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Pont-Croix 

Objets rares d'hier 

Le drusthuil, meuble typique du Cap-Sizun

 

La coiffe de deuil "ar jibilinen "

Ces objets sont visibles au musée du patrimoine 

Le  Marquisat de Pont-Croix

et en photo sur le blog

 

 

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Vous aimez la Bretagne

Vous aimerez le Cap-Sizun

situé au bout du monde, au pays des calvaires, au pays des chapelles, au pays du grandiose, là où finit la terre et commence la mer.

Regardez!!

 

 

 

 


 


Evel ar C'hap, n'eus bro ebet

Il n'y a pas de pays comme le Cap

Pont-Croix

Cap-Sizun côté pile et face

Beuzec

Cleden

Confort

Mahalon

Goulien

Plogoff 

Plouhinec

Pont-Croix 

Primelin

 

Toutes ces miniatures sont extraites de l'album photo du blog. Elles correspondent chacune à un article qu'il suffit de demander dans la liste des articles 

 

 

 

 

 

14 juillet 2006 5 14 /07 /juillet /2006 11:16

Ma Bro Ar C'hap Gwechall suite 6

Les épidémies suite

La Variole  (petite vérole)  

****** 

Les épidémies de variole furent nombreuses et meurtrières fin XVIII ème , début XIX ème siècle et touchaient surtout les enfants de moins de 10 ans. Avant 1800, la petite vérole tuait en France 50 à 80.000 personnes par an. Devant l'ampleur de la maladie l'évêque de QUIMPER décide d'en référer au Préfet ( 1er janvier 1812).

PONT-CROIX est touché en 1812 : 40 contaminés dont 5 décès. Les maisons sont balisées par un drapeau noir (déjà vu précédemment : des maisons cadenassées).L'île de Sein subit une épidémie la même année (transmission par des marins de PAIMPOL et du CONQUET).

La vaccination sera banalisée en 1870, quoique parfois mal effectuée (517 vaccinations dans le canton de Pont-Croix). Le 4 mars 1907, le Docteur Colin, médecin en chef de l'arrondissement de QUIMPER demande au Préfet d'ordonner au Docteur MEROP, médecin vaccinateur, d'intervenir sur PLOUHINEC et PLOZEVET. Les gens de ma génération ont connu ce médecin qui résidait quai Anatole France, à AUDIERNE ( décédé à plus de 85 ans),  dans la maison occupée successivement par le Docteur Claquin (qui a exercé jusqu'à l'âge de 73 ans) et actuellement occupée par le Docteur Lélias, gendre du précédent. J'ai été vacciné comme tous mes camarades à l'école du Stum (aujourd'hui école Pierre le Lec), par le Docteur MEROP, avant la guerre 39-45.

D'autres épidémies vont se déclarer :

§         à PLOUHINEC, le 25 décembre 1905 (origine : commune de PLOGASTEL St GERMAIN, village de GUILERS) . On trouve des cas à Kersiny, Menez-Veil, Trébeuzec, et les confins de PONT-CROIX (Kéridreuff). Au total : 120 cas dont 21 décès.

§         à AUDIERNE, en 1906-1907.  Voici ce qu'écrit le médecin des épidémies :

« la variole évolue dans des maisons misérables où je ne dirai pas l'hygiène (le terme serait prétentieux, exagéré), mais où la propreté la plus élémentaire est inconnue. Là, dans une athmosphère indescriptible et au milieu d?une odeur indéfinissable, dans une lamentable fraternité de misère physiologique et morale,s'entassent des enfants sales, déguenillés, couverts de gourmes (impétigo), êtres infériorisés par l'alcoolisme. Dans un tel milieu, au sein d?une population réfractaire, hostile même à la bonne parole, la variole trouve un terrain combien propice à une genèse sérieuse  et à une active diffusion » .

L'épidémie débute en septembre 1906 janvier 1907, importée par des Plouhinécois à la conserverie Chancerelle entraînant 4 décès. Comme à la campagne, certains cas sont dissimulés. La faculté recommande la désinfection (sulfate de cuivre), le nettoyage des lavoirs, et bien-sûr la vaccination.  Tout cela se passait , il y a moins de 100 ans !!!

J'ai connu dans ma jeunesse, surtout avant la guerre, des familles nombreuses (8 à 10 enfants) vivant entassés dans des taudis sans confort, sur la terre battue (Kervréach à Audierne), des locataires avec plusieurs enfants vivant dans 2 pièces insalubres.

Sans oublier SALONIQUE, le chef-d'oeuvre Audiernais !!

Je signale aussi la remarquable description faite par Anne-Denez Martin dans « Les Ouvrières de la Mer ». L'action certes, se déroule à DOUARNENEZ  mais c'est tellement près de nous !! Les grèves de 1920, au temps de Le Flanchec que je ne présente pas. La description des logements ouvriers et de la promiscuité est saisissante. Ce n'est pas le Cap-Sizun , mais c'est pareil. On y trouve d'ailleurs le nom de "de Lécluze"dans les propriétaires d?usines .

C'était hier ! Et  pour comprendre aujourd'hui il faut le savoir !!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les fièvres intestinales-  

****** 

 Elles sont le 3ème fléau épidémique du siècle : fièvres typhoïdes et paratyphoïdes, typhus, dysenteries bacillaires, gastroentérites sont très répandues. Le typhus, fièvre putride maligne, contagieuse et pestilentielle, est baptisée "maladie de BREST" parce que des bateaux contaminés y faisaient escale. Disettes (1849), aliments avariés, hygiène précaire, malnutrition, mouches, malpropreté, mauvaise qualité de l'habitat, défaut d'aération, on retrouve toujours les mêmes causes pour les mêmes effets. La description de l'habitat et des vêtements faite par Cambry est saisissante : on y relève aussi la superstition exploitée par les prêtres. A cette époque, le Finistère comptait un médecin pour 4000 habitants, alors que la moyenne nationale etait de 1 pour 1750 (les choses ont changé depuis heureusement) .

L'Île de Sein n?est pas épargnée : 1772 : 40 morts.Nouvelle épidémie en 1843 et 1894 (7 decès) . De graves défauts : paresse et oiseveté sont constatés en 1818. En 1841, la typhoïde touche PONT-CROIX, BEUZEC, ESQUIBIEN (82 cas à Esquibien). Toujours les mêmes causes, avec en plus, l?accusation portée contre les cimetières au milieu des bourgs. En 1884, le port d'AUDIERNE  se comble de vases :  « de grandes quantités de poissons y pourrissent à marés basse ». A CLEDEN : cimetière au milieu du bourg, 7 décès à PONT-CROIX  en 1890. Nouvelle épidémie de typhoïde à PONT-CROIX (Lanviscar) en 1901. Le typhus apparaît à BEUZEC en 1892.

Le choléra et la variole disparurent à l'aube du XXème siècle. Les fièvres intestinales persisteront jusqu'à la mise en place des mesures concernant l'eau : analyses, désinfection.

Mais, il est temps d'arrêter cette fastidieuse énumération, pour retenir une fois de plus l'essentiel :                                  

 la pauvreté et la misère

Ceci ne sera pas sans conséquence, j?en reparlerai  

Rougeole, Scarlatine, Diphtérie

****** 

 

Cette fois encore, ce sont les enfants qui en sont victimes : malnutrition, transmission des épidémies dans les écoles à la généralisation de l'enseignement primaire.  La rougeole a sévi à AUDIERNE en 1893 (importée de DOUARNENEZ), ainsi qu'à  POULGOAZEC et PLOUHINEC. PLOGOFF et CLEDEN sont atteints en 1908 (nombreux décès). Progressivement, elle perd du terrain jusqu'en 1916, date de la séroprophylaxie ( sérum de convalescents).La scarlatine est à AUDIERNE  en 1901 (elle a peut-être été importée de LORIENT par les marins d'état permissionnaires), et à PRIMELIN en 1903 (5 décès) . Elle constitue une menace permanente pour les enfants, mais aussi pour les vieillards, tout en épargnant les adultes. La conjugaison : diphtérie (croup), variole, rougeole, scarlatine fut particulièrement meurtrière chez les enfants. Le manque d'hygiène dans les écoles : latrines, tinettes, en est grandement responsable ; mais il faut aussi parler de l'inconscience de certains instituteurs, comme à PRIMELIN. L'inspecteur primaire et le médecin des épidémies constatent :

 -  la présence de poules et de canards dans le grenier de l'école

 -  la présence de clapiers à lapins dans la cuisine de l'école (inoccupée en hiver).

   Une demande de mutation fait certes suite à ce constat, mais  quelle misère !!

    Il est temps maintenant  de conclure ce trop long chapitre, trop long certes, mais volontairement trop long. J'ai souhaité, à travers cette énumération faire ressortir la pauvreté, la misère de notre Cap-Sizun au XIXème et début du XXème siècles. Cette misère a laissé des traces dans les comportements et tempéraments d'aujourd'hui. Cette connaissance me paraît nécessaire pour comprendre. Il me faut donc essayer de résumer la thèse du Docteur Heurté, document de 455 pages, (je l'ai déjà dit), pour en dégager l'essentiel :

§         Le choléra occupe une place prépondérante dans les épidémies (impôt sur les portes et fenêtres jusqu'à la première guerre mondiale).

§         L'habitat et la malpropreté en sont les causes principales : logements insalubres, vétustes, humides, mal entretenus, mal aérés. L'habitat rural dans le Cap fut longtemps un véritable taudis : manque d'eau potable et d'évacuation des eaux usées. Promiscuité avec les animaux, malpropreté des habitants et surpeuplement.

    Un décret de Bonaparte du 23 Prairial An XII abolit la déplorable coutume d'inhumer les morts à l'intérieur et autour des églises. Pourtant, cela persiste dans le canton de PONT-CROIX jusqu'à la fin du XIXème siècle.

§    L'action des enseignants commence avec Jules Ferry

§    La gravité des épidémies et le niveau de ressources sont liés : la riche ville de PONT-CROIX, comparée à la pauvre ville d'AUDIERNE, est relativement épargnée par le choléra .

§    La vie chère et la disette sont plus ressenties en milieu maritime que dans le milieu terrien ;

§    La médecine se modernise fin XIXème siècle. La charte de l'hygiène publique fait l'objet de la loi du 15 février 1902.

§    Malgré la faiblesse des moyens, l'état, la médecine  et quelques curés ont tenté de briser le sous-développement matériel et physiologique du Cap.

Les mesures sanitaires ont dû être imposées aux Capistes.

Une note d'optimisme cependant :

 

   Le Médecin Général Roger Moullec, membre du jury lors de la soutenance de la thèse du       Docteur Heurté, document de référence, fait remarquer :

§    Que les maisons sont orientées au sud-est, soit exposées au soleil, ce qui par ailleurs met les ouvertures à l'abri des tempêtes du sud-ouest, du nord-ouest et de la bise froide du nord-est.

§    Que sauf par grand froid, les portes des maisons et de la pièce à vivre sont toujours ouvertes, ce qui assure avec la cheminée, une ventilation. ( remarque personnelle : le cérémonial de l'accueil du visiteur pénétrant d'abord dans la cour de ferme, puis toussant pour s'annoncer, alors qu'il a été aperçu depuis longtemps est parfaitement significatif : «  deud en ty ou saved en ty signifie entrez  ou venez dans la maison, sous-entendu : la porte est ouverte; dans d'autres régions on disait : finissez d'entrer » .

§    Que le lit-clos, restera en service jusqu'à la première guerre mondiale ( intimité des couples, séparation des sexes, volume relativement sec par rapport à l'humidité ambiante)

§    Que le drustuilh dissimule l?office

§     Que la malpropreté corporelle n'était pas un phénomène Capiste mais français ( Louis XIV ne se lavait pas). Le savon est rare et  cher ;

§    Que si la langue bretonne a joué un rôle dans certaines incompréhensions, les prêtres étaient trilingues : breton, français, latin, et n'avaient besoin d'interprète. Il rappelle aussi que Laënnec parlait le breton ;

Que le Cap n'est plus isolé du monde grâce aux moyens de communication.

  A ce stade de la rédaction, en remerciant le Médecin Général Roger Moullec de l'aide qu'il m'a apportée, je crois pouvoir dégager quelques conclusions partielles concernant :

 

Ø Le rôle joué par l'encadrement de la société :

      - Avant Jules Ferry : les aristocrates et le clergé

          - Après Jules Ferry : les instituteurs  et les élus (politiques).

 

Ø La non-réceptivité de la population, l'habitat de mauvaise qualité et même la pauvreté telle qu'elle a existé, ont disparus. Je dirai même que de nouvelles classes sociales  sont apparues :

         -  Les "dominants d'hier" (usiniers, négociants) ont été rattrapés par certains "dominés d'hier" qui se sont émancipés grâce à l'instruction.

         - Cette nouvelle catégorie de "dominés d'hier" occupe aujourd?hui une place correcte     dans la société , grâce à la promotion sociale. Ceci est particulièrement sensible dans la catégorie des sous-officiers de la marine nationale (fayots), traditionnellement recrutés dans les milieux modestes et dont j'aurai l'occasion de reparler .

          - La sécurité sociale et la mise en place de structures médicales assurent à chacun des soins corrects. Il n'y a plus d'épidémies imputables à la pauvreté comme au temps de nos pères (vaccin anti grippe)Ø La sécurité sociale et la mise en place de structures médicales  assurent à chacun des soins corrects. Il n?y a plus d?épidémies imputables à commtemps de nos pères (vaccin antigripp

Ø L'eau du réseau de distribution est surveillée, mais subit un phénomène nouveau : les nitrates . L'eau des puits et des lavoirs a joué un rôle important dans la contagion . 

 

Je signale encore que

·    Le stéthoscope, instrument de base de nos médecins actuels date de 1864

·    Le chemin de fer est arrivé à DOUARNENEZ en 1892 et à AUDIERNE en 1894. Je consacrerai plus loin un chapitre au  "petit train" . 

Oui, je l'ai déjà dit : la pauvreté et même la misère étaient le quotidien de nos pères !!

A suivre Ma Bro Ar C'Hap Gwechall  suite 7

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Published by spartacus - dans livres
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12 juillet 2006 3 12 /07 /juillet /2006 11:28

Ma Bro Ar C'hap Gwechall suite 7

  7- Les guerres:  14/18- 39/45- Résistance-Indochine –Algérie –

 

Le Cap-Sizun a payé un lourd tribut à toutes les guerres comme toutes les provinces de France. Je ne parlerai pas des guerres du XIXème siècle comme celle de 1870. Seulement de celles du XXème siècle.

    

71- Guerre de 14/18-

   La guerre de 1914-1918 est racontée dans les livres. Le Cap ne se différencie pas de la Bretagne en général. Selon les versions, le chiffre des Bretons morts à la guerre s’élève pour les uns à 240.000 (Roger Laouénan), pour les autres à 150.000. Il serait facile de faire le tour des communes, compter les noms inscrits sur les monuments, en faire le total et annoncer le nombre de Capistes morts pour la France en 14/18. Je ne l’ai pas fait car ce ne serait qu’un chiffre de plus, sans grande signification , le problème étant plus global . Mais cela s’est fait par endroits : DOUARNENEZ : 700, PLOUHINEC : 217. En fait, la difficulté serait de totaliser les noms inscrits tant sur les monuments que dans certaine églises et chapelles : exemple à CLEDEN-CAP-SIZUN où les morts du quartier de Langroas sont inscrits sur des plaques dans la chapelle et non à l’église paroissiale. Avis aux amateurs de chiffres qui devraient s’adresser aux mairies. Ceci est plus un travail de journaliste que de narrateur. En conséquence, je préfère citer la phrase du Général Nivelle :

 

 

 

 

 

 

« J’en ai consommé des Bretons à VERDUN et au Chemin des Dames » .

 

  Le Cap a payé son tribut, ni plus ni moins. Il faut cependant remarquer que les risques encourus n’étaient pas les mêmes selon les armées, car cette guerre a été avant tout terrestre, et très peu maritime, exception faite des DARDANELLES en 1915 (mon père y était), et du ‘’Lusitania’’, paquebot anglais torpillé cette même année près des côtes d’Irlande (1198 morts). CHARLEROI, la MARNE, l’YSER, Les EPARGES, VERDUN (Tranchée des Baïonnettes), FLANDRE, SOMME, sont des noms de terre. DARDANELLES, FALKLAND, JUTLAND sont des noms liés à la mer. Mais un mort sur terre ou un mer en mer ne se différencient pas. Faut-il rappeler que la France a compté 1.400.000 morts et l’Allemagne  1.800.000 morts. Dans ma famille, un seul de mes oncles n’est pas revenu. Il était fantassin et paysan. Les autres, 5, servaient dans la marine, et sont tous revenus. Je cite des faits. C’est un constat, ce n’est qu’un constat, et je ne ferai pas d’autres commentaires à ce sujet.

  Toutes les communes ont érigé des monuments à la gloire de leurs poilus et inscrit leurs noms dans la pierre. La ‘’comptabilité’’, si l’on peut  utiliser ce terme incongru, serait relativement facile en apparence. Il faut alors savoir que la commune de SAINTE ANNE d’AURAY a érigé un mémorial inauguré le 24 juillet 1932, et dédié aux bretons morts pour la France pendant la grande guerre, la ‘’der des der’’.  L’idée de ce monument avait émise par l’architecte des bâtiments de France : Monsieur  Chaussepied. On retrouve ce nom à l’église d’AUDIERNE (Saint Joseph) et à PONT-CROIX (petit séminaire). Hélas, seulement 8.000 noms figurent sur ce monument. 8.000 sur 200.000 ou plus. Seulement 316 paroisses sur les 1600 concernées ont participé au financement. L’argent est le nerf de la guerre et l’inscription était payante. Dont acte !!

