 3 fois cité. Nos chemins se sont croisés à ALGER en 1963. Le petit audiernais qui avait côtoyé la mort dans la Résistance, a terminé sa carrière avec le grade de Colonel. J’ai tenu à raconter ce parcours d’un  résistant de base pour plusieurs raisons. La principale est que l’on a beaucoup parlé de l’inexpérience de ces jeunes mal préparés au combat. Ayant choisi de poursuivre une carrière militaire, formé dans les écoles d’officiers, le petit maquisard audiernais qui ne se vantait jamais de rien et surtout pas de faits de Résistance dans laquelle il donnait l’impression d’être simplement passé, a prouvé ses  qualités de combattant et de chef. J’exprime cette opinion à titre personnel , mais on m’accordera peut-être un certain crédit en la matière. Mon ancien m’honorait de son amitié et parfois, de ses rares confidences. J’ai eu à lui rendre un dernier hommage, devant son cercueil, à l’église d’AUDIERNE, avec beaucoup d’émotion car je considère qu’il  a accompli un beau parcours, après avoir frôlé le peloton d’exécution.

  François Péron ! Un nom très connu à AUDIERNE  et à PONT-CROIX car sa mère était Pontécrucienne. Il nous a quitté le 7 mars 2002. Sous-Officier de carrière, fait prisonnier en 1939, il  s’est évadé et a rejoint Audierne pour ‘’s’évaporer dans la nature’’. En Allemagne il a appris l’allemand qu’il pratique assez bien. Il assure d’abord le commandement de la compagnie Cambronne, puis du bataillon d’Estiennes d’Orves dans la Résistance, et participe à toutes les actions locales. Il a poursuivi sa carrière dans l’armée. Nos chemins se sont croisés au mess des officiers, à ORAN. Nous étions tous les deux en mission,  et de passage. Deux Audiernais qui se rencontrent  ne peuvent que parler du Cap, ce que nous fîmes. Il a terminé sa carrière comme Capitaine, particulièrement décoré en raison de ses états de services.

  Henri Moullec. Certains l’appelaient Alain. Egalement Sous-Officier d’active, retiré à PONT-CROIX, il devient très rapidement le chef militaire de la compagnie SURCOUF qui participe elle aussi aux actions locales dont le parachutage de MAHALON et les combats de Lesven en BEUZEC (déjà cité) . Lui aussi va poursuivre sa carrière militaire qu’il terminera avec le grade de Commandant. Plus tard, nous deviendrons amis à AUDIERNE. Il nous a quitté, en 1997 je crois.

  Si j’ai voulu parler de trois officiers ce n’est pas pour sous estimer les autres . Au contraire. Seulement pour faire ressortir que ces maquisards mal instruits, se battaient avec foi, conviction et détermination, qui sont les éléments essentiels de la réussite, quels que soient par ailleurs les niveaux de technicité et même l’armement utilisé, souvent insuffisant voire désuet dans la Résistance.

  Mais les officiers n’ont pas l’exclusivité, et ce n’est pas Edmond Lardic qui dira le contraire. Il fait partie des fusillés de la Croix Rouge et a été laissé pour mort dans la carrière des exécutions. Lui non plus n’en ‘’rajoute pas’’. Il n’est pas devenu officier, ce qui prouve qu’il n’y a pas d’exclusive.

  Et tant d’autres noms, certains connus, d’autres plus dicrets qui n’en ont pas moins de mérite pour autant :

-         les agents de liaisons, surtout féminins et modestes : Jeannette Brénéol ( épouse Scoarnec), Yvette Kerdraon (épouse Perrot), les demoiselles Claquin , mes voisines, et tant d’autres. La regrettée Annick Pensec qui , malgré un handicap, s’était engagée à fond dans ce combat dangereux en hébergeant des ‘’recherchés’’.

-         les soignants : Jean Pierre Perrot, devenu médecin cardiologue, Daniel Scoarnec aujourd’hui disparu, Jeannette Guéguen (Madame Colin) travaillant avec les médecins locaux et encore, je le répète tant d’autres.

-         Les combattants de base et surtout ceux qui n’ont pas fait parler d’eux

-         Les noms plus connus comme le Colonel  Plouhinec ou le Commandant Marie.

   Je ne peux citer tout le monde dans un bref chapitre traitant de la Résistance en Cap-Sizun. Ce n’est d’ailleurs pas mon but car il y a beaucoup d’autres choses à dire. Je renvoie donc aux ouvrages spécialisés et en particulier à René Pichavant pour en savoir davantage et connaître d’autres acteurs.

  Deux actions majeures sont à porter au crédit de la Résistance : le combat de Lesven (Beuzec), et le combat de Lézongar (Esquibien) qui se termine par la capitulation des Allemands et la libération d’AUDIERNE et du Cap-Sizun.

LESVEN et LEZONGAR

  Les choses ne vont pas bien pour les allemands. Les alliés ont débarqué en Normandie le 6 juin 1944 . Ils progressent vers l’est et vers l’ouest. BREST , qui détient le record de ville la plus bombardée de France est libérée le 18 septembre après avoir été assiégée depuis 7 août et subi 165 bombardements de 1940 à 1944.

  Sentant l’étau se resserrer, la garnison allemande de Lezongar (300 soldats), tente de rejoindre celle de CROZON en traversant la baie de DOUARNENEZ. L’opération s’effectue le  26 août 1944. Les forces de la Résistance les interceptent avant l’embarquement. Bilan : 18 résistants morts, une trentaine d’allemands tués ou blessés et 238 prisonniers. Une stèle commémore ce combat sur la D7, entre BEUZEC et la pointe duVan.

