conte de Noël
Un Noël pas ordinaire
Noël 1961
Le mois de décembre traîne en longueur. Nous sommes en 1961, en Algérie, sur un piton, à 1000 mètres d’altitude. Les jours succèdent aux jours, les nuits succèdent aux nuits et les nuits sont parfois animées et toujours froides. Les patrouilles sont sorties, les embuscades sont en place, les sentinelles écoutent, enregistrent le moindre bruit. C’est bientôt Noël. Les soldats du contingent sont loin de chez eux, les professionnels aussi: loin des familles, loin des fiancées, loin de l’église paroissiale, loin du repas traditionnel..... C’est une nuit ordinaire. Les harcèlements habituels n’ont pas encore commencé. Parfois quelques coups de feu, histoire de faire déclencher la riposte; Parfois une lampe qui s’allume sur la crête. Peut-être un farceur qui aura attaché une lampe torche au cou d’un animal. A croire que les histoires de feux des pilleurs d’épaves, lampes attachées aux cornes des vaches ont donné des idées aux combattants de la nuit.
Noël, noël au poste de combat. La guerre n’est pas finie. La tour de contrôle qui surveille la route menant à Biskra par les gorges de Thighanimine où débutèrent les évènements en 1954, a fait l’objet d’une relève. Les gars ont emmené le réveillon. Pas de boisson. Trop dangereux. Il n’y a pas de droit l’erreur ici. Demain peut-être !!! Ils vont passer la nuit derrière la porte blindée qui dessert la tour. A l’intérieur, comme au moyen-âge, une échelle que l’on retire après l’avoir escaladée pour accéder au premier étage. Ainsi, en cas d’attaque, les renforts ont le temps d’arriver, à condition que la piste unique reliant la tour au poste ne soit pas minée. Inch Allah!!!: Nous sommes en Algérie!!! Oui, mais, c’est aussi bientôt
"La Belle nuit de Noël".
Le lieutenant se demande comment il pourrait faire. Maître après Dieu, comme à bord d’un bateau, il remplace parfois le médecin car il n’y a pas de médecin, il remplace parfois le psychologue quand la fiancée a écrit qu’elle ne pouvait plus attendre, il écoute , il conseille, il ne sanctionne pas car la sanction n’est pas nécessaire. Une engueulade parfois. Mais personne ne peut remplacer l’aumônier, pas même le Lieutenant. Un poste isolé n’est pas prioritaire. L’aumônier viendra courant janvier pour une cérémonie religieuse, si les circonstances le permettent. Donc, pas de cérémonie. Et pourtant, c’est Noël. Le deuxième poste de la compagnie, situé proximité des gorges précitées est aux ordres d’un aspirant de réserve, séminariste de son état. Lors d’une inspection, le lieutenant a tâté son Aspi:
- "Vous pourriez peut-être organiser une cérémonie de prière pour les volontaires le soir de Noël "
L’Aspi réfléchit:
- " Ne craignez-vous pas que l’on m’accuse d’abuser de ma fonction"
Le lieutenant réfléchit:
-" le responsable c’est moi, et je peux donner un ordre"
-"J’obéirai aux ordres Mon Lieutenant" répond l’Aspi
Si l’on ne craignait pas le blasphème, on pourrait presque dire "Ainsi soit-t’il". Mais, c’est Noël un Noël de guerre.
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Le sergent-major a fait une liaison escortée vers la ville la plus proche. Quelques achats, une revue, un livre bon marché, des porte-clés...... Chacun aura son cadeau de Noël. Le sapin est prêt. C’est une patrouille qui l’a choisi. Voilà , c’est Noël !!
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Et si un volontaire voulait diriger une prière ???? Une prière oecuménique, pour tout le monde ????? Les chrétiens (catholiques et protestants), les athées, tous les autres et même les musulmans ????
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Le sergent X.....dit qu’il est d’accord et volontaire. Il est d’ailleurs toujours volontaire pour tout et ses hommes l’adorent;
Les ordres tombent:
"Rassemblement de tout le personnel devant le poste, tenue de sortie, armement individuel. Les harkis assureront la sécurité du rassemblement. Ne participeront pas les servants du mortier de 120 qui resteront à leur pièce, et les sentinelles. Exécution".
- Garde à vous . Présentez armes !!
L’adjudant de compagnie a fait son travail. Le lieutenant salue, fait reposer les armes et s’adresse ses hommes:
- Je souhaite un joyeux Noël à tous; que chacun soit à sa place, pas de relâchement, pas même ce soir. Et maintenant le sergent X.... voudrait vous dire quelques mots. Je lui passe la parole .
Ecoutons le:
Certains, je le sais, vont regretter de ne pas pouvoir assister à une cérémonie religieuse à l’occasion de Noël. Je propose à ceux qui le veulent, de réciter ensemble, une petite prière. Personne n’est obligé !!
Le sergent se découvre, se met à genoux, et :
Comme un seul homme, la compagnie se découvre, se met à genoux, et accompagne le sergent qui prie à voix haute:
- Notre Père......
Le Lieutenant est tête nue, à genoux comme les autres et ...
Les harkis montent la garde, le doigt sur la détente; ils regardent leurs frères d’armes et prient peut-être aussi, à leur manière...Certains ont été décorés récemment, le 11 novembre. C’est leur dernier Noël avec nous....un harki présente les armes, comme pour une cerémonie officielle. Le transistor s’est tu au café maure du village.
C’était Noël dans les Aurès, en 1961. C’était un Noël, entre hommes. Au loin, les feux du terrain d’aviation de Biskra, commencent à éclairer la nuit qui va bientôt tomber sur le Sahara...!!! C’est la fête de la nativité pour ceux qui le veulent....
Place au Réveillon!!!!
L’aumônier viendra, le 21 Janvier 1962. C’était l’année suivante.......
Article déjà publié ici le 17-12-2007