  C’est le monde rural, les paysans qui ont payé le plus lourd tribut  à cette première guerre mondiale. Cela va se ressentir dans les campagnes et créer un certain état d’esprit. Ce n’est de la faute à personne, mais c’est ainsi. Il faut le savoir. Mais la ‘’der des der’’ n’était pas la dernière. Pour l’anecdote, je signale que mon patronyme ... est répété 6 fois sur le monument d’AUDIERNE. Simple constat, encore un, d’un nom très répandu localement.

 

72- La guerre de 1939-1945

La 2ème guerre mondiale est également racontée dans les livres .’’ Les clandestins de l’Iroise’’ de  René Pichavant constitue une bonne  référence pour ce qui concerne le Cap-Sizun. J’y reviendrai, à propos de la Résistance à laquelle je consacrerai un chapitre. Mais d’ores et déjà, je crois pouvoir dire que tout le monde a entendu l’expression selon laquelle l’Île de Sein serait le quart de la France. D’autres ouvrages ont traité le sujet, chacun peut choisir le sien.

  J’ai déjà parlé du bateau ‘’Ar Zénith’’ dans le chapître consacré aux sauvetages, à propos de la construction de la digue de Sainte Evette. Je me contenterai donc d’évoquer l’arrivée des Allemands, l’occupation, le rationnement, la Résistance (citée précédemment), le combat naval devant AUDIERNE, et enfin la libération.

Arrivée des Allemands-

Les premiers soldats  sont arrivés dans le Cap le 20 juin 1940 et se sont installés très rapidement dans des bâtiments réquisitionnés : Hôtel de France à AUDIERNE, école Jeanne d’Arc à ESQUIBIEN, les hôtels de la Pointe du Raz : [ l’hôtel de l’Armen (François et Jeanne Hamon, mes oncle et tante], l’hôtel du Raz de Sein, succursale de l’hôtel de France à Audierne (Mr et Mme Le Bour- Keradennec), le grand Hôtel Moderne, succursale de l’hôtel du commerce, ex hôtel Batifoulier, à AUDIERNE  ( Mr et Mme Lapous qui l’avaient fait construire en 1932). Pour être complet, il faut dire que ces hôtels de la Pointe du Raz  ont été pratiquement détruits et rasés par l’occupant en 1942.

  Très rapidement, on va assister au démarrage de la construction du mur de l’Atlantique (organisation TODT) , avec quelques point forts : Pointe du Raz, ESQUIBIEN (Lezongar), côte plouhinécoise et bigoudène. La population dans sa majorité, n’apprécie guère cette situation qui provoque l’établissement des cartes de rationnement, cartes de tabac (également attribuée aux femmes), contrôles et brimades en tous genres . Les hommes (cas de mon père) sont réquisitionnés pour garder de nuit, les poteaux et lignes  téléphoniques  par crainte des sabotages. (1940-1941). Puis c’est le recrutement et la traque des jeunes de 18 ans pour le service du travail obligatoire (STO). Rafles, déportation, résistance, collaboration, marché noir, on ne peut résumer cette époque en quelques lignes. Je renvoie donc aux livres d’histoire, pour  me limiter  à un récit plus personnel, peut-être anecdotique.

   Les temps sont durs. Si la nourriture ne pose pas de problème majeur à la campagne, 

( lait, beurre, œufs, farine, pommes de terre, volailles et même  parfois viande d’abattage clandestin ..etc sont produits à la ferme), il n’en est pas de même en ville (Audierne). Cest l’époque du marché noir, du troc. Ma mère travaille sur les quais, et réussit parfois à se procurer auprès des marins, un peu de carburant (essence , pétrole) en contre partie du tabac acquis grâce à la carte  (elle ne fume pas). A son tour, le carburant devient monnaie d’échange à la campagne contre des denrées alimentaires ou du bois de chauffage. Fort heureusement, le gaz est déjà installé à AUDIERNE (compagnie Lebon). Ma famille en bénéficie et s’en trouve fort aise car le charbon est également rare. Hélas, nous n’avons pas encore l’électricité. Les devoirs de classe sont faits à la lueur de la lampe à pétrole. Les enfants de mon âge doivent aussi, courir la campagne pour quémander de la nourriture, tant en Cap-Sizun qu’en Bigoudénie jusqu’à POULDREUZIC . On me permettra de signaler ici la qualité de l’accueil et de l’hospitalité que j’ai reçus en pays Bigouden. J’ai même été hébergé,  frauduleusement car cela était interdit, à la tombée de la nuit par des gens compatissants, compréhensifs, à moins qu’ils ne fussent tout simplement charitables malgré les risques encourus. Merci les Bigoudens !! J’ai été contrôlé, arrêté et même menacé par les Allemands, à plusieurs reprises. Mon jeune âge a toujours été mon meilleur passeport. Souvenirs d’enfant : lorsque les alliés ont bombardé la Pointe du Raz, le jour du pardon de ‘’Notre Dame de Bon Voyage’’, ma famille au complet a été enfermée par les soldats allemands, dans le verger de la ferme Le Borgne à Kérivoas (Audierne), sur la route du Cap. J’ai été  relâché à la nuit, ainsi que ma mère.

 Le  combat naval d’AUDIERNE-

 

 

 

 

 

Un des épisodes les plus intéressants me paraît être le combat naval qui s’est déroulé devant  AUDIERNE  dans la nuit du 22 au 23 Août 1944. Parlons- en !

Le  « journal des combattants » No 2262 du 11 avril 1992, a donné une version des faits, quant au rôle joué par certaines personnes. Cette version fait suite à celle qui figure dans les bulletins municipaux d’AUDIERNE, datant de janvier 1987 et janvier 1988. Crédible ou pas, je n’ai pas à juger. Mais, le journal des combattants authentifie les faits en se référant au Capitaine Finot (déjà cité dans le chapitre consacré aux Capucins). Le bulletin municipal se réfère au Capitaine Bourdon (mon ancien professeur d’anglais à Audierne). Seulement voilà !! Le 24/8/2001, Alain Le Berre , historien amateur, fait publier par   ‘’Le Télégramme de Brest’’, un article intitulé : « bataille navale d’août 1944 : comment la Royal Navy a-t’- elle été informée ? », dans lequel on lit :

  « Depuis une trentaine d’années, des articles de presse rapportent les propos d’un FFI sur la portée des renseignements transmis au Capitaine de Frégate Wilkie commandant la MTB (Moto Torpedo Boat) 738 et la 64ème flottille…. » .

  Il apparaît dans cet article qu’il y a eu contact verbal et physique entre pêcheurs de ‘’Pors- Poulhan’’ et marins anglais le 21 août 1944 . L’épisode des signaux lumineux, réels ou faux, n’est donc pas la  raison essentielle du renseignement dont disposent les anglais. Monsieur Le Berre ajoute :

    «  Cet épisode local du renseignement, de taille s’il en fût, n’a pourtant pas  laissé de traces, ni dans les archives anglaises accessibles depuis de nombreuses années, ni dans celles du bataillon de Pont-Croix ».

  Tels sont les faits pour lesquels je dispose des documents auxquels je me réfère. Quoiqu’il en soit, le combat a eu lieu et j’en ai des souvenirs. Je dormais dans ma chambre, à poings fermés, à 1 kilomètre à vol d’oiseau de la plage d’AUDIERNE . Ma mère m’a réveillé. Du premier étage de la maison, j’ai assisté à un feu d’artifice comme il n’en existe pas encore le 14 juillet. Lueurs, fusées éclairantes,détonations, un avant-goût de la fin du monde. J’ai alors pensé que, tant qu’à faire, il valait mieux mourir dans son lit. Je suis retourné me coucher avec mes 14 ans d’âge, avant de prendre connaissance du bilan, le lendemain :

   7 cargos allemands qui avaient quitté BREST le 22 août 1944, à la nuit tombante, furent rattrapés le 23 août à 1 heure 30 par les anglais. Aucun n’en réchappa. Même pas celui qui cherchant à rejoindre le port d’AUDIERNE, s’échoua à l’ouest du môle du Raoulic où il est encore visible les jours de grande marée. Le plateau rocheux de ‘’la Gamelle’’, bien connu des pêcheurs, recèle aussi des vestiges de cette armada. Quant aux pertes humaines, on croit pouvoir les évaluer à une centaine de morts pour 240 survivants.

  Les morts furent inhumés dans un cimetière provisoire se situant sur la commune d’ESQUIBIEN, à l’emplacement de ce qui est devenu « La Flibuste » (qui a d’ailleurs changé de nom et a été  récemment détruit par un incendie). J’ai pu voir ce cimetière à la libération, comme j’ai pu voir aussi des marins allemands se promenant sans armes dans AUDIERNE, déserteurs en puissance peut-être.

  Quant aux survivants qui avaient rejoint la côte à la nage, ils furent très mal accueillis par la garnison allemande de ‘’Lezongar’’, peu soucieuse de partager ses vivres. Ils furent nombreux à cantonner à ‘’l’hôtel de la plage’’ ( partiellement détruit et vandalisé par l’occupant), appartenant à Monsieur et Madame Ansquer (mes oncle et tante). J’ai pu constater moi-même les dégâts causés par la soldatesque, à la libération d’AUDIERNE intervenue le 20 septembre 1944. Comme j’avais assisté à l’arrivée des motards allemands en 1940, j’ai vu arriver les américains en 1944, par la rue du 14 juillet ( déjà citée) à AUDIERNE, avant l’attaque de ‘’Lezongar’’. Mes rudiments d’anglais m’ont permis d’indiquer au conducteur du véhicule de tête la direction générale de l’objectif. Un peu plus tard, badaud parmi les autres, j’ai eu ma récompense au carrefour de la ‘’Croix-Rouge’’ : une tablette de chocolat, jetée d’un engin blindé, et attrapée à la volée.

  Tel est le récit d’un enfant d’AUDIERNE, qui a vécu ce combat naval dans son lit, et n ‘en fut pas décoré pour autant, pas plus que pour un quelconque autre motif de sommeil réparateur pendant la guerre.

  La rumeur aussi a fait son travail : crochets à goémons pour tirer les  cadavres des marins noyés, doigts coupés pour récupérer les alliances etc…Vrai, faux ?? Je n’en sais rien, mais il me paraît un peu facile de ressortir les antécédents de pillage d’épaves. Qui sait ??

  Je ne sais que ce que j’ai vu :

    En me rendant à l’hôtel de la plage en compagnie de ma mère, immédiatement après la chute de ‘’Lezongar’’, j’ai traversé un barrage de mines anti-chars, sur la route entre ‘’Kergadec’’ et la plage (entre l’actuelle propriété Seznec et la plage si ma mémoire est bonne). J’ai gardé le souvenir de ces mines placées en quinconce. Plus tard, dans ma vie professionnelle , j’aurai l’occasion d’identifier ce type de mines. Il s’agit de ‘’Tellermine’’ contenant environ 5 kilogs d’explosif, genre TNT. Elles ne sont pas dangereuses pour les piétons, sauf  bien-sûr, si elles sont piégées. Celles de Kergadec étaient déjà dégagées quand je les ai vues ; pour autant, elles n’étaient peut-être pas neutralisées.

  Mais d’autres évènements ont laissé des traces en Cap-Sizun, comme ailleurs : tout d’abord la Résistance, puis les guerres d’Indochine et d’ Algérie. Concernant ces dernières, je serai très bref : uniquement des chiffres et seulement pour respecter la mémoire.

 

Les guerres d’Indochine et d’ Algérie

  Rappel des pertes françaises :

Tués en Indochine :77.334 – Blessés : 84.270 (source internet)

Tués en Algérie : 30 .000 – Blessés : 64.985 (id°)

    De nombreux Capistes figurent parmi les victimes, dont 419 finistériens en Algérie selon une association d’anciens combattants ( FNACA). Un monument érigé à PLEYBEN en 2003, affiche en effet 419 noms. Les autres départements bretons recensent 339 morts en Côtes d’Armor, 309 en Loire Atlantique, 286 en Morbihan et 273 en Ille et Vilaine.

 Les combats s’étant déroulés outre-mer, je n’en dirai pas plus pour revenir au Cap et parler de la Résistance.

 

La Résistance

  Comme partout en France, les forces de la Résistance ont eu deux composantes : les FFI, forces françaises de l’intérieur, et les FTPF, francs tireurs patriotes français. Si l’objectif commun de ces deux forces était de chasser l’envahisseur, l’une d’entre elles, la seconde était marquée politiquement à gauche, inspirée et chapeautée par le parti communiste. Par voie de conséquence, l’autre se situait plus à droite. Sollicités par les deux formations, les jeunes, souvent réfractaires au STO et épris d’idéal, s’engageaient dans l’une ou l’autre sans être pour autant politisés, mais parfois tout simplement, pour suivre des camarades qui les avaient précédés. Je réserve donc mon opinion concernant ce classement schématique et simpliste, tout en reconnaissant l’exactitude théorique du cliché.

  Quelques personnages locaux vont émerger dans cette période. Je ne les classerai pas plus à droite qu’à gauche. Chacun pourra le faire, selon ses idées. Plusieurs nous ont déjà quittés ; fort heureusement, il en reste. Je rappelle que j’avais 14 ans en 1944. Je vais donc aborder ce sujet avec la prudence et surtout le respect qui convient, en jetant sur cette période le regard d’un enfant.  Je signale encore que le livre de René Pichavant : ‘’les Clandestins de l’Iroise’’ tome V, en a fait un récit  très précis qui s’appuie des témoignages. Je ne peux donc ajouter que des compléments et éventuellement donner une version plus personnalisée à travers des personnages rencontrés en cours de route. Je ne citerai donc que ceux auxquels j’ai pu être lié pour diverses raisons.

  J’ai déjà parlé à deux reprises du bateau ‘’Ar Zénith’’. Je n’y reviens donc pas.

    Quelqu’un dont on a peu parlé est Yves Le Meur. Il a quitté AUDIERNE après la guerre, ce qui peut être une explication de la discrétion actuelle. Pourquoi parler de lui ? Parce qu’il habitait dans la maison de ses parents, située à 100 mètres de chez moi. Je le connaissais bien, et encore mieux son frère plus jeune François, mort en Algérie aux commandes d’un avion de chasse et d’appui au sol de modèle T 6. Ce voisinage me permettait parfois de voir certaines choses  et surtout d’en entendre. Suite à une dénonciation, son père, également Yves, fut arrêté en pleine nuit par une patrouille allemande et conduit à la Kommandantur. Le détachement crut devoir traverser mon jardin malgré les mises en garde de Monsieur Le Meur qui connaissait l’existence de ‘’Bobby’’, le chien de la maison. Ce qui devait arriver arriva : ‘’Bobby’’ se jeta sur les uniformes et reçu un coup de fusil mauser qui ne le tua pas mais en fit un blessé grave. Ma mère dût se séparer de ‘’Bobby’’, dans des conditions dont je ne parle pas. Monsieur Le Meur fut relâché, car c’est Yves qui était recherché. Dès l’âge de 18 ans, il s’était investi dans la lutte en créant un réseau baptisé’’Front National’’, dans lequel il fut bientôt rejoint par des personnages connus, tels Paul Finot et Michel Bourdon déjà cités précédemment. Je  crois que Edmond Lardic, devenu plus tard  peintre connu et de talent, sans pour autant oublier sa condition de ‘’survivant-rescapé’’ d’une fusillade, en faisait aussi partie.

  Pierre Quéré était aussi très recherché. Il logeait souvent chez sa tante, à Kergadec, où il côtoyait Monsieur Moréno, directeur de la compagnie française, qui  travaillait au profit de l’organisation TODT, à la construction du mur de l’Atlantique. Les bureaux de cette entreprise se trouvaient à l’école des filles  du  Stum (Pierre Le Lec). Je crois aussi qu’il lui est arrivé de trouver refuge au cimetière d’AUDIERNE , dans la chapelle funéraire de la famille Le Duff de Mesonan déjà citée (près de la tombe de Guezno). Selon un témoignage écrit adressé par Paul Abgrall de LOCTUDY, « la pâtisserie de Madame Hamon, rue Gambetta à  AUDIERNE, accueillait occasionnellement ce sans-logis de la résistance. A l’occasion d’une fouille dans le quartier, cette maison fut la seule à ne pas être visitée. C’est pourtant là que des voisines trouvèrent plus tard des fusils abandonnés par des fuyards ».

  J’ai assisté un jour à une fuite à partir de cette maison, suite à une alerte. Mais, manquant d’éléments d’appréciation, je n’en dirai pas plus.  Seulement que le jardin en terrasses situé contre la colline permettait, à condition de faire preuve  d’une certaine agilité, d’atteindre le lieu-dit ‘’Le Castel’’ pour s’évanouir ensuite dans la nature.

  Dans son ouvrage cité en référence, René Pichavant a publié beaucoup de noms. On peut donc s’y reporter. Les circonstances m’ont permis de rencontrer quelques uns de ces acteurs. Je citerai  avant les autres mon camarade Yves Donnart, le Colonel Donnart qui nous a quitté le 4 novembre 2002. Pourquoi ? Parce que nos chemins se sont croisés, à plusieurs reprises dans la vie locale et  professionnelle. Etudes à AUDIERNE  tout d’abord. Puis Collège à QUIMPERLE , établissement que je fréquenterai moi-même plus tard. En 1944, Yves a intégré la Résistance du Cap, après celle du réseau de son collège, et  participé au parachutage de MAHALON. Il  est arrêté par les Allemands suite à une dénonciation. Peut-être savait-il par qui. Il a emporté son secret sans le partager, à moins que… !! Incarcéré à la prison de l’école Saint-Charles à QUIMPER, il ne doit son salut qu’à la déroute de l’occupant. Première croix de guerre pour un Audiernais de 20 ans qui a sans doute eu le temps de réfléchir dans sa cellule au sens de la vie ainsi qu’à la relativité et la vanité des choses. Puis carrière militaire. Indochine comme Lieutenant commandant une compagnie de la Légion Etrangère, 3 fois cité. On ne confie pas le commandement des meilleurs soldats du monde à Monsieur X.. Algérie comme Capitaine. Commando de chasse : 3 fois cité. Nos chemins se sont croisés à ALGER en 1963. Le petit audiernais qui avait côtoyé la mort dans la Résistance, a terminé sa carrière avec le grade de Colonel. J’ai tenu à raconter ce parcours d’un  résistant de base pour plusieurs raisons. La principale est que l’on a beaucoup parlé de l’inexpérience de ces jeunes mal préparés au combat. Ayant choisi de poursuivre une carrière militaire, formé dans les écoles d’officiers, le petit maquisard audiernais qui ne se vantait jamais de rien et surtout pas de faits de Résistance dans laquelle il donnait l’impression d’être simplement passé, a prouvé ses  qualités de combattant et de chef. J’exprime cette opinion à titre personnel , mais on m’accordera peut-être un certain crédit en la matière. Mon ancien m’honorait de son amitié et parfois, de ses rares confidences. J’ai eu à lui rendre un dernier hommage, devant son cercueil, à l’église d’AUDIERNE, avec beaucoup d’émotion car je considère qu’il  a accompli un beau parcours, après avoir frôlé le peloton d’exécution.