  La garnison de Lezongar tient toujours, et se rend aux américains un mois plus tard, le 20 septembre .

  Le Cap a payé le prix de la guerre : les fusillés de la Croix Rouge , les morts de Lesven, les déportés qui ne reviendront pas ( sont revenus : Constant Floch, Jo Le Gac), les exécutés  par le peloton : Manu Brusq, Jean Simon et tant d’autres, les victimes civiles (dont Pierre Le Lec, mon ancien instituteur, Monsieur Nirma) .

  Il est temps de clôre ce chapître. Je le fais en m’excusant de n’avoir pas tout dit ni cité tout le monde. Nous n’en sommes qu’au ‘’Cap-sizun Gwechall’’. Ce n’est pas fini !!

 

Le camp d’internement

 

  Le nom peut surprendre. Je l’utilise donc avec prudence en précisant qu’il a été utilisé par d’autres.

  Le supplément au bulletin municipal de PLOUHINEC en date du 16 mars 1998, a consacré un article au lycée professionnel Jean Moulin intitulé « Pré…histoire ». On peut donc s’y référer, pour apprendre qu’il s’agit à l’origine d’une conserverie, devenue colonie de vacances en 1933, avant de devenir centre d’hébergement de réfugiés de 1937 à 1939 (réfugés en provenance d’Espagne) . Puis, je cite :

  « Le 4 juin 1940, arrivèrent en gare de QUIMPER, sans escorte, environ 200 individus en civil (avec valises et baluchons) qui furent conduits en car à la colonie de POULGOAZEC, réquisitionnée en 1939.

  Qui étaient-ils ? Des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ? Des ennemis du Reich ou des faux ‘’anti nazis’’

  Ils tombaient au moment où les esprits étaient échauffés par la mauvaise tournure que prenaient pour nous  les combats…les rumeurs de trahison et de ‘’Cinquième colonne’’.

  Considérés en définitive comme suspects, ils furent l’objet de paroles et de gestes d’hostilité de la part de la population quimpéroise.

 Internés à POULGOAZEC sous la garde de territoriaux, ils n’eurent que très peu de contact avec les habitants. La colonie Beau était devenue ’’camp de la cinquième colonne’’ pour les uns, ’’camp des juifs’’ pour les autres.

  A l’approche des soldats allemands entrés à QUIMPER le 20 juin 1940, les territoriaux se dispersèrent. Une partie des soi-disant suspects (dont des israélites sans nul doute) s’enfuirent à travers champs. Certains cherchèrent de l’aide auprès de la population en proposant argent et bijoux.

 D’autres internés, pour la plupart originaires d’Europe centrale, restèrent sur place ; ils furent libérés sans autre formalités, à l’arrivée des troupes allemandes….. 

  Rien de concentrationnaire par conséquent. Mais, informés de mes recherches, des amis m’ont offert un livre intitulé ’’Errance en France’’ et écrit par Soma Morgenstern, aujourd’hui disparu (réédition en novembre 2002). La 4ème page de couverture comme on dit en matière d’édition présente :

 l’auteur :

   -« Né en 1890 en  Galice orientale….critique musical, auteur de romans, il doit s’exiler à Paris dès 1938…Arrêté et interné à MONTARGIS, puis à AUDIERNE, il réussit quand même à gagner NEW YORK en 1941. Il mourra dans cette ville en 1976 ».

l’ouvrage : France 1940 .C’est encore la drôle de guerre et par milliers les étrangers, principalement ceux de langue allemande, se retrouvent parqués dans des camps « d’internement. COLOMBES, MONTARGIS, AUDIERNE  au bout du Finistère…etc ».

  J’ai donc ouvert ce livre pour lire :

  Page153 : « nous savions maintenant par les soldats que nous devions être amenés au village d’AUDIERNE, et ceux parmi nous qui aimaient les blagues à deux  sous l’appelaient déjà ‘’ Au-Dirne’’ ( on pourrait presque traduire Oh putain !) »

 Page166 : «  … au premier appel à AUDIERNE… »

 Page 181 : « …l’arrivée de mon ami Serge améliora notre relation avec la population d’ AUDIERNE    

Page 225 : « ..que les Allemands tenaient déjà BREST  et avançaient le long de la côte vers  AUDIERNE.. ».

 L’actuel lycée Jean Moulin a donc hébergé un détachement de 200 personnes environ en 1940. Ce détachement semble avoir été gardé par des militaires français de la réserve territoriale. Le mot internement est employé à plusieurs reprises. Internés pourquoi ? Je n’ai pas la réponse. Les  faits semblent cependant incontestables.

  C’est sur ce point particulier de l’histoire locale que j’arrêterai ma narration concernant la guerre de 1939-1945. Il y a encore tant à dire. Il me faut cependant changer de sujet.

 

****** 

8- Les marées noires-

A Suivre-Ma Bro Gwechall-Suite 8

 

 

 

 

commentaires

pédron jackie 01/12/2007

Cher monsieur,
C'est par le plus grands des hasards, que l'ai pris connaissance de vos écrits.Nos avons vous et moi subit les mêmes évènements nous avons eu les mêmes professeurs, Prof d'anglais Bourdon demeurant au kervihen, monsieur le Lec abattut alors qu'il voulait porter secours lors de l'indendie de la bijouterie jouxtant l'école du Stum. J'entend encore les hurlements de sa femme. J'aimerai rentrer en contact avec vous.
Jackie Pedron  511 route du gros cerveau 83 190 Ollioules

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