  François Péron ! Un nom très connu à AUDIERNE  et à PONT-CROIX car sa mère était Pontécrucienne. Il nous a quitté le 7 mars 2002. Sous-Officier de carrière, fait prisonnier en 1939, il  s’est évadé et a rejoint Audierne pour ‘’s’évaporer dans la nature’’. En Allemagne il a appris l’allemand qu’il pratique assez bien. Il assure d’abord le commandement de la compagnie Cambronne, puis du bataillon d’Estiennes d’Orves dans la Résistance, et participe à toutes les actions locales. Il a poursuivi sa carrière dans l’armée. Nos chemins se sont croisés au mess des officiers, à ORAN. Nous étions tous les deux en mission,  et de passage. Deux Audiernais qui se rencontrent  ne peuvent que parler du Cap, ce que nous fîmes. Il a terminé sa carrière comme Capitaine, particulièrement décoré en raison de ses états de services.

  Henri Moullec. Certains l’appelaient Alain. Egalement Sous-Officier d’active, retiré à PONT-CROIX, il devient très rapidement le chef militaire de la compagnie SURCOUF qui participe elle aussi aux actions locales dont le parachutage de MAHALON et les combats de Lesven en BEUZEC (déjà cité) . Lui aussi va poursuivre sa carrière militaire qu’il terminera avec le grade de Commandant. Plus tard, nous deviendrons amis à AUDIERNE. Il nous a quitté, en 1997 je crois.

  Si j’ai voulu parler de trois officiers ce n’est pas pour sous estimer les autres . Au contraire. Seulement pour faire ressortir que ces maquisards mal instruits, se battaient avec foi, conviction et détermination, qui sont les éléments essentiels de la réussite, quels que soient par ailleurs les niveaux de technicité et même l’armement utilisé, souvent insuffisant voire désuet dans la Résistance.

  Mais les officiers n’ont pas l’exclusivité, et ce n’est pas Edmond Lardic qui dira le contraire. Il fait partie des fusillés de la Croix Rouge et a été laissé pour mort dans la carrière des exécutions. Lui non plus n’en ‘’rajoute pas’’. Il n’est pas devenu officier, ce qui prouve qu’il n’y a pas d’exclusive.

  Et tant d’autres noms, certains connus, d’autres plus dicrets qui n’en ont pas moins de mérite pour autant :

-         les agents de liaisons, surtout féminins et modestes : Jeannette Brénéol ( épouse Scoarnec), Yvette Kerdraon (épouse Perrot), les demoiselles Claquin , mes voisines, et tant d’autres. La regrettée Annick Pensec qui , malgré un handicap, s’était engagée à fond dans ce combat dangereux en hébergeant des ‘’recherchés’’.

-         les soignants : Jean Pierre Perrot, devenu médecin cardiologue, Daniel Scoarnec aujourd’hui disparu, Jeannette Guéguen (Madame Colin) travaillant avec les médecins locaux et encore, je le répète tant d’autres.

-         Les combattants de base et surtout ceux qui n’ont pas fait parler d’eux

-         Les noms plus connus comme le Colonel  Plouhinec ou le Commandant Marie.

   Je ne peux citer tout le monde dans un bref chapitre traitant de la Résistance en Cap-Sizun. Ce n’est d’ailleurs pas mon but car il y a beaucoup d’autres choses à dire. Je renvoie donc aux ouvrages spécialisés et en particulier à René Pichavant pour en savoir davantage et connaître d’autres acteurs.

  Deux actions majeures sont à porter au crédit de la Résistance : le combat de Lesven (Beuzec), et le combat de Lézongar (Esquibien) qui se termine par la capitulation des Allemands et la libération d’AUDIERNE et du Cap-Sizun.

LESVEN et LEZONGAR

  Les choses ne vont pas bien pour les allemands. Les alliés ont débarqué en Normandie le 6 juin 1944 . Ils progressent vers l’est et vers l’ouest. BREST , qui détient le record de ville la plus bombardée de France est libérée le 18 septembre après avoir été assiégée depuis 7 août et subi 165 bombardements de 1940 à 1944.

  Sentant l’étau se resserrer, la garnison allemande de Lezongar (300 soldats), tente de rejoindre celle de CROZON en traversant la baie de DOUARNENEZ. L’opération s’effectue le  26 août 1944. Les forces de la Résistance les interceptent avant l’embarquement. Bilan : 18 résistants morts, une trentaine d’allemands tués ou blessés et 238 prisonniers. Une stèle commémore ce combat sur la D7, entre BEUZEC et la pointe duVan.

  La garnison de Lezongar tient toujours, et se rend aux américains un mois plus tard, le 20 septembre .

  Le Cap a payé le prix de la guerre : les fusillés de la Croix Rouge , les morts de Lesven, les déportés qui ne reviendront pas ( sont revenus : Constant Floch, Jo Le Gac), les exécutés  par le peloton : Manu Brusq, Jean Simon et tant d’autres, les victimes civiles (dont Pierre Le Lec, mon ancien instituteur, Monsieur Nirma) .

  Il est temps de clôre ce chapître. Je le fais en m’excusant de n’avoir pas tout dit ni cité tout le monde. Nous n’en sommes qu’au ‘’Cap-sizun Gwechall’’. Ce n’est pas fini !!

 

Le camp d’internement

 

  Le nom peut surprendre. Je l’utilise donc avec prudence en précisant qu’il a été utilisé par d’autres.

  Le supplément au bulletin municipal de PLOUHINEC en date du 16 mars 1998, a consacré un article au lycée professionnel Jean Moulin intitulé « Pré…histoire ». On peut donc s’y référer, pour apprendre qu’il s’agit à l’origine d’une conserverie, devenue colonie de vacances en 1933, avant de devenir centre d’hébergement de réfugiés de 1937 à 1939 (réfugés en provenance d’Espagne) . Puis, je cite :

  « Le 4 juin 1940, arrivèrent en gare de QUIMPER, sans escorte, environ 200 individus en civil (avec valises et baluchons) qui furent conduits en car à la colonie de POULGOAZEC, réquisitionnée en 1939.

  Qui étaient-ils ? Des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ? Des ennemis du Reich ou des faux ‘’anti nazis’’

  Ils tombaient au moment où les esprits étaient échauffés par la mauvaise tournure que prenaient pour nous  les combats…les rumeurs de trahison et de ‘’Cinquième colonne’’.

  Considérés en définitive comme suspects, ils furent l’objet de paroles et de gestes d’hostilité de la part de la population quimpéroise.

 Internés à POULGOAZEC sous la garde de territoriaux, ils n’eurent que très peu de contact avec les habitants. La colonie Beau était devenue ’’camp de la cinquième colonne’’ pour les uns, ’’camp des juifs’’ pour les autres.

  A l’approche des soldats allemands entrés à QUIMPER le 20 juin 1940, les territoriaux se dispersèrent. Une partie des soi-disant suspects (dont des israélites sans nul doute) s’enfuirent à travers champs. Certains cherchèrent de l’aide auprès de la population en proposant argent et bijoux.

 D’autres internés, pour la plupart originaires d’Europe centrale, restèrent sur place ; ils furent libérés sans autre formalités, à l’arrivée des troupes allemandes….. 

  Rien de concentrationnaire par conséquent. Mais, informés de mes recherches, des amis m’ont offert un livre intitulé ’’Errance en France’’ et écrit par Soma Morgenstern, aujourd’hui disparu (réédition en novembre 2002). La 4ème page de couverture comme on dit en matière d’édition présente :

 l’auteur :

   -« Né en 1890 en  Galice orientale….critique musical, auteur de romans, il doit s’exiler à Paris dès 1938…Arrêté et interné à MONTARGIS, puis à AUDIERNE, il réussit quand même à gagner NEW YORK en 1941. Il mourra dans cette ville en 1976 ».

l’ouvrage : France 1940 .C’est encore la drôle de guerre et par milliers les étrangers, principalement ceux de langue allemande, se retrouvent parqués dans des camps « d’internement. COLOMBES, MONTARGIS, AUDIERNE  au bout du Finistère…etc ».

  J’ai donc ouvert ce livre pour lire :

  Page153 : « nous savions maintenant par les soldats que nous devions être amenés au village d’AUDIERNE, et ceux parmi nous qui aimaient les blagues à deux  sous l’appelaient déjà ‘’ Au-Dirne’’ ( on pourrait presque traduire Oh putain !) »

 Page166 : «  … au premier appel à AUDIERNE… »

 Page 181 : « …l’arrivée de mon ami Serge améliora notre relation avec la population d’ AUDIERNE    

Page 225 : « ..que les Allemands tenaient déjà BREST  et avançaient le long de la côte vers  AUDIERNE.. ».

 L’actuel lycée Jean Moulin a donc hébergé un détachement de 200 personnes environ en 1940. Ce détachement semble avoir été gardé par des militaires français de la réserve territoriale. Le mot internement est employé à plusieurs reprises. Internés pourquoi ? Je n’ai pas la réponse. Les  faits semblent cependant incontestables.

  C’est sur ce point particulier de l’histoire locale que j’arrêterai ma narration concernant la guerre de 1939-1945. Il y a encore tant à dire. Il me faut cependant changer de sujet.

 

****** 

8- Les marées noires-

A Suivre-Ma Bro Gwechall-Suite 8

 

 

 

 

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10 juillet 2006 1 10 /07 /juillet /2006 14:29

Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 8

8- Les marées noires-

La Bretagne est au premier plan pour être frappée par les marées noires. Pourtant, le Cap-Sizun n’est pas l’endroit qui a le plus souffert jusqu’à présent. Il a même été relativement épargné jusqu’à ce jour. J’ai professionnellement été confronté à ce que l’on peut appeler la première marée noire, celle du « Torrey Canyon » en 1967, en tant qu’officier chargé des opérations au sein d’un groupement d’intervention de 800 hommes en provenance d’Auvergne. Ma mission consistait à engager et coordonner les moyens de nettoyage (personnel et matériel) sur la ‘’Côte de granit rose’’, dans les alentours de PERROS-GUIREC (Côtes d’Armor). Voilà donc 36 ans que j’ai fait l’apprentissage du ramassage du mazout à la petite cuiller.

   Et depuis ? Récapitulons !

  Le tableau ci dessous recense les dates , lieux et quantités de pétrole transporté par les différents navires. A l’heure où j’écris ces lignes (11-5-2003) le pétrole du ‘’Prestige’’, naufragé au large des côtes espagnoles atteint la Bretagne. Les régions concernées sont pour l’instant la Bigoudénie et le Nord Finistère. Attendons la suite !! 

Date

Nom du navire

Tonnage

Lieu

18 mars 1967

Torrey Canyon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30.000 tonnes pétrole

ØCôte Granit Rose

24 janvier 1976

Olympic Bravery

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

?

Île Ouessant

14 octobre 1976

Boehlen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Raz de Sein

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16 mars 1978

Amoco Cadiz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

230.000 tonnes

Nord Finistère

28 avril 1979

Gino

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

750 tonnes

Ouessant

7 mars 1980

Tanio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7.000 tonnes

Île de Batz

31 mars 1988

Amazzone

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3.000 tonnes

Ouessant

12 décembre 1999

Erika

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

37.000 tonnes

Sud Penmarch

19 novembre 2002

Prestige

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

70.000 tonnes

Espagne

   La liste ci-dessus pourrait être complétée par d’autres noms que je peux citer en précisant qu’ils n’ont pas concerné la Bretagne.

 

8 août 1990

Sea Spirit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8.000 tonnes

Gibraltar

9 décembre 1992

Aegean Sea

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

80.000 tonnes

La Corogne

15 février 1996

Sea Express

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

130.000 tonnes

Pays de Galles

1989

Exon Valdes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

35 à 45.000 tonnes

Etats - Unis

 

   Mais il faut aussi ajouter les produits chimiques ou divers en tous genres, dont nous sommes gratifiés :

22 janvier1988

Brea

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

700 futs sodium

Nord Ouessant

21 octobre 1989

Cargo libérien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

150 futs acides variés

Id°

19 décembre 1993

Cargo  Cypriote

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20.000 détonateurs

?

31 octobre 2000

Ievoli Sun

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

400 tonnes styrène

Manche

20 mars 2001

Balu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8.000 tonnes acide

Golfe de Gascogne

Et la liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut !! N’oublions pas les marées multicolores de bouchons en plastique et autres chaussures ‘’made in Taïwan’’ qui souillent et encombrent nos criques (tout le monde a en mémoire le marché aux puces de la chaussure à Ouessant où le propriétaire de plusieurs exemplaires d’un  pied gauche cherchait désespérément un pied droit. Amusant non ?). 

  Certes, la Manche est une des mers les plus fréquentées du monde, et des mesures ont été prises pour réglementer la circulation (rail d’Ouessant). Je n’ai aucune suggestion à faire à ce sujet car la solution se trouve au niveau des instances et structures internationales. Mon seul commentaire sera donc de dire que, face à la nature, la mer en l’occurrence, il convient d’être modeste. Les Capistes sont bien placés pour le savoir , eux qui en vivent, qui l’exploitent, qui la maîtrisent parfois sans pour autant la dompter et qui , en dernier ressort savent qu’on ne se rebelle pas contre les éléments. On les subit, on les gère. Mais il n’est peut-être pas interdit de constater que depuis 1967, la série continue, ce qui donne aussi le droit d’espérer une solution pour éviter toutes les pollutions du littoral, sans exception. Et le Cap-Sizun fait partie du littoral !!

« Tout n’est pas la faute de la fatalité » (Madame Bovary-Gustave Flaubert)

« La fatalité triomphe dès qu’on croit en elle » (Simone de Beauvoir)

9- Le petit train : Train Youtar- ( références : quand brinquebalait le train youtar de Serge Duigou- Documentation privée J.S)

                                A Suivre Ma Bro Ar C'Hap Gwechall-Suite 9

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8 juillet 2006 6 08 /07 /juillet /2006 14:36

Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 9

9- Le petit train : Train Youtar-

 ( références : quand brinquebalait le train youtar de Serge Duigou- Documentation privée J.S)

Inauguré le 28 janvier 1894, le petit train d’AUDIERNE, baptisé « train youtar » a quitté la scène le 31 décembre 1938, après 44 années de bons et loyaux services. Il a retrouvé une petite activité pendant la guerre de 39/45, au profit des troupes allemandes qui construisaient le mur de l’Atlantique. Le petit train servait au transport des matériaux  de construction, particulièrement le ciment. L’arrêt définitif fut effectif le 30 décembre 1946. Il faut donc aujourd’hui être presque septuagénaire pour avoir connu le petit train. C’est largement mon cas, ce qui me permet d’avoir des souvenirs personnels à ce sujet.

  Ils remontent à la guerre, quand le ciment était introuvable. Or, dans les wagons, on trouvait toujours une poussière résiduelle de ciment, et même parfois des sacs crevés, accidentellement ou intentionnellement, chacun résistant à sa manière. Il suffisait alors de contourner les postes de garde pour échapper à la vue des sentinelles, de s’armer d’une pelle à charbon , d’un petit balai et d’un bon sac de toile puisque le plastique n’existait pas encore, pour faire une bonne récolte. Je rappelle d’ailleurs à cette occasion que le ciment était transporté à la Pointe du Raz, ou ailleurs, par des convois de tombereaux réquisitionnés dans les fermes du Cap. Combien de sacs de ciment sont ainsi tombés accidentellement de ces tombereaux, au profit de particuliers souhaitant rafistoler un mur ou effectuer de menus travaux. Ma mère en fut largement bénéficiaire, en échange de quelques cigarettes ou d’un verre de vin. Mais l’expression « tombé du camion », tellement à la mode aujourd’hui, n’était pas  encore inventée. Quoiqu’il en soit, la récupération de ces sacs fut, une fois de plus, un acte de résistance pour lequel je ne fus pas décoré.

  Le petit train ‘’youtar’’ (mangeur de bouillie), reliait donc AUDIERNE à DOUARNENEZ. (Son cousin, le train ‘’carottes’’, fit l’objet d’un projet initial pour relier PONT-L’ABBE  à la Pointe du Raz, via PONT-CROIX, ESQUIBIEN, PRIMELIN, projet abandonné et réalisé plus tard seulement entre PONT-L’ABBE et PONT-CROIX).

  Les principales gares ou haltes étaient AUDIERNE, PONT-CROIX, BEUZEC, POULLAN. On imagine sans peine la complexité du montage d’un tel dossier, au XIXème siècle. Il fallut 20 ans pour aboutir à l’inauguration, presque un quart de siècle.

  Je renvoie à l’ouvrage de Serge Duigou pour connaître le détail des festivités et le menu du banquet servi aux autorités : Préfet, député (Monsieur Cosmao-Dumenez), conseiller général, inspecteur d’académie etc.. , qui se déroula  à l’hôtel Batifoulier. Le gens de ma génération ont connu cet hôtel, exploité par la famille Lapous, sous le nom de ‘’hôtel du commerce’’. Je l’ai visité en 1950 , date à laquelle il existait encore. ( par ailleurs déjà cité à propos des hôtels de la Pointe du Raz – Aujourd’hui, on trouve au rez de chaussée, un magasin de chaussures) .

  A cette époque, l’amitié franco-russe battait son plein. Le jour de l’inauguration, les quais d’AUDIERNE s’ornaient de mâts arborant les drapeaux français et russes. Selon un chroniqueur de presse du journal Ouest-France (A. Claquin), la fanfare de DOUARNENEZ a même interprété l’hymne russe à l’arrivée du train inaugural en gare d’AUDIERNE. C’est à l’issue d’un banquet pantagruélique comme on n’en fait plus, que le maire d’AUDIERNE : Monsieur Amédée de Lecluze-Trévoédal a prononcé la phrase célèbre :

«  Enfin, nous voici reliés, grâce à la ligne, au monde civilisé ».

  Propos prémonitoire ! Le train ‘’youtar’’ reliait donc AUDIERNE à DOUARNENEZ, et servait au transport du poisson et des marchandises diverses. L’usine à soude (sera évoquée plus loin) se trouvait près près de la voie ferrée, et la présence de la gare favorisa la création de nouveaux commerces, dont  2 cafés situés à l’actuel emplacement de l’hôtel des voyageurs. La création de l’hôtel de voyageurs n’est pas directement liée à la naissance de la gare. La saga des hôtels fait partie de l’histoire locale. Je l’ai déjà dit à propos de la Pointe du Raz. C’est pourquoi je précise que Monsieur Brénéol, père de la propriétaire actuelle ‘’des voyageurs’’ a acquis les commerces existants pour en faire un hôtel, successivement en 1919 et 1921. Les hôtels, précurseurs des structures touristiques actuelles étaient d’ailleurs souvent une affaire de famille : ma famille en a créé 3, les familles Le Bour et Lapous 2 chacune et la famille Brénéol 2. Les vieux Capistes se souviennent en effet du restaurant qui portait leur nom : restaurant des Capistes appartenant à Gaïd Brénéol, sœur du premier propriétaire ‘’des voyageurs’’. Ce restaurant se situait place Gambetta avant la banque CMB. Enfin, pour compléter les anecdotes, je signale que le boqueteau situé derrière l’hôtel des voyageurs figure dans un titre de propriété sous l’appellation ‘’Bois de Prusse’’ Les amateurs de toponymie trouveront sans aucun doute une explication à cette dénomination.

  Aujourd’hui, la gare a disparu au profit de constructions nouvelles. L’usine à soude aussi. L’hôtel des voyageurs est fermé, et le petit train fait partie des souvenirs . Alors souvenons nous

   Le parcours total de 22 kilomètres s’effectuait en 50 ou 55 minutes, ce qui est loin du TGV, et donna lieu à de nombreuses anecdotes, particulièrement dans la côte avant PONT-CROIX, près de Lespoul. Le cas échéant, les voyageurs devaient descendre pour alléger la charge, et permettre au train de reprendre son élan. De nombreux accidents, tels que suicides ou collisions aux passages à niveau non protégés, émaillèrent cette vie éphémère, sans oublier les plaintes pour enregistrement des bagages au milieu des flaques d’huile ou de saumure.

  Non rentable, le petit train a été victime du transport routier, tant dans le domaine des passagers que celui des marchandises. Il n’est pas le seul. Le train DOUARNENEZ-QUIMPER ne survivra pas non plus.

  Du train ‘’youtar’’, il ne reste qu’une belle promenade le long de la rivière Goyen, entre AUDIERNE et PONT-CROIX, là où se trouvait la voie ferrée, et la poésie des lieux. Il fait aussi partie des souvenirs des anciens et, à ce titre , méritait une petite mention dans cette évocation du passé.

 

                        ****** 

 

L’ ENSEIGNEMENT-

 

 

 Encore un sujet à part entière que je vais effleurer dans un chapître. Ecole publique, école privée (ou libre), les deux systèmes cohabitent en Bretagne. Le Cap-Sizun n’échappe pas à cette cohabitation, et chaque système a ses fidèles et ses inconditionnels, même si aujourd’hui on ne parle plus exactement de guerre scolaire. Je serai donc amené à traiter successivement après un bref  rappel de quelques dates et un non moins bref historique : la rivalité des écoles, les frères de Ploërmel et  le petit séminaire de PONT-CROIX, tous ces éléments concernant le Cap à différents degrés.

 

                                          1-     Rappel de quelques dates 

-         Fin du Moyen-Age et Ancien régime : Naissance de la scolarisation

-         XVIème siècle : à partir du concile de Trente : écoles de charité ( paroisses urbaines)

-         XVIème et XVIIème siècles : essor de l’école urbaine et  rurale ( en 1700, création des premières écoles modernes par Jean Baptiste de la Salle

Création des écoles religieuses tenues par les curés

               Création des collèges tenus par les congrégations

-         1791 : loi supprimant les congrégations

-         1795 : le directoire reconnaît la liberté d’enseigner

-         1816 : les communes sont tenues d’entretenir une école et d’assurer la gratuité pour les indigents

-         1828 : ordonnances-expulsion des Jésuites- interdiction de préparer au baccalauréat

-         1831 : constat par Guezno à AUDIERNE : 600 enfants des 2 sexes ne sont pas instruits

-         1833 : loi Guizot : liberté de l’enseignement primaire – rôle de surveillant du curé

-         1850 – loi Falloux : liberté de l’enseignement secondaire – Très favorable à l’église, cette loi est combattue entre autres par Victor Hugo

-         1867 : loi Victor Duruy : une école de filles est obligatoire dans les villes de plus de 500 habitants

-         1867 : création de l’école normale de garçons à QUIMPER – elle est initialement dirigée par des congréganistes

-         1879 : loi obligeant les départements à entretenir une école normale d’institutrices

-         1881 : gratuité des écoles publiques primaires (en 1880, l’enseignement était gratuit à seulement 50%)

-         1882 : loi Jules Ferry : enseignement primaire obligatoire et laïque de 7 à 13 ans- certificat d’études obligatoire- suppression de l’instruction religieuse

-         1885 : création école de GOULIEN

-         1886 : loi René Goblet : organisation générale de l’enseignement primaire – laïcisation du personnel

-         1889 : loi sur les dépenses de l’enseignement primaire – instituteurs payés par l’état

-         1903  ( 18 mars) : dissolution de toutes les congrégations – sont concernées localement : à PONT-L’ABBE , frères de Saint Gabriel (dont la maison mère est à Saint Laurent sur Sèvre) – frères de Ploërmel ( Ils feront l’objet d’un chapître en raison de leur présence à DOUARNENEZ et plus tard à AUDIERNE) – Sœurs du Saint Esprit (maison mère à SAINT BRIEUC . Je les ai déjà été citées à propos des épidémies)

-         1904 : loi interdisant l’enseignement aux congrégations (ministère Combes)

-         1905 : loi de séparation de l’église et de l’état (inventaires-suppression des petits séminaires à partir du 14/10/1906)

-         1907 : évacuation du petit séminaire de PONT-CROIX – intervention de la troupe

-         1977 : loi Guermeur ( François Mitterrand a voté contre)

2 – Historique-

  Selon Daniel Bernard ( cf : monographie de Cleden, page 133), des petites écoles fonctionnaient dans la plupart des paroisses de Basse Bretagne au XVIème, XVIIème et XVIII ème siècle sous la direction du clergé (remarque personnelle : de nos jours, les écoles coraniques fonctionnent sous l’autorité des religieux musulmans Iman, Cadi ou Ayatollah- à titre de comparaison). Il existe une école à CLEDEN en 1498, ainsi qu’à GOULIEN et PRIMELIN. De l’examen des registres d’état civil et d’autres documents, il résulte  que bon nombre d’habitants étaient pourvus d’une instruction élémentaire. En 1650, sur 80 actes de baptême à CLEDEN, on voit 11 fois la signature du père et 29 fois celle du parrain. En 1679, sur les 12 membres du général au conseil paroissial, 10 signent lisiblement (soit 110 ans avant la révolution). Plus tard, (page 135), en 1725, sur 90 actes de baptême figurent 51 signatures de père  et 63 de parrains. Ainsi, près des 2/3 des pères de famille savent lire et écrire exactement 64 ans avant la révolution.

  Daniel Bernard en conclut  que pendant le XVIIIème siècle , il existait à CLEDEN plusieurs écoles disséminées dans la paroisse, et que ces écoles étaient régulièrement suivies par la majorité des garçons. Toutefois, en 1798, toutes les écoles du Cap-Sizun ont disparu, sauf celle de PONT-CROIX. Il attribue ce fait au trouble des parents suite aux dissensions religieuses et politiques.

  L’école de CLEDEN est terminée en 1846 (39 ans avant Goulien), et  une nouvelle école sera reconstruite en 1891. Si l’on prend la révolution comme référence, on constate donc que l’enseignement est une prérogative du clergé (avant et peu après).

  Les affirmations de Daniel Bernard sont confirmées par la documentation du musée de TREGARVAN (l’école rurale en Bretagne par Pierre Moisset). Je cite :

  « au XVIème siècle, la population rurale est pratiquement analphabète…….les diocèses créent des petites écoles » .

  Cette domination du clergé, par l’enseignement et le savoir, permet de comprendre déjà que ce n’est pas de plein gré qu’il abandonnera ses prérogatives en la matière.

  La guerre scolaire va naître parce que les catholiques nient qu’il puisse y avoir une morale en dehors de la religion. Les républicains soutiennent au contraire qu’il existe une morale sociale. Pour ma part je pense que la religion n’a pas l’exclusivité de la morale. Je consacrerai d’ailleurs un chapître à l’étude de cette religion. Ce sera l’occasion de revenir sur ce sujet. Mais je crois pouvoir  déjà dire que s’il y avait exclusivité, je ferais partie des immoraux ou des amoraux puisque je n’ai jamais mis les pieds dans une école confessionnelle, en tant qu’élève.Le très célèbre ‘’cléricalisme léonard’’ n’est pas une exclusivité du Léon. Il s’est manifesté aussi en Cap-Sizun, dans sa forme la plus exacerbée de catholicisme bourgeois dans un pays pauvre. Ce catholicisme bourgeois antilibéralisme, antisocialisme va diviser les familles, les communes, et se manifester de différentes manières. C’est la guerre scolaire !  

                                             3 – La guerre scolaire -   

Depuis Jules Ferry, l’enseignement public est laïque, gratuit et obligatoire. Il s’établit en concurrence de l’enseignement confessionnel qui est payant. Cela aboutit obligatoirement à ce que l’on pourrait appeler 2 types de clientèle, en fonction des opinions de la famille d’une part, de ses moyens matériels d’autre part. Avant Jules Ferry, l’enseignement confessionnel était pratiquement le seul ‘’sur le marché’’. Ce n’est pas de gaieté de cœur que ses membres voient arriver un rival laïque, neutre et républicain, qui va progressivement le rattraper, l’égaliser, et même le devancer, prouvant par là même que le théorème de Pythagore, la règle de l’accord du participe passé ou les problèmes de trains qui se croisent sans se rencontrer et des robinets remplissant des bassins perçés sont tout à fait dissociables de la religion comme le sont aussi les fables de La Fontaine et même les équations trigonométriques. On peut même ajouter qu’il n’y a pas de pédagogie  particulière en matière de religion. La pédagogie est universelle.

  Dans de nombreuses communes, 4 écoles primaires vont se trouver en présence : 2 pour les garçons (1 publique, 1 libre), 2 pour les filles (id°) . Il en sera de même pour les collèges dans certaines villes : AUDIERNE et PONT-CROIX par exemple. La situation n’a pas changé de nos jours, sauf que les établissements sont mixtes ; ainsi à AUDIERNE : école Pierre Le Lec laïque, école Sainte Anne libre, collège de Locquéran laïque, collège Saint Joseph libre. A PONT-CROIX école maternelle publique, école primaire publique, école maternelle Immaculée Conception libre, école primaire et collège Notre Dame de Roscudon libres. S’en suit un racolage des élèves pour concurrencer le voisin d’en face, qui n’est pas le fait du public, lequel est assuré de sa clientèle, celle qui  recherche en priorité la gratuité quelles que soient par ailleurs ses idées en matière de religion. Chacun a ses arguments ; résultat, les camarades de jeu, les voisins, les cousins ne fréquentent pas la même école. Les moyens utilisés pour faire pression sur les parents ne font pas honneur à leurs utilisateurs. Ils sont la preuve de ce sectarisme que j’ai déjà dénoncé et qui perdure encore peut-être  aujourd’hui (surtout en matière de  politique). Je veux parler du refus d’absolution. Ceci est arrivé dans ma propre famille et je le raconte, sachant que je risque de déplaire. Mais j’ai déjà cité Boileau précédemment !!

  Avant la guerre 39/45, le collège Saint-Joseph s’est ouvert à AUDIERNE. Mon père a d’ailleurs travaillé sur le chantier de construction en 1937. La paroisse était dirigée par Monsieur Prigent, recteur. Je fréquentais l’école publique depuis mon jeune âge : certificat d’études en 1941, diplôme de bourses en 1942. Mon père était décédé d’un accident du travail en 1941. Tous mes cousins de la branche maternelle étaient inscrits à Saint Jo. Sollicitée par le recteur qui lui proposait de me prendre gratuitement à l’école libre, ma mère n’a pas accepté pour 2 raisons : tout d’abord parce que la bourse n’était attribuée que pour des études en milieu laïque, ensuite parce que ma scolarité n’aurait été assurée que jusqu’à la classe de troisième. Certes, j’aurais pu être appelé à poursuivre des études, ce qui m’aurait dirigé vers le petit séminaire de PONT-CROIX, gratuitement peut-être dans la mesure où j’aurais pu présenter quelques symptômes d’une quelconque vocation religieuse, car le collège servait aussi de laboratoire pour détecter voire éveiller les appels à servir la religion. Bref !! Ce refus d’obéissance a entraîné pour ma mère un refus d’absolution dans le confessionnal du recteur. L’enfant que j’étais a été informé des faits par sa propre mère qui ne s’est  pas révoltée sans pour autant subir.

  Je crois pouvoir dire aujourd’hui que, devant cet excès de pouvoir d’un ministre de la religion, (donc lettré et tenu de montrer l’exemple), à l’égard d’une personne peu instruite et veuve, j’aurais par la suite refusé de fréquenter une école libre même en cas de revirement de ma mère . Mon cas n’est pas unique, mais c’est mon cas et c’est du vécu. !! Ce qui me permet aujourd’hui de penser, avec du recul, que les enfants sortants du système scolaire libre, confessionnel et payant, ne sont pas meilleurs que ceux qui sortent du système public, laïque et neutre. Et tant qu’à faire, j’ajoute que la pratique de la religion n’est pas incompatible avec la formation scolaire. Mais, je l’ai déjà dit, nous parlerons plus loin de religion, d’autant que les deux sont liés. Quoiqu’il en soit, il n’en faut sans doute pas plus pour devenir un inconditionnel du partage des pouvoirs spirituel et temporel, aucun des deux n’ayant d’ailleurs qualité pour dominer l’autre.

A chacun ses problèmes de conscience (nous allons y venir). Il n’en faut sans doute pas davantage non plus pour devenir ‘’anti-ceci’’ ou anti-cela’’. Ce n’est pas mon cas ; je m’attache toujours à essayer de distinguer le fond de la forme, tout comme l’esprit de la lettre. La religion est une chose. Elle ne se négocie pas puisqu’elle repose sur des critères d’appréciation et de conviction personnelles. Mais les ministres du culte, auxquels je reconnais un niveau d’entière responsabilité dans leur fonction, particulièrement par les temps qui courent, n’ont pas pour autant le droit d’utiliser la ‘’force de frappe’’ à l’égard des faibles, sauf à se voir discrédités et accusés d’intolérance. Il ne faut pas jeter l’anathème sur celui qui ne partage pas les idées.

  J’ai vécu la répartition des enfants à l’église en fonction de l’école fréquentée. Lamentable, le mot n’est pas trop fort !! Ceux de ‘’l’école du Diable’’ donc les damnés, séparés de ceux de ‘’l’école du Bon Dieu’’, déjà angelots avant l’heure.Apparemment, l’histoire n’entérinera pas toujours les choses en l’état . Le Diable !! Les autres noms du diable ont été recensés par Annick Lamezec dans son ouvrage :’’Le Diable en Bretagne’’ publié aux éditions Skol Vreiz. Je renvoie donc à cet ouvrage pour apprendre que l’appellation la plus courante en Cap-Sizun serait ‘’Tonton Jean PÔL’’. J’avoue ne l’avoir jamais entendue, ne pas en connaîte l’origine et en prendre acte, tout simplement. Ailleurs, le diable se nomme ‘’Satann goz’’, le vieux Satan ou ‘’Cornik’’, le cornu, et bien d’autres noms.

  Séparés par l’école, adversaires en sport et en bagarres locales, parfois ennemis au quotidien, les enfants se retrouvaient tout de même dans les patronages qui, dirigés par le clergé, donc d’obédience, respectaient l’innocence des enfants. La guerre scolaire s’est éteinte dans les Patros, tout au moins en ce qui concerne les enfants. Mais l’intolérance saura vite retrouver sa place dans la vie courante, à l’âge adulte. On pourra même parler de réseaux : commerçants, coiffeurs, médecins …etc. Etre de ‘’l’école du diable’’ signifie être de gauche, être de ‘’l’école du Bon Dieu’’ signifie être de droite. Faux, archi faux. C’est un cliché aussi faux que celui évoqué précédemment à propos des FFI et FTPF. De nombreux anciens élèves de l’école libre ne mettent plus les pieds dans une église et votent à gauche, tout comme des anciens élèves  de l’école publique pratiquent une  religion (Catholique en Cap-Sizun). Sont-ils pour autant systématiquement des électeurs de droite ? Il faudrait le prouver !

  Les écoles doivent être neutres. C’est le cas de l’école laïque.Je n’ai jamais entendu dire qu’il s’y tenait des réunions politiques. Ce n’est pas le cas partout. Lors des élections cantonales de1985, l’école Saint Joseph d’AUDIERNE a servi de support à un candidat en mettant des locaux à sa disposition pour l’organisation de réunions préparatoires. L’encadrement du moment confondait peut-être engagement personnel et vocation ou engagement de l’établissement. Pourquoi  pas, tant qu’à faire, fournir le matériel pédagogique pour la propagande ? Ils n’ont pas osé ? Mais, il est vrai que les associations de parents d’élèves de tous bords peuvent faire naître des vocations politiques. Ceci va me permettre d’aborder sans plus attendre le chapître consacré aux frères de PLOËRMEL, congrégation qui a fourni jusqu’à un passé très récent les enseignants des écoles libres de garçons dans le Cap et à DOUARNENEZ, alors que l’école libre de PONT-L’ABBE relève de la congrégation des frères de Saint GABRIEL  [maison mère à Saint Laurent sur Sèvre, dont on voit la superbe basilique du XIXème siècle, (abritant le tombeau du Père de Monfort), en circulant en voiture entre NANTES et POITIERS  . Le Pape Jean-Paul II a d’ailleurs été hébergé en ces lieux lors de sa visite en Bretagne en 1996].

  Je ne veux pas passer sous silence la congrégation des ‘’Filles du Saint Esprit’’, maison mère à Saint-Brieuc. Les religieuses étaient chargées de l’instruction des filles en Cap Sizun ainsi que de la charité publique, au sens religieux du terme, puisqu’elles assuraient entre autres les soins à l’hospice d’AUDIERNE. Cet établissement provenait d’une donation  faite par testament  par une généreuse donatrice. Il a changé de vocation aujourd’hui, suite à des arrangements entre plusieurs parties prenantes et des arguties juridiques. Il me semble toutefois, après avoir examiné les documents auxquels j’ai pu avoir accès, que si la lettre du testament a pu être arrangée, l’esprit n’a sans doute pas été respecté, particulièrement en ce qui concerne la clause d’annulation et la vocation impérative de l’immeuble. Mais ceci est une autre affaire, et même sans doute une affaire de conscience. Je pense pour ma part, que les considérations économiques, quelles qu’elles soient, auraient dû s’effacer à la fois devant la lettre et l’esprit de ce qui a été écrit en 1880. Passons !!

  Mais , l’histoire ou  le hasard ont voulu mettre à ma disposition une documentation exceptionnelle, donc inconnue ou peu connue, concernant les Frères de PLOËRMEL. Je vais donc en parler avant d’aborder plus loin le petit séminaire de PONT-CROIX.

 

                               4- Les Frères de PLOËRMEL-  

  (documentation de référence : Les Bretons et Dieu-Ouest–France page 184  et documentation privée )  

                                           A suivre Ma Bro Ar C'Hap Gwechall- Suite 10 

 

 

 

 

 

 

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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 10:03

Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 10

 

                                         4- Les Frères de PLOËRMEL-  

 

               (documentation de référence : Les Bretons et Dieu-Ouest–France page 184  et documentation privée )

 

 

  Les premières écoles modernes ont été crées à partir de 1700 par Jean-Baptiste de La Salle. Dès 1790 , puis sous la Terreur, les écoles paroissiales ont été  interdites. Mais consultons d’abord l’ouvrage publié par Ouest-France en 1985. Je cite :

 

 «  La congrégation des Frères de l’instruction chrétienne de PLOËRMEL a été fondée en 1825 par les abbés Jean-Marie (1780-1860) et Félicité de La Mennais (1782-1854) qui songeaient à en faire le pivot de leur action vouée à régénérer l’Eglise, ainsi que l’abbé Deshayes Gabriel (1767-1841). Les deux frères malouins de La Mennais ont eu une postérité différente en Bretagne. Le plus jeune Félicité, se rendit d’abord célèbre comme champion de l’ultracisme, de la prééminence de la religion sur toute loi. Lié comme son frère à l’évêque de RENNES Monseigneur de Lesquen, il exerça un grand ascendant sur le petit séminaire de SAINT-MEEN. Mais, les idées qu’il développa par la suite dans le journal  ‘’l’Avenir’’ (1831) marquèrent un tournant vers un libéralisme ultramondain, revendiquant les libertés de conscience, de presse, d’association, divisant le clergé local. Les condamnations pontificales (Mirari Vox-1832 et Singulari Vox-1834) entrainèrent peu à peu la rupture de Félicité avec l’église, jugée synagogue d’une foi morte, et la recherche d’un nouveau principe spirituel, le peuple souffrant, peuple des travailleurs, aux marges du socialisme.

  L’aîné Jean-Marie avait participé à toutes les entreprises de son frère jusqu’en 1830, ce qui lui valut de pâtir pendant quelques temps de la réputation de Félicité et de l’éviction des ses idées. Mais il avait de son côté, en liaison avec le Morbihannais Gabriel Deshayes,créé une congrégétion appelée ‘’frères de l’instruction chrétienne’’, ou ‘’frères de PLOËRMEL’’, ou’’ frères de La Mennais’’. Cette action s’inscrivait dans le grand mouvement de création, sous la Restauration, de congrégations de petits frères (Maristes etc..), à la fois pour pallier l’absence dans les campagnes des ‘’frères des Ecoles’’ ou ‘’frères de La Salle’’, confinés par leurs règles dans les villes, et pour contrer les idées révolutionnaires susceptibles de se répandre avec une instruction non contrôlée.

  Les frères de PLOËRMEL se taillèrent un empire scolaire dans le Morbihan, l’Ille et Vilaine, les Côtes d’Armor, dans les écoles publiques de garçons, surtout au prix d’une âpre concurrence avec les instituteurs issus d’écoles normales, plus coûteux pour les communes, moins sûrs idéologiquement.

  Les mesures de Jules Ferry, en particulier la laïcisation du personnel des écoles publiques, à partir de 1886, suscitèrent la création d’écoles privées, confiées dans un premier temps aux frères, dont l’élan fut brisé par les mesures anticongrégationnistes de 1903-1904 ».

 

******   

  Donc la congrégation a été dissoute en 1903. La répartition des élèves, au début du XXème siècle, était de environ 90.000 élèves dans l’enseignement secondaire religieux, et 80.000 dans le secondaire laïque.

 

  La loi préparée par Waldeck Rousseau et votée le 1er juillet 1901, permettait au gouvernement de fermer par décret les écoles dirigées par des congrégations. En 1903, Emile Combes décide d’appliquer cette loi. (à ne pas confondre avec les inventaires en 1905-1906).

 

  La maison mère des frères de La Mennais à PLOËRMEL compte à l’époque 407 des 2.000 religieux de la congrégation (qui se compose de 450 établissements dont 357 en France). Le prestige des frères est considérable et ils sont à l’avant-garde des méthodes modernes d’enseignement (ce sont eux qui , 8 ans avant la loi Guizot, créent dès 1825 les premières écoles normales d’instituteurs).

 

  Le 6 avril 1903, une lettre d’Emile Combes, président du conseil, est notifiée par le commissaire de police aux frères de PLOËRMEL. Elle prononce la dissolution effective de la congrégation dans un délai de 3 mois. Les frères se préparent à la sécularisation ou à l’exil, et cachent les ouvrages les plus précieux et les plus anciens chez l’habitant .

 

  Pour éviter les troubles, l’expulsion est programmée dans le plus grand secret, à la date du 12 février 1904. A 4 heures du matin, 1.200 soldats (1.000 à pied, 200 à cheval) quittent VANNES par train spécial. Le dispositif est aux ordres du Lieutenant-Colonel Ducasse, commandant le 28ème régiment d’artillerie. Ils arrivent en gare de PLOËRMEL à 5 heures du matin, ainsi que 12 brigades de gendarmerie, et sont accueillis par le tocsin.

 

  La matinée est consacrée à l’évacuation, calme mais dans un climat tendu, de la maison mère qui a été cernée. Les portes sont forcées à coups de pioches (l’autorité civile est représentée par un sous-liquidateur : François Surty, géomètre de profession, qui n’est ni homme de loi, ni fonctionnaire). Les frères quittent la chapelle en procession, emportant le  Saint-Sacrement vers l’église paroissiale.

 

  Dans l’après-midi, les Ploërmelais se sont regroupés dans et autour de l’école Saint Armel qui doit être investie. Ils bombardent la troupe à coups de projectiles divers, sans pour autant commettre l’irréparable (il en sera de même à PLOGOFF, dans un autre contexte, 75 années plus tard) . Différents témoins ont recueilli des propos de gendarmes, ‘’confus du rôle qu’ils jouent ’’. Un autre témoin note ‘’l’attitude haineuse du Sous-Préfet, du Procureur, du juge de paix, et de certains gendarmes et soldats’’.

 

  Il faut dire que la situation des militaires de toutes armes, engagés dans cette opération , est très inconfortable. Ils sont nombreux à avoir reçu l’instruction des frères de PLOËRMEL, et se trouvent de ce fait devant un cas de conscience. Ainsi, le Lieutenant-Colonel Ducasse, responsable de l’opération, décline l’invitation pressante qui lui est faite par le représentant de l’état de faire procéder aux sommations préalables à l’usage des armes. (En quelque sorte, un refus d’obéissance ; j’ai moi-même vécu un cas à peu près semblable dans un autre contexte il est vrai, en exigeant un ordre écrit d’ouverture du feu, qui ne m’a jamais été donné par l’autorité concernée. Ce propos est purement anecdotique bien entendu).

 

  Mais , le pire s’est joué quelques heures plus tôt, au reçu de la mission. Cinq officiers de carrière, fidèles à leur foi catholique, refusent de marcher. Leur décision est prise ; elle est irrévocable ; elle brise leur carrière (Il y avait d’ailleurs eu des précédents à Saint Pierre de Chartreuse en 1903, et à La Guerche en 1904).

 

 Les 5 officiers se nomment :

 

  Capitaine de Beaudrap - Capitaine Morel - Lieutenant Boux de Casson – Lieutenant Boulay de la Meurthe – Lieutenant de Torquat .

 

  Ils sont mis aux arrêts et comparaissent devant le conseil de guerre à NANTES, pour refus d’obéissance .Ils sont condamnés pour abandon de poste et contraints de quitter l’armée. Voici un extrait des propos qu’ils ont tenu pour leur défense :

 

  Boux de Casson :  En Algérie, en Chine, j’ai appris à respecter la mosquée et la pagode. Rentré en France, je n’ai pu coopérér à l’expulsion des ministres de ma religion.

 

De Torquat : J’ai fait l’abandon de tout à mon pays, mais je ne crois pas que mon pays puisse me demander l’abandon de mon honneur et de ma conscience.

 

De La Mothe : Dans des cas semblables, chacun est libre de ses sentiments. Je respecte ceux de mes chefs, mais je garde les miens.

 

******

 

  Le sens de l’honneur et la loyauté de ces officiers est indiscutable. Et comme l’histoire se répète parfois, je peux rappeler que, lors d’évènements plus récents, des officiers n’ont pas hésité à sacrifier leur carrière pour ne pas trahir ce qu’ils considéraient comme ‘’la parole donnée’’. Je pense très précisément au drame des harkis, en Algérie, et au cas de conscience de leurs gradés d’encadrement.

 

  Le Capitaine de Beaudrap meurt en 1908. Ses quatre camarades rejoignent volontairement  comme simple soldat l’armée française en 1914. Ils sont rapidement promus à leur grade antérieur. Boux de Casson et de Torquat meurent au champ d’honneur. Le Capitaine Morel meurt des suites de ses blessures en 1922. Boulay de La Mothe survit et meurt en 1951.

 

  Cette parenthèse m’a paru nécessaire pour dire que les officiers ne sont pas toujours conformes au cliché simpliste qui voudrait en faire des arrivistes, sans état d’âme, uniquement préoccupés par leur carrière et leur avancement. J’ai reçu une formation d’officier, et j’en suis fier. J’ajoute encore que je suis en possession d’une documentation pour justifier ce que j’ai écrit au sujet des officiers précités.

 

******  

 

  La loi de 1901 avait pour but d’exclure les religieux de l’enseignement des jeunes Français. La dispersion des frères de PLOËRMEL, dont le supérieur mort d’une crise cardiaque, devient une victime de la persécution,  fait grand bruit dans le diocèse de VANNES, tout comme la confiscation de l’évêché et du grand séminaire.

 

  L’engagement massif des prêtres dans les armées au cours de la deuxième guerre mondiale, au côté des instituteurs laïcs, leurs camarades de combat, contribuera à faire lever dans les faits, l’interdit. Les uns comme les autres, ont fait preuve de courage physique, intellectuel et moral. A ce titre, ils méritent le plus grand respect, celui que l’on doit aux hommes de conviction, laïques ou religieux.

 

  La période de VICHY, avec l’arrivée au pouvoir d’hommes proches des thèses catholiques traditionnelles, autorise la première l’octroi de subventions publiques aux écoles privées. Les frères reprennent d’ailleurs en 1941 possession de leur maison de PLOËRMEL , récupérée par un prête-nom au début du siècle. A la libération, la gauche laïque reprend évidemment le dessus malgré l’action du MRP favorable aux écoles privées (cf :Les bretons et Dieu page 188).

******     

  PLOËRMEL n’est pas en Cap-Sizun. Soit ! Mais les frères de la congrégation qui porte ce nom ont été en Cap-Sizun, particulièrement à AUDIERNE, PONT-CROIX (et DOUARNENEZ, ville toute proche) ou y sont encore. Leur histoire méritait d’être racontée. Mais je fais amende honorable pour m’être écarté du sujet. J’espère que c’est pour la bonne cause, celle qui prône le combat contre le sectarisme. A chacun selon sa conscience !!

A Suivre Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 11

 

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4 juillet 2006 2 04 /07 /juillet /2006 10:13

Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 11

                          5- Le petit séminaire Saint Vincent de Pont-Croix – 

(référence : le petit séminaire Saint Vincent par René Gougay)  

  Le Cap-Sizun n’a pas été baptisé ‘’la Terre des Prêtres’’, qualificatif attribué au Léon, extrémité nord-ouest du Finistère, patrie des Léonards, et pourtant !! Le chef-lieu de canton, PONT-CROIX, a abrité pendant un siècle et demi un petit séminaire : Saint Vincent. On ne peut parler du Cap sans évoquer cette institution. Un siècle et demi d’histoire, à résumer en quelques mots.

  Rappelons que le concile de TRENTE s’est déroulé en Bologne de 1545 à 1563, avec pour objet la réforme de l’église ( contre réforme), dirigée contre les protestants, que la Saint Barthélémy a eu lieu en 1572 (3.000 victimes de la tuerie-boucherie de l’intolérance) et que l’inquisition (Sainte Inquisition) mise en place par le pape Innocent III en 1199, a théoriquement disparu au XVIII ème siècle, après avoir marqué son passage chez  les Cathares ( 1244 : capitulation de Montségur, 200 hérétiques sont brûlés sur le bûcher – une stèle commémore ce massacre).

  Le terme de petit séminaire a été adopté au XVIII ème siècle. La révolution avait détruit le système éducatif religieux, sans pour autant le remplacer efficacement.

  L’histoire du petit séminaire de PONT-CROIX  commence avec Monsieur Rochedreux, vicaire de MAHALON , résidant à GUILERS, prêtre insermenté (réfractaire), et déporté en Espagne.Après avoir vécu 10 ans à COMPOSTELLE, il est affecté à PONT-L’ABBE où il exerce de 1806 à 1807, et fonde une école destinée à former les futurs séminaristes. Suite à des discussions au conseil municipal de cette ville, il décide de transférer son école (une quinzaine d’élèves) à PONT-CROIX, et s’installe au manoir de Trefest. Au bout de quelques mois, l’école comptait 45 élèves dont 24 aspirants au sacerdoce. Déménagement en 1809, en raison des mauvaises relations locataire- propriétaire. Le couvent des Ursulines ( fondé en 1652), appartient à Monsieur Tréhot de Clermont que nous connaissons déjà puisqu’il a été le rédacteur des cahiers de doléances de PONT-CROIX ( une partie de ce couvent est louée à la gendarmerie). Le couvent des Capucins d’AUDIERNE  appartient à Monsieur Delécluze qui refuse de le louer. Le presbytère de PLOUHINEC  est refusé. Reste le presbytère de MEIL ARS que Monsieur Rochedreux achète.

  L’école de MEILARS  va fonctionner de 1805 à 1822, successivement avec Monsieur Rochedreux de 1805 à 1812, une interruption de 1812 à 1819, avec Monsieur Madec de 1819 à 1822 ( piètre administrateur), puis à partir de 1822 avec Monsieur Le Coz. (depuis 1817, le recteur de PONT-CROIX était Monsieur Jaffry, prêtre réfractaire natif d’ESQUIBIEN).

  Monsieur Le Coz fut le créateur de la grammaire latine (2 éditions), conseillant par ailleurs une méthode pour apprendre le français aux enfants de la campagne. Je cite René Gougay :

  « sur une page divisée en 2 colonnes, l’enfant écrit 10 mots bretons dans la colonne de gauche et les 10 mots français correspondants dans la colonne de droite. Il les apprend, il les répète, à raison de 10 mots français par classe ; il en sait 80 à la fin de la semaine, 320 à la fin du mois ».

 

  Nous sommes loin de l’école Diwan et de sa méthode par immersion. Quant aux châtiments corporels, il ne faut y recourir qu’avec l’autorisation des parents.

  En 1822, Monsieur Le Coz pense qu’il faudrait acquérir le couvent des Ursulines à PONT-CROIX. Le contrat de vente est signé pour 16.000 livres, le 2 juillet 1822, en l’étude de Monsieur Le Bris-Durest, notaire à PONT-CROIX. ( ce nom est toujours porté à PONT-CROIX). Le petit séminaire de PONT-CROIX est né ; il est autorisé à recevoir 250 élèves. Un parchemin déposé dans les fondations dédie la nouvelle chapelle à Saint Vincent de Paul. On peut noter aussi que le dernier Supérieur concordataire fut Monsieur Jean-François Belbéoch surnommé ‘’Père Fanch’’ . Natif de PLOARE, ordonné en 1865, il mourut en 1910 et fut enterré au cimetière d’AUDIERNE où il avait de la famille : Monsieur Gabriel Miossec, député sous la V ème république, était son neveu. (L’histoire a voulu que je connaisse bien Monsieur Miossec pour avoir travaillé à la glacière d’AUDIERNE comme manœuvre pendant les vacances scolaires. Mon travail consistait à manipuler des barres de glace de 25 kilogs destinées au broyage. Ceci se passait après la guerre, lors de la création des établissement Picaud . Plus tard, dans le cadre de mes fonctions militaires, je l’ai à nouveau côtoyé à la chambre de commerce de QUIMPER et lors de la marée noire du Torrey Canyon. L’histoire est faite de coincidences ; il n’est pas inutile de la connaître). 

  Les familles chrétiennes, des milieux aisés en général, n’avaient pas confiance dans les collèges publics. En 1850 la loi Falloux autorise la création de collèges secondaires libres. J’ai déjà dit , en rappelant quelques dates, que cette loi fut combattue par Victor Hugo. Rappelons aussi que les ordonnances de 1828 imposaient aux élèves le port de l’habit ecclésiastique à partir de 14 ans, et après 2 années de séjour dans l’établisement ( ceci ne fut pas appliqué à PONT-CROIX ). 

  Dans les lycées napoléoniens, la vie quotidienne était réglée par des roulements de tambour. A PONT-CROIX, la cloche remplace le tambour. Quant au congé hebdomadaire, il est fixé au mercredi au lieu du jeudi, jour de foire. Pas de vacances à Noël, 3 semaines à Pâques, 2 mois de grandes vacances : août et septembre. Les vacances de neige ou autres classes de mer n’étaient pas encore inventées. (Il fut aussi question d’un ‘’pré petit séminaire’’. Un projet fut étudié à AUDIERNE dans la propriété de l’ex député Guezno qui avait dû s’exiler en 1816).

  Les professeurs sont presque tous des ecclésiastiques, et l’accent est mis sur la rhétorique (enseignement des secrets de l’éloquence pour servir la gloire de Dieu).

  Les gens du Cap connaissent tous le ‘’Pont Physique’’, situé entre AUDIERNE et PONT-CROIX, à hauteur de l’ancien parc à huîtres, sur l’ancienne voie ferrée reliant AUDIERNE à DOUARNENEZ. Mais ils ne seraient sans doute pas tous capables d’expliquer l’origine de ce nom pour lequel il y a d’ailleurs plusieurs versions. En voici une : Monsieur l’Abbé Roland Guizouarn, originaire de PLONEVEZ-PORZAY, enseignait la physique, la chimie et l’astronomie au séminaire en 1832. Baptisé ‘’Père Physique’’, il aimait conduire ses élèves en promenade sur la route d’AUDIERNE, vers ce pont près de Suguensou, tout naturellement baptisé ‘’Pont Physique’’, et passé à la postérité sous ce nom. J’ai entendu une autre version faisant état d’un ballet de korrigans sous le pont , à la pleine lune ( tour de magie se dit ‘’taol fisik’’ en breton). Le spécialiste de la toponymie celtique : Jean Marie Plonéis ne s’est pas prononcé sur ce sujet. La première version paraît tout de même plausible. Monsieur Guizouarn est mort en 1846, à Porspiron (BEUZEC), enlevé par une lame au cours d’une partie de pêche. (Cette fin tragique a été racontée dans une Guerz).

  De nombreux élèves arrêtent leurs études au niveau de la classe de 4 ème. Surnommés  les ‘’PAOTRED AR C’HATRIEM’’, ils essaiment dans leurs paroisses d’origine où ils se présentent avec une instruction générale moyenne sans doute, mais marqués par l’éducation cléricale avec laquelle les instituteurs laïques devront composer. On les retrouvera à la JAC, jeunesse agricole catholique, organisation  qui a tenu une place éminente dans le monde rural en fournissant de nombreux syndicalistes et techniciens de l’agriculture. Ceci n’a pas échappé à Christian Pelras dans son ouvrage sur GOULIEN (pages 98 et 225). On les retrouvera aussi dans le type sociologique défini par Anne Denez Martin et déjà cité : ‘’les Fayots’’, ainsi que dans certaines municipalités comme maire, adjoint ou conseiller, particulièrement lorsque le clergé faisait et défaisait les élections locales.

  Il me paraît encore intéressant de signaler que le canton de PONT-CROIX a fourni au diocèse 159 prêtres de 1803 à 1898, quasiment tous formés initialement au petit séminaire Saint Vincent.

  En voici la répartition par communes  capistes :

  AUDIERNE : 13 - BEUZEC : 9 - CLEDEN : 36 - ESQUIBIEN : 15 - GOULIEN : 25 - Île de SEIN : 1 - MAHALON : 4 – MEILARS , CONFORT :1- PLOGOFF : 16 – PLOUHINEC : 10 -  PONT – CROIX : 18 – PRIMELIN : 11 -  

  Faut-il reparler du ‘’C’HAP DON ‘’ à l’analyse des ces chiffres ??

******  

  Comme les frères de PLOËRMEL, le séminaire de PONT-CROIX a dû se plier aux lois de la République ;  les petits séminaires sont supprimés à partir du 14 décembre 1906. Les élèves sont libérés le 13. Le bruit avait couru que les professeurs seraient expulsés le 15, ce qui déclencha une manifestation des paysans originaires de MAHALON-MEILARS , auquels se joignaient bientôt 100 marins mobilisés par Henri de Lécluse, maire de PLOUHINEC. Le Cap bouillonnait déjà en 1906, bien avant PLOGOFF. Quand on dit que l’histoire est un éternel recommencement.. !!

  Par une subtilité juridique, l’établissement devenait école secondaire en 1907, mais le bail était refusé par le conseil d’état, ce qui entraînait l’expulsion à la date du 29 janvier.

  La troupe, renforcée de gendarmes, intervient à 7 heures du matin malgré l’opposition de la population et des occupants du collège : portes défoncées à coups de haches, combats dans le cloître etc..Les biens destinés à la vente (immeubles et terrains) sont estimés à 150.000 francs, mais les acquéreurs potentiels sont menacés d’excommunication par l’évêque de QUIMPER Monseigneur Duparc. Le diocèse rachète l’ensemble en 1913 et l’établissement est réquisitionné en 1914 pour devenir hôpital militaire temporaire. Les élèves retrouvent PONT-CROIX en 1918 (205 élèves en 1919-1920). En 1920 un élève porte parole de ses camarades déclare :

  «  Nous nous mettrons avec ardeur au latin et au grec……mais à côté nous  ferons une place honorable à la langue de nos pères, le Breton, que nous devons aimer et conserver, parce que c’est la langue d’une race vaillante qui a tout à gagner à rester fidèle à ses coutumes et ses traditions ».

  Dont ACTE !!!

  Mais la pénurie des vocations commence à se faire sentir dès 1920 (peut-être et même sans doute une conséquence de la seconde guerre mondiale). Ceci n’empêche pas la fête du centenaire de l’enseignement libre, de se tenir en 1931. A cette occasion, un ancien élève, devenu avocat et député prononce un discours et pose une question :

« A qui est l’enfant ? Notre réponse est ‘’au Père de famille par délégation de Dieu’’.

  Il s’agit de Jean Jadé, député du Finistère et adversaire invétéré de Georges Le Bail, le bigouden. Cette anecdote n’est pas sans intérêt pour moi, à titre personnel, car il se trouve que ma propre mère a été bonne à tout faire et ‘’Nounou’’chez Maître Jadé, avant son mariage en 1918.

  Notons encore dans l’assistance un autre personnage considéré : Jean Hénaff, maire de POULDREUZIC, conseiller général, et créateur du pâté qui porte son nom.

  D’autres anciens élèves ont des noms connus dans le Cap :

Raphaël Kérisit, ancien négociant en vins à AUDIERNE, Xavier Trellu de DOUARNENEZ, ancien député et sénateur, Auguste Boussard, de PLOGONNEC, ancien vicaire à AUDIERNE qui deviendra Monseigneur Boussard, évêque de VANNES en 1964, Jean Bonthonneau de PONT-CROIX, avocat, Jean-François Coatmeur écrivain, dont je reparlerai plus loin, Joseph Halléguen, député-maire de QUIMPER, Louis Orvoën de MOËLAN futur député et président du conseil général du Finistère, Louis Marc de Querrien, ancien président du tribunal militaire à ALGER et directeur de la gendarmerie nationale etc…

  Autant dire que le petit séminaire de PONT-CROIX  est une vénérable et véritable institution capiste au rayonnement certain, fournisseur incontestable de personnages importants, voire puissants.

    Le séminaire de PONT-CROIX , victime de la crise des effectifs et des vocations ainsi que de sa situation géographique excentrée, se voit bientôt condamné à la fermeture. Le décision est effective en 1973. L’histoire du petit séminaire s’achève avec l’année scolaire 1972-1973. J’ai déjà dit que durant un siècle le collège Saint Vincent a fourni au diocèse environ la moitié de ses prêtres. Une statistique datant de 1952 annonce que sur 1.087 prêtres exerçant dans le diocèse, 408 sont anciens de PONT-CROIX, auxquels il faut ajouter 98 qui exercent ailleurs. Ce chiffre est confirmé en 1985 (303 sur 729).  

******   

  Un ancien élève : Jean-François Coatmeur, écrivain, membre de l’association des écrivains bretons au sein de laquelle je l’ai rencontré, apporte toutefois un petit bémol au fonctionnement de cette institution, dans un article publié par ‘’Bretagne Magasine’’ en 2002. Je cite :

  « Certaines pratiques du petit séminaire me sont restées en travers de la gorge. Et en premier lieu, dans cette maison emblématique de la religion, la connivence de fait avec l’injustice sociale… Contrairement à une opinion répandue, les études étaient payantes ; on avait prévu 2 classes comme à la SNCF, 2 régimes qui s’y côtoyaient en fonction des revenus des parents. Ceux des miens étaient très modestes, j’étais donc régulièrement privé de dessert… système inique dont la réminiscence me scandalise encore ».

  Il parle aussi du congé fixé au mercredi, en raison de la foire du jeudi au cours de laquelle les élèves auraient pu « frôler dans la foule la croupe dodue de quelque aguichante fermière ». Péché d’impureté ! Vade Retro Satanas ! Je cite encore :

  « pour autant, le petit séminaire aura contribué à m’installer pour toujours dans le camp des humbles, de ces ‘’affamés de justice’’ dont il est question aux Ecritures…J’ai connu à PONT-CROIX, je n’ai pu le taire, l’endoctrinement. Mais je n’oublie rien, et sûrement pas que PONT-CROIX m’ a fait ce que je suis, pour le meilleur et pour le pire ».

******   

  Celui qui écrit ces lignes croit pouvoir ajouter que, n’étant pas ancien du petit séminaire, il n’a pas qualité pour juger mais, que étant comme Jean-François Coatmeur ‘’affamé de justice’’, il s’autorise à partager son point de vue . Je n’oublie rien non plus, et surtout pas que c’est l’école publique, laïque et républicaine qui m’a fait ce que je suis , pour le meilleur et pour le pire bien-sûr, sans jamais, dans sa neutralité, empiéter sur mes convictions religieuses.  

******      

  Pendant les évènements de PLOGOFF, le petit séminaire a servi de cantonnement aux forces de gendarmerie, au cours de l’enquête d’utilité publique. J’en reparlerai, à propos de PLOGOFF. Cette situation entraînera une protestation des anciens élèves du collège  Saint Vincent, parmi lesquels des prêtres. Ils s’insurgent contre l’occupation de l’établissement et le traitement appliqué aux émeutiers (René Pichavant, page 181). Après ces évènements, le petit séminaire  retrouve son calme. Mais les gendarmes ont laissé derrière eux un document oublié dans un tiroir, signé Deiber. Il s’agit du Colonel, futur Général de gendarmerie Deiber, dont j’ai déjà parlé, mon ancien condisciple et voisin de chambre à l’école d’application de l’infanterie à SAINT-MAIXENT en 1954-1955. Le monde est petit !!

******   

  Et aujourd’hui ? Le séminaire va-t’il ressusciter ? Le télégramme du 5/10/2002 nous apprend que Monsieur Lucien Peuziat, capiste d’origine ayant fait carrière dans la construction, a acquis pour 30.000 €  (196.787 Frs) les bâtiments disponibles. (Certains petits bâtiments annexes appartiennent déjà à la ville de PONT-CROIX (salles municipales). L’idée de l’acquéreur est de faire pour le Cap une sorte de centre culturel au rez de chaussée, et une quarantaine d’appartements dans les étages. On ne peut que souscrire à ce projet et l’encourager bien entendu. Mais on peut aussi se demander si , une fois de plus, le Cap n’est pas victime d’un découpage administratif obsolète, qui crée 11 communes en Cap-Sizun (non compris l’île de Sein), ce qui entraîne l’absence de projets collectifs sérieux, cohérents et surtout un esprit de clocher exacerbé, doublé d’individualisme.

  N’y avait-il pas matière à étudier, autour de PONT-CROIX, un sérieux projet capiste à partir du séminaire, compte tenu de la proximité de la zone de Lannéon  disponible pour devenir une base de loisirs. A vouloir implanter sur ses terres, qui un aquarium, qui autre chose, autour de structures totalement inadaptées, dans des surfaces insuffisantes, sans traiter les problèmes d’aménagement dont les  accès font partie, se traduit par l’inexistence du projet global dont le Cap a besoin pour son économie et même peut-être pour sa survie. Ah , ces ‘’Paotred ar C’hatriem’’ du séminaire, dont la formation a avorté, confrontés aux problèmes de l’informatique sans savoir se servir d’un ordinateur, parmi lesquels aucune personnalité ne se dégage puisqu’ils ne sont pas capables de fournir un député, et dont les dossiers traînent ici ou là dans les méandres obscurs des administrations car ils ne sont pas plaidés et défendus au bon niveau !!!

 Sacrée Marie-Jeanne ! J’espère te convaincre parce que ‘’Ton Cap fout le camp’’ !!!

  J’ai traité à part  le cas des Capucins d’AUDIERNE en leur consacrant un chapitre mais je rappelle encore le role joué par ces religieux en milieu maritime où ils enseignaient l’hydrographie et la navigation. Cela fait aussi partie de l’enseignement.

  Reste à faire le point de la situation actuelle, sans tomber dans une fastidieuse énumération de statistiques. Quelques chiffres suffiront :

  En 1987, le collège d’AUDIERNE-PLOUHINEC, dit de Locquéran accueillait 360 élèves contre 290 au collège Saint Joseph ;A la rentrée 2002-2003, ces chiffres tombent à 289 pour Locquéran contre 91 à Saint Joseph . Il faut cependant ajouter pour l’enseignement libre, 131 élèves à Notre Dame de Roscudon (PONT-CROIX) pour avoir une idée du Cap et du rapport privé-public.

  En 1950-1951, les chiffres départementaux  attribuaient à l’enseignement public 55 % des élèves contre 45 % au privé (ces chiffres sont à moduler car le Léon , où le privé est dominant influe sur ces pourcentages).

  En 1998, l’enseignement primaire comptait 112.800 élèves en public, contre 73.350 en privé. Cette situation était comparable dans les collèges : public 90.000, privé 66.250.  

  On peut donc considérer que la laïcité est en train de prendre le pas sur l’enseignement confessionnel, puisque au début du XX ème siècle, la situation était exactement inverse : 90.000 élèves dans l’enseignement secondaire religieux, 80.000 dans les écoles secondaires laïques. Le Cap-Sizun n’échappe donc pas au phénomène. Les raisons sont multiples et se situent principalement au niveau de la religion. Cette religion fait l’objet d’un chapitre à part entière, traité plus loin.

  L’enseignement religieux est une des courroies de transmission de la religion, et comme elle, subit l’érosion. Citons encore la régression des vocations dans les congrégations enseignantes, la suppression de l’enseignement purement religieux (catéchisme), l’évolution des mœurs, les excès commis par le sectarisme et l’intolérance, et enfin la télévision devenue maîtresse à penser de la société de consommation, qui banalise le moindre événement, surtout ceux qui portent préjudice, aux uns comme aux autres. Tout cela a des effets et laisse des traces. A terme, et compte tenu du principe de l’union qui fait la force, on peut imaginer des regroupements au sein de l’enseignement libre, par exemple entre AUDIERNE et PONT-CROIX . Les communautés  de communes sont à la mode, et c’est tant mieux, les paroisses disparaissent pour être regroupées en secteurs pastoraux, et c’est tant pis, alors disons que demain, sera demain.

  Le sage dit toujours au vieillard qui rabâche :

 

 

 

 

 

 

 

 

« de ton temps, c’était ton temps ».

  L’avenir, c’est demain, et pour traiter les problèmes de demain, il faudra sans doute remplacer quelques « Paotred Ar C’hatriem » par quelques Marie-Jeanne d’avant-garde, sinon, ‘’tout foutra le camp’’ comme le café de la Comtesse du Barry citée en préambule. Les hommes responsables, ou tout au moins considérés, et rémunéres comme tels, ont grandement démontré ce qu’ils ne savaient pas faire. Pourquoi ne pas donner les responsabilités aux femmes  de bon sens, à part entière, en laissant aux hommes la parité qui leur revient pour éviter la discrimination. J’en reparlerai, mais déjà, Marie-Jeanne, tu dois savoir que l’heure approche sans doute !!! Souvent présenté comme une société de type matriarcal, il ne tient qu’au Cap-Sizun de vérifier si cette réputation est exacte en faisant émerger quelques égéries aptes à tenir la barre car c’est du gros temps qui se prépare, et il faudra peut-être mettre le Cap à la cape.

A Suivre Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 12 

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2 juillet 2006 7 02 /07 /juillet /2006 14:42

Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 12

LES  RELIGIONS

 

 

Faut-il parler des religions à propos du Cap-Sizun ? Ne s’agirait-il pas plutôt de la religion, puisque la religion catholique, apostolique et romaine est la seule pratiquée dans le canton. Pour autant, il n’est peut-être pas inutile de faire un bref historique, ne serais-ce que parce que des évènements étrangers au Cap ont néanmoins influencé la vie religieuse locale. Il est incontestable que toute notre histoire se situe dans un rapport de forces entre dominants et dominés, les ordres dominants étant la noblesse alliée au clergé pour faire suer le burnous du tiers-état.

 

1-     Les évènements essentiels : la Réforme , le concile de TRENTE , la Ligue–

    Je ne remonterai pas à la période celte déjà évoquée dans un chapître précédent. Nous avons déjà dit que nos ancêtres étaient venus d’Angleterre, emmenant avec eux leurs chefs religieux qui vont créer les paroisses et bâtir églises, chapelles et monuments. Les chapelles feront l’objet d’une étude particulière plus loin. Je ne ferai pas non plus un tour d’horizon complet de la religion chrétienne, de sa naissance à nos jours. Il serait sans intérêt et sans doute ardu de traiter la situation religieuse du Cap, à l’époque de la papauté en AVIGNON (1309-1378) ou de Jeanne d’Arc brûlée vive à ROUEN en 1431. Donc , passons et limitons nous aux incontournables.

           11:La Réforme :1520

     Ce terme qualifie un mouvement religieux né en Allemagne autour de 1520. Il se forme en réaction contre la manière dont l’église catholique se comporte dans différents domaines touchant aux fondements de la doctrine (Les saintes écritures et leurs commentaires), aux mœurs des membres du clergé, aux relations entre le sacré et l’argent, ainsi qu’à la reconnaissance de l’autorité universelle du Pape.

 

 

 

  La Réforme modifie surtout l’approche traditionnelle du salut. Comment être sauvé ? Le salut est-il offert à tous ou à quelques uns , et si oui sur quelles bases ? Voilà le point le plus important, puisque les statuts respectifs du ‘’pauvre’’ et du ‘’riche’’ au moyen-âge, ainsi que l’assistance de l’un à l’autre,  sont fondés sur l’échange ‘’entre les fruits du ciel contre les fruits de la terre’’.

  On connaît trois formes principales au protestantisme : le Luthéranisme fondé par Luther, le Calvinisme fondé par Calvin, et l’Anglicanisme crée par Henri II et défini par sa fille Elisabeth  1ère 

  Luther n’admet que 2 sacrements : le baptême et l’eucharistie. Calvin est plus extrémiste que Luther dans la recherche des moyens du salut. L’Anglicanisme est un mélange de catholicisme et protestantisme. Il n’est peut-être pas nécessaire de s’étendre davantage sur ce point particulier de notre histoire qui n’a pas exactement concerné le Cap-Sizun. On ne peut cependant l’ignorer.

          12- Le concile de TRENTE –

  Le concile de TRENTE (1545-1563), me paraît un point de départ convenable. Il fut convoqué par le Pape Paul III, à la demande de Charles-Quint, pour répondre au développement de la réforme protestante. Il devait permettre à l’église d’opérer sa propre réforme, et de réunir à nouveau les chrétiens. Mais on peut déjà noter que si ce concile a eu le mérite d’abolir un certain nombre des abus de l’église catholique et de reviser ses institutions, il aboutit plutôt à la séparation définitive des deux religions. La Saint Barthélémy a eu lieu en 1572, et la Sainte Ligue dite encore Sainte Union a été active de 1576 à 1594. ( dans les faits, les guerres de la ligue vont de 1588 à1599). La Bretagne n’était française que depuis le mariage de la fille d’Anne de Bretagne : Claude, avec le futur François 1er en 1532. (roi de 1515 à 1547) . Henri IV, roi de France de 1589 à 1610, était protestant.

 

 

          13-La Ligue :

   Les combats de la ligue ont laissé des traces en Bretagne. Les bretons se sont soulevés contre leur gouverneur : le duc de Mercoeur qui voulait s’approprier la province en profitant des troubles. Des bandits comme  La Fontenelle, dont le repaire était dans l’île Tristan en baie de DOUARNENEZ se sont signalés en Bigoudénie et à PONT-CROIX. (La Fontenelle fut roué et écartelé à Paris en Place de Grève le 27 septembre 1602). Quant aux protestants, ils existent encore actuellement et disposent de lieux de culte  à BREST, LESCONIL, LECHIAGAT, MORGAT, QUIMPER, CONCARNEAU, CARHAIX, DOUARNENEZ, MORLAIX etc.., dans leurs diverses formes d’églises réformées, évangéliques ou Pentecôtistes, ce qui est encore un autre sujet. 

 

  Je ne reviendrai pas sur tout ce qui a pu expliquer ou  pour certains justifier les  guerres de religion avant la ligue. Encore un autre sujet.

  Il faut savoir que de grands seigneurs comme les Rohan adhérèrent au protestantisme : c’est la douairière de Rohan qui prit l’initiative de faire venir des pasteurs à BLAIN (Loire Alantique)  dans son château en 1562. Ce château fut d’ailleurs incendié par les Espagnols en 1591. Notons enfin que le duc Henri de Rohan (1579-1638), gendre de Sully que je ne présente pas, était également protestant.

  Mais revenons à la Ligue. Les protestants font appel aux Anglais et Hollandais, tandis que le Espagnols accourent au secours des ligueurs. En Bretagne, les partisans de la ligue, catholiques convaincus, luttent de toutes leurs forces contre les ‘’Parpaillots’’ et leur chef le duc de Mercoeur (nommé gouverneur de la Bretagne le 5 / 9 /1582 ).

  Les Espagnols s’installent en 1590 dans la forteresse du Blavet (actuellement PORT-LOUIS, près de LORIENT , Morbihan).. Le détachement de 7.000 hommes est commandé par Don Juan del Aguila (qui ordonnera l’incendie de BLAIN en 1591). Désirant s’installer à BREST, Juan del Aguila envoie 400 hommes dans la presqu’île de CROZON , où ils arrivent en mars 1594 .

  Le roi Henri IV choisit le Maréchal d’Aumont pour reprendre et pacifier la Bretagne. Celui-ci quitte RENNES en août 1594, s’empare de MORLAIX le 21 septembre, QUIMPER le 12 octobre . A ROSCANVEL, la disproportion des forces en présence : 4.000 Français, 400 Espagnols, laisse augurer d’une fin rapide. Mais les Espagnols arrivent en renfort ; 4.000 hommes sont à LOCRONAN le 6 novembre. Malgré leur résistance, les Espagnols sont écrasés et massacrés. Dès 1595, il n’y avait plus un seul Espagnol en Basse Bretagne. Il y eut cependant des mariages et des naissances, peu certes, mais suffisamment pour justifier le nom de la pointe dite des Espagnols, au nord du Cap, dans la presqu’île de CROZON.

 2-     D’autres évènements à conséquence- 

           21- La révolte des bonnets rouges en 1675-

   Cette révolte populaire et paysanne également connue sous le nom de révolte du ‘’papier timbré’’, se déclenche sous le règne de Louis XIV. Des émeutes ont lieu à RENNES, NANTES et GUINGAMP, et la répression du pouvoir royal est féroce.

 

 

 

  C’est un événement parce que les révoltes sont rares en Bretagne (d’autres révoltes avaient cependant eu lieu en 1490 ; elles ont fait l’objet d’une gwerz intitulée ‘’Le Faucon’’ dans le Barzaz Breiz de La Villemarqué). Je reviendrai sur ce sujet en étudiant les mouvements sociaux, mais la révolte des Bonnets Rouges doit être citée dans l’étude de la religion car elle a eu des conséquences.

  Les points forts de cette révolte sont près de nous CHATEAULIN, le Nord-Est de QUIMPER, DOUARNENEZ et la Bigoudénie. Les impôts décidés par Colbert sont impopulaires. Le gouverneur de Bretagne : Monsieur de Chaulmes organise la répression. Pour frapper les fameux ‘’Bonnets Rouges’’, il décide de sanctionner la religion en faisant décapiter 6 clochers chez les Bigoudens : Lambour, Languivoa, Lanvern, Tréguennec, Saint Honoré et Combrit. Bien que ne concernant pas directement le Cap, cet évènement méritait donc d’être cité ici, pour des raisons purement historiques , et aussi parce que certains de ces clochers servent aujourd’hui de symbole pour exprimer à l’occasion des revendications ;.

           22-La conspiration de Pontcalleck : 1720

   Hersat de La Villemarqué, précédemment cité, en a fait une Gwerz, chantée entre autres par Gilles Servat. Elle relate l’histoire des ‘’Frères Bretons’’ qui voulaient restaurer les privilèges de la province avec l’appui de l’Espagne. Trahi, le marquis de Pontcalleck, chef des conjurés, fut jugé et décapité à NANTES. Encore de l’histoire !!

          23-en 1765-

   Conflit entre le duc d’Aiguillon commandant en chef de la province, et son adversaire le procureur général de La Chalotais, déjà célèbre pour sa lutte contre les jésuites, et son essai sur ‘’l’éducation nationale’’ . Le duc dut abandonner ses fonctions.

          24-La révolution-

   Dès l’été 1789, six paroisses du Cap-Sizun s’étaient fédérées pour prévenir les tentatives possibles de contre révolution.

 

 

 

 

 

 

  La constitution civile du clergé est votée le 12 juillet 1790. Quatre des neuf évêchés bretons sont supprimés. C’est l’affaire des prêtres réfractaires déjà évoquée, et sa conséquence : la chouannerie. Les troubles éclatèrent en 1793, mais les bretons participèrent peu  puisque la révolution avait supprimé le ‘’domaine congéable’’ . Néanmoins la chouannerie se poursuivit jusqu’à Bonaparte. Un des derniers irréductibles : Cadoudal, fut décapité à PARIS en 1804. La chouannerie reprit en 1815, pendant les 100 jours de Napoléon, puis en 1831-1832, lorsque la duchesse de Berry tenta de provoquer un soulèvement contre la monarchie de juillet. Rappelons enfin le concordat signé par les représentants de Pie VII et de Bonaparte le 15 juillet 1801, qui reconnaît que la religion catholique est celle de la majorité des français. Toujours de l’histoire !!

        25- Les expulsions : décret de 1880-

  Les congrégations non autorisées doivent être expulsées de leurs locaux . Ces expulsions donnent souvent lieu à des scènes de violence comme celles évoquées dans le chapitre consacré aux frères de PLOËRMEL en 1903 et au petit séminaire de PONT-CROIX. La loi interdit aux établissements libres de s’appeler université. 

 

  3-    L’encyclique ‘’RERUM  NOVARUM’’-

          

           31- Généralités-

   L’église se trouve confrontée à beaucoup de problèmes : perte de prestige, perte de prérogatives, évolution sociale. Le Pape Léon XIII publie le 15 mai 1891, l’encyclique ‘’Rerum Novarum’’ sur l’état du travail. On parle encore de cette encyclique aujourd’hui. Elle part d’un constat : la richesse est entre les mains d’un petit nombre et la multitude a été laissée à l’indigence, d’où l’intérêt de parler de la condition des ouvriers. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques. Ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense, se sont vus avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée.

 

  L’encyclique va jusqu’à utiliser le mot ‘’ploutocrates’’, opulents qui imposent un joug servile à la multitude des prolétaires. Pour guérir ce mal, les socialistes poussent à la haine jalouse des pauvres contre les riches. Pour autant, l’église défend la propriété privée et se justifie. Le travail est le moyen universel de pourvoir aux besoins de la vie, dans l’esprit de écritures : 

  «  Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni sa maison, ni son champ, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à lui ».

  Quant à la famille, elle fonctionne sous l’autorité paternelle, et l’élévation de tous au même niveau est impossible car il y a des différences de base telle l’intelligence, le talent, la santé, la force etc…Cependant, il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital, et les riches, les patrons, ne doivent pas traiter l’ouvrier en esclave. L’exploitation de la pauvreté et de la misère sont réprouvées par les lois divines (et humaines), et les richesses ne mettent pas à couvert de la douleur. Citant Saint Paul, elle rappelle que c’est aussi le devoir de verser le superflu aux pauvres.

  Mais je ne résiste pas au plaisir, à cette occasion de citer aussi Victor Hugo :

« Donnez, riches, l’aumône est soeur de la prière » .

  Tel est l’ensemble des droits et des devoirs qu’enseigne la philosophie chrétienne.

  L’église veut arracher les travailleurs à la misère. ( autrefois, les diacres étaient chargés de l’aumône). Je rappelle au passage que la misère sévit dans le Cap ; elle a été suffisamment mise en exergue par la thèse du Docteur Heurté étudiée précédemment et  consacrée aux épidémies du XIXème siècle.

  Les impôts doivent être répartis équitablement, l’autorité publique doit prendre les mesures pour sauvegarder les intérêts de la classe ouvrière et l’équité demande que l’état s’occupe des travailleurs. Jamais une classe ne doit opprimer l’autre impunément et les droits doivent être partout religieusement respectés. L’état doit entourer d’une sollicitude toute particulière les travailleurs qui appartiennent à la classe pauvre en général, et il vaut mieux prendre des mesures pour anticiper les grèves. Tous les hommes sont égaux , et il faut arracher les ouvriers aux spéculateurs  coupables de vouloir satisfaire d’insatiables cupidités. Le travail de la femme  et de l’enfant ne peut  rivaliser avec celui d’un homme valide. Le salaire doit être défini et fixé avec justesse.

  L’église a des biens ; ils ont été spoliés. C’est injuste.

  Il faut rechercher l’équité dans les relations patron-ouvrier, et que personne n’ait à souffrir d’injustice. Que les droits et les devoirs des patrons soient parfaitement conciliés avec les droits et les devoirs des ouvriers, et que les riches et les patrons se rappellent leurs devoirs parce que :  La charité est reine et maîtresse de toutes les vertus

****** 

  Voici quelques uns des points essentiels de cette encyclique qui fait 34 pages dactylographiées. Je n’ai évidemment pas tout dit. Aucune autre déclaration sur la question sociale n’a exercé une influence aussi large. L’encyclique a inspiré une grande littérature sociale catholique, et beaucoup de non-catholiques l’ont acclamée. Elle définit en effet toutes les règles du comportement  des uns et des autres dans le monde du travail pour aboutir à une société idéale dans laquelle l’église tiendra le rôle  d’autorité religieuse et morale.

  Oui, Mais !! Il ne faut pas oublier que le monde est monde, et que si la théorie est une chose, la pratique est souvent différente.

  La revue Bretagne Magasine a publié un numéro spécial (été 2002) dans lequel on trouve le point de vue du Père Gusti Hervé, actuellement curé et recteur dans le pays de QUIMPER. Son secteur va de PLEUVEN à  CLOHARS-FOUESNANT, en passant par GOUESNACH et BENODET. Je cite :

  « Le rôle historique de l’église n’a pas toujours été une  force de libération sociale conforme à son message d’origine……Nous sommes historiquement dans une période où partout se développe l’individualisme……Le destin social du prêtre est parallèle à celui de l’instituteur. Ils avaient tous deux une place bien lisible dans l’organigramme de la société. L’instituteur était admiré ……etc ».

  Il semble donc que, de l’avis même d’un membre du clergé, les choses ne se sont pas passées comme elles auraient pu et dû.

           32-Mise en pratique de la théorie-

  Pour vérifier l’application sur le terrain, j’ai estimé pouvoir me référer au livre de Anne Denez Martin : ‘’Les ouvrières de la mer’’ qui relate avec talent les grèves de 1924 dans les usines de conserve à DOUARNENEZ. Certes, encore hors Cap-Sizun dira-t’on, mais tout à fait transposable à mon sens. Ce livre n’est pas un roman. C’est le récit de témoignages recueillis auprès des acteurs. Je cite:

 

  « Quand le poisson donnait, c’était une provende ; quand il manquait, une malédiction. Cet aspect imprévisible a été exploité par le clergé…..le péché de chair, l’oubli des pratiques religieuses faisaient fuir la sardine…..

   Neuf grandes familles se partagent le commerce de la sardine :……Delécluze

  La législation existe, mais  elle est contournée par la misère

  Les gens travaillaient souvent jusqu’à midi le dimanche matin, et pendant ce temps-là, il y avait tous ces bourgeois à la grand’messe, aux premiers rangs, en train de chanter le Credo ;

  Comment échapper à la sacralisation du travail, vertu morale et chrétienne par excellence, quand il est l’objet d’un tel culte de la part du clergé et des patrons.

  Les liens entre les usiniers et le clergé sont étroits en ce début du XX ème siècle. Si étroits que leurs pouvoirs conjugués régentent la vie privée et collective des douarnenistes (messe).

  Comme CONCARNEAU et AUDIERNE , DOUARNENEZ est anticléricale.

  A partir de 1905, la collusion entre le clergé et les usiniers se renforce.

  Les femmes surtout vont être l’objet d’une grande sollicitude de la part du clergé. Les femmes et les enfants. Car tout commence par l’éducation…… et la guerre des écoles : l’école libre catholique et l’école communale laïque.

  Les prêtres peuvent, sur ordre de l’évêque, excommunier les parents qui ont mis leur enfant  à l’école communale ; l’école du diable comme on dit alors.

  L’intolérance des prêtres  est grande pour tout ce qui échappe à leur contrôle ;

  Parfois les écoles libres  acceptent des enfants pauvres, quand les notables paient pour eux…les frères de Saint Blaise vont dans les maisons pour convaincre les femmes……partir pensionnaires, pour être ensuite missionnaires, pour être prêtres.

  La ségrégation joue même à l’intérieur de l’école…les enfants ne sont pas mélangés.

  Les filles des Dames ne s’asseyaient pas à côté des filles des femmes.

  La religion, ultime refuge de la ségrégation sociale ;

  Au cathéchisme, on était toujours derrière, ils montraient une préférence…..ils, c’est à dire les prêtres aidés par les usiniers…..Par les dons qu’ils prodiguent au clergé, ils s’en assurent l’allégeance.

  Parfois trop pauvres pour payer le sou que coûte  la chaise, elles assistent à l’office debout, appuyées au confessionnal.

  La grand’messe du dimanche tient de l’opéra.

  L’œuvre de chair ne désireras qu’en mariage seulement. Cette obsession de la sexualité…

  Mais jusqu’à la guerre de 14, et même au delà, morale religieuse et civile ne font qu’un.

  Quand on s’était déguisé (pour les gras), on ne pouvait faire ses Pâques.

  ……La peur du prêtre et de l’enfer

  Qui tient une salle de danse peut être excommunié ;

  Percer le secret des âmes dans le confessionnal. Tout est mis en œuvre pour atteindre cet idéal.

  L’interdit religieux se transforme en devoir dans le mariage.

  Les messes pour le repos des âmes représentent une bonne ressource .

  A LESCONIL, il y avait un centre protestant et un pasteur ; là où il y avait des protestants, on buvait moins.

  La maladie, surtout la tuberculose, est aggravée par la promiscuité.

  Ce sont elles (les grèves) qui ont ouvert la voie en affrontant un des bastions de l’époque : le patronat de droit divin ;

  Les dominants : usiniers, gros patrons pêcheurs,mareyeurs, clergé.

  Avec la complicité du clergé, un système de castes s’est mis en place, qui refoule vers l’arrière la population ouvrière et place au premier rang les usiniers et les notables.

  En 1921, DOUARNENEZ devient la première municipalité communiste de France ;

  Les femmes craignent les représailles du clergé.

  L’église appuie le patronat.

 Les grévistes sont menacés d’excommunication .

  Les usiniers et le clergé unis dans le même combat.

  Les prêtres refusent l’absolution et tous les sacrements aux femmes soupçonnées de vouloir le travail à l’heure ;

  Pour le clergé, sa conduite a été inspirée par un seul mobile : que les conservateurs l’emportent.

  La séparation de l’église et de l’état le rend plus dépendant que jamais du pouvoir politique.

  L’attitude conservatrice du clergé peut surprendre car elle est contraire à la doctrine sociale de l’église, un des éléments essentiels de l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, promulguée en 1891.

  L’excès de pauvreté et d’injustice fit le reste.

  La présence à la messe, l’absence aux réunions syndicales, sont des gages de bonne volonté ;

  Le péché honni reste le péché de chair ;

  1925 marque un tournant……Dans la conserverie c’est la fin d’un patronat de doit divin ;

  La morale de l’église est intégrée par la communauté et se confond avec la morale civile ».

****** 

  J’entends d’ici le grincheux : ‘’mais DOUARNENEZ ce n’est pas le Cap-Sizun !! Mais on n’a rien écrit sur les conserveries d’AUDIERNE et POULGOAZEC où l’on a compté jusqu’à 19 usines si l’on en croit Ambroise Menou, l’Audiernais bien connu, aujourd’hui disparu. (précision : Ambroise était le gendre de Jean Jadé, député et avocat, précédemment cité ;il a longtemps habité la maison de ses parents sur la route de la Pointe du Raz, ce qui en fit mon plus proche voisin).

 La situation sociale décrite par Anne Denez Martin à DOUARNENEZ était identique dans le Cap. La  collusion clergé-usiniers était manifeste (non compris l’usine Coop de La Montagne à AUDIERNE sur laquelle le clergé n’avait aucune prise). Mais ‘’Pierre’’ou ‘’Queinnec’’ à AUDIERNE ou ‘’Quillivic’’ à POULGOAZEC  étaient manifestement du côté de la paroisse.

  J’ai sous les yeux, une image pieuse datant de 1940. je lis au verso :

 AUDIERNE : la confirmation

Recteur : Monsieur l’Abbé Prigent

Parrain : Monsieur Emmanuel Queinnec

Marraine : Mademoiselle Gabrielle Lannou

11 avril1940

    Je ne ferai pas l’injure aux Audiernais ni aux Capistes de présenter ces parrain et marraine. Ils savent que Monsieur Queinnec était le propriétaire de, vraisemblablement la plus grosse conserverie du Cap.

  Quant à Monsieur Prigent, je l'ai déjà cité dans le paragraphe de la guerre scolaire, à propos d'un refus d'absolution qui a concerné ma propre mère. Si le clergé compte parfois, et je le sais, de saints hommes, il compte aussi le cas échéant des individus sectaires qui portent aujourd'hui la responsabilité du déclin de la religion. Il est peut-être temps de prendre un exemple.

           33- Un exemple: un curé d'avant -hier

(document de référence: l'ouvrage de Yvon Tranvouez: le chanoine Chapalain à lambézellec (1932-1956)

A suivre Ma bro Ar C'Hap Gwechall suite 13  

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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 15:18

             Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 13   

             

   33-Un exemple : un curé d’avant-hier –

 (document de référence : l’ouvrage de Yvon Tranvouez :  Le chanoine Chapalain à Lambézellec (1932-1956 ) –  

  Que vient faire Lambézellec dans le Cap-Sizun ? Rien !! Sauf que l’Abbé Chapalain a été recteur d’AUDIERNE de 1928 à 1932. Or, je suis né en 1930, à AUDIERNE. J’ai été baptisé le 26 juillet de cette même année 1930, dans une église dirigée par Monsieur Chapalain. Ce personnage pittoresque, défini comme un ‘’athlète du Christ’’,  avait été surnommé ‘’le Bélouga’’ par les marins-pêcheurs d’AUDIERNE. Il est vrai qu’il était plutôt corpulent, et  pesait 115 kilogs. :

« en taol man avaz ez eus digaset eur gwaz deom, ha n’éo ket eur bidorig eo ».

« Cette fois-ci, on nous a envoyé un homme, et pas une demi-portion »

disent le marins. (l’abbé Chapalain, natif de l’île de Batz est mort en 1956). Ce n’est pourtant pas à lui que l’on attribue la phrase quelque peu triviale qui a servi à brocarder certains recteurs à l’embonpoint caractéristique :

« Breudeur ha c’hoarezed Kristen, sellit ouz ma c’hof ha grit pinijenn ».

« Mes bien chers frères, regardez mon ventre et faites pénitence »

  Certains Capistes l’attribuent à un célèbre recteur de Cléden, par ailleurs affublé d’un surnom, mais je pense qu’il n’est pas utile de préciser davantage, sauf à faire preuve d’irrévérence envers la personne, d’autant que rien n’est prouvé.(cette phrase figure aussi dans un livre de Henri Goardon dont je parlerai plus loin) Je pense également que l’ouvrage cité en référence livre un certain nombre d’éléments qui, s’ils ne sont pas purement capistes, sont néanmoins édifiants, parfaitement  transposables, méritant donc d’être connus. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de le vérifier dans d’autres chapîtres .  C’est l’écrivain catholique Georges Bernanos qui a écrit , en 1936, « le journal d’un curé de campagne », dans lequel on peut lire :

  « Je me demande ce que vous avez dans les veines aujourd’hui, vous autres jeunes prêtres ! De mon temps on formait des hommes d’Eglise, oui des hommes d’Eglise, prenez le mot comme vous voudrez, des chefs de paroisses, des maîtres quoi, des hommes de gouvernement. Ça vous tenait un pays ces gens-là, rien qu’en haussant le menton ».

  Qui était Bernanos ? Un croyant, déchiré entre le mysticisme et la révolte, qui a combattu par ses écrits la médiocrité et l’indifférence. C’est lui qui, par ailleurs, a écrit ‘’le dialogue des carmélites’’.

°°°°°°

  La génération Chapalain, c’est la génération des ‘’Patros’’. J’ai connu et fréquenté, comme pratiquement tous mes camarades, le ‘’Patro’’ d’AUDIERNE dans mon adolescence (pendant la 2ème guerre mondiale). Je dois dire que je n’y ai pas ressenti de différence entre les enfants de ‘’l’école du Bon Dieu’’, et ceux de ‘’l’école du Diable’’. L’osmose se faisait dans le jeu, l’effort physique, la camaraderie, le chant. Plus tard, malheureusement, quand les enfants seront devenus des hommes, les clivages reprendront leurs droits. Il faut sans doute rechercher l’explication du côté de la politique. J’ai trouvé l’anecdote suivante dans le livre de Yvon Tranvouez (cité en référence) :

  La scène se passe dans le Léon, peu après la dernière guerre, un jour d’élections. Le recteur de TREOURGAT (dans le Bas Léon) monte en chaire, fait son prône, ordonne la reprise du Credo, puis frappe sur le bord de la chaire pour arrêter le chant :

« Annkounac’heat am’oa lavar eun dra dréoc’h. Hirio z’eus votadeg. N’eus nemet unan mad : an MRP »

“ J’avais oublié de vous dire une chose. Il y a un vote aujourd’hui. Il n’y a qu’un bon : le MRP ».

    Apparemment, il s’agit d’un engagement  politique . Il faut par ailleurs aussi savoir que, en 1936, dans le diocèse de QUIMPER, l’évêque, Monseigneur Duparc avait ordonné une neuvaine de prières publiques, avant les élections, ‘’pour qu’elles ne tournent pas au détriment de la religion’’. Cela paraît suffisant pour dire que l’église est, ou tout au moins a été : le camp de la droite, ce qui explique sans aucun doute qu’elle aie perdu  des fidèles n’appréciant pas une telle prise de position.

  En 1954, l’abbé Chapalain organise une cérémonie pour ses noces sacerdotales, en présence de Monseigneur Fauvel. Le chroniqueur local note la présence de André Colin, député et ancien ministre, Yves Jaouen sénateur-maire de BREST, et Auguste Kervern, adjoint spécial de Lambézellec, c’est à dire l’état major  local du MRP, dont Monsieur Chapalain passe pour le conseiller spirituel que l’on consulte volontiers.

°°°°°° 

       Peu d’Audiernais savent que le premier bulletin paroissial d’AUDIERNE  avait pour titre :« Je sers ». Il s’agit en fait, d’une publication rédigée à PARIS, mais comportant une rubrique locale. On peut en voir quelques uns des rares exemplaires rescapés de l’oubli et de la destruction, lors des journées du patrimoine, aux Capucins d’AUDIERNE. Fort heureusement, on trouve encore des archives privées.

°°°°°°

  En Léon l’engrais est catholique, l’argent est catholique, le foot est catholique, comme l’école est catholique. En fait, le village est dirigé par trois autorités : « An tri Aotrou : An Aotrou Doué, An Aotrou Person, An Aotrou Maner » , c’est à dire : le Bon Dieu, Le Recteur, le châtelain.

         §         Le vote catholique n’est pas royaliste, mais clérical. Le Léon politique n’est pas blanc, il est noir.

§         Le ‘’Sillon’’ est un mouvement social d’inspiration chrétienne, fondé en 1894 par Marc Sangnier, et qui, condamné par Pie X, le Pape régnant de 1903 à 1914, disparut en 1910, non sans avoir préparé la voie à la démocratie chrétienne (Le Pape Pie X, peu favorable à la démocratie, fut canonisé en 1954 par Pie XII, pape qui par ailleurs observa un silence officiel face aux atrocités nazies).

§         Le Léon n’a produit aucun politicien d’envergure, sauf André Colin, mais il a fait Alexis Gourvennec et Edouard Leclerc.

Et le CAP ??? Combien d’hommes politiques d’envergure ???

§         Je cite textuellement un extrait de la page 53 du livre cité en référence :

  « Quelqu’un a été désigné pour porter la croix ou la bannière lors d’une procession, et n’est pas venu sans donner une explication valable. Dorénavant, ni lui, ni personne de sa famille, ne sera plus invité à porter les enseignes, comme on dit, alors que c’était quand même un honneur. Deuxièmement, s’il y a un enterrement dans sa famille, on n’ira pas faire la levée du corps à la maison. Troisièmement : si sa fille veut se marier, elle sera mariée à 8 heures du matin. Un autre exemple : Madame X..qui vendait des engrais, n’en vend pratiquement plus à la suite de la fondation du syndicat et du magasin coopératif suscités par le recteur. Pour compenser, elle construit une salle de danse-occasion de péché aux yeux du clergé de l’époque- où elle sert aussi les repas de mariage. Quand les jeunes viennent se présenter au recteur pour inscrire leur mariage, on leur demande où se fera le repas. S’ils disent chez Madame X.., bon , alors mariage à 8 heures du matin.

 ( la scène se situe à HENVIC ; le recteur est Eucher Corre. Le témoin de la scène est digne de foi, puisqu’il s’agit de Monseigneur André Pailler : témoignage du 23 mai 1985).

  J’aurai l’occasion de citer plus loin un exemple comparable, concernant la paroisse de PRIMELIN

§         Vous avez dit charité chrétienne !! N’ est-ce pas plutôt cléricalisme, sectarisme, intolérance pour ne pas dire imbécillité.

  Je lis encore :

  « Dans les collèges catholiques, on dirigeait les meilleurs sujets vers le grand séminaire, à défaut l’école navale : le sacerdoce ou la royale…

    Installé dans son confessionnal, le prêtre accorde ou refuse l’absolution, ouvre les portes du ciel ou celles de l’enfer… »

  On croit rêver. Nous sommes au XXème siècle, à la génération de nos parents, quand nous étions enfants . Faut-il prendre acte de cette alliance entre le sabre et le goupillon ? Pour ma part, je ne le crois pas . Mais, ce n’est pas fini :

  « La Bretagne catholique, rien ne la fait aimer , comme ce démenti tranquille qu’elle oppose à l’individualisme, au protestantisme dont nous sommes pourris ( Père Paul Doncoeur- 1929- Chapalain pages 65 et 113).

  Ajoutons encore :

-         qu’il faut fuir les salles de danse et les réunions mondaines qui sont des lieux de perdition.

-         que la présence à la messe  des enfants de l’école publique est vérifiée par des cartes qui, déposées dans le plat de la quête, sont récupérées par le sacristain, dûment tamponnées, et restituées au propriétaire à la sacristie, après l’office. ( Vécu à AUDIERNE).

-         que l’école libre est le vecteur de la transmission de la religion

-         que les états-majors paroissiaux sont issus des classes moyennes : commerçants ou employés, organisés comme un réseau d’embauche, etc…

  Il est temps de conclure ce chapitre. L’énoncé ci-dessus apporte suffisamment d’éléments pour expliquer et comprendre la situation d’aujourd’hui : églises vides, abandon des sacrements, manque d’attrait pour les jeunes générations etc… Le clergé régnant de la génération de nos parents, a voulu imposer un catholicisme de ligne Maginot, dirigeant tout : les hommes, les consciences, et même la politique, en usant de méthodes arbitraires et injustes. Ce sont les membres du clergé de cette époque qui ont créé le sectarisme. A vouloir tout régenter, ils sont aujourd’hui marginalisés. La responsabilité de la situation d’aujourd’hui leur incombe en totalité. Il ne faut pas, il ne faudrait pas mélanger religion et politique, comme cela s’est fait entre l’église et le MRP. A propos, qu’est devenu le MRP ? « Mouvement Républicain Populaire », il est devenu CDS « Centre des Démocrates Sociaux », (dans lequel on peut citer quelques noms ; Guellec, Cozan, Arzel etc..), composante d’un grand parti de droite depuis les dernières élections présidentielles (2002). Quant à André Colin, aujourd’hui disparu, il a passé le flambeau à sa fille Anne Marie Idrac, hier député de la majorité présidentielle, actuellement PDG de la société des transports parisiens : la RATP.

  On peut accuser la franc-maçonnerie, la ligue des droits de l’homme, la laïcité, le radicalisme, le socialisme, le communisme, les protestants, la télévision, le bal, j’en passe, la décomposition de la religion est inscrite dans le vent de l’histoire, et elle est sans appel parce que le sectarisme n’est pas mort. Il s’affiche encore tous les jours dans certaines municipalités. Les administrés le savent bien. Comme si les trottoirs et les caniveaux pouvaient être de gauche ou de droite, sauf à confondre le sens de circulation dans la rue  et l’administration objective des structures communales, dans l’intérêt général des administrés. Certes, l’époque du réseau est finie : plus personne n’est obligé d’aller chez le coiffeur qui va à la messe,chez le pharmacien qui a ses enfants à l’école libre, chez le boucher bien-pensant etc…Terminé ! Sauf pour quelques irréductibles d’arrière-garde et autres imbéciles qui pratiquent le ‘’copinage’’ et qui , avant de traiter un problème, s’inquiètent de savoir de quel bord est le demandeur. On n’est plus embauché non plus dans une entreprise parce que l’on va à la messe ou inversement. Encore que d’autres critères pas plus moraux règnent sur le monde du travail. Fini le conformisme villageois : « je vais à la messe pour ne pas être mal vu par les patrons, par les voisins, par la famille, par les bourgeois etc.. »

 Je dois dire encore que le chanoine Chapalain qui m’a inspiré le présent chapitre, est resté à la tête de sa paroisse pendant près de un quart de siècle ( l’équivalent d’une carrière militaire, sauf que les militaires bougent, enfin certains…, du moins théoriquement). De nombreux chrétiens sont devenus progressistes, se rapprochant par là-même des protestants. Il ne faut sans doute pas chercher trop loin l’explication de ce comportement . Enfin, recevant un jeune vicaire en 1953, l’abbé Chapalain lui tint les propos suivants :

-         Ne fais pas d’action catholique, c’est de la connerie

-         N’explique pas la messe, il n’y a pas besoin de la comprendre

-         Va au confessionnal c’est là que tu connaîtras les gens

 

  Chacun fera son profit de ces propos. Ils sont suffisamment explicites !!!

******  

  4- Dieu change en Bretagne, (par Yves Lambert)-

  Edité en 1985, un autre ouvrage fait référence en Bretagne : « Dieu change en Bretagne » par Yves Lambert. L’auteur n’a pas étudié le Cap-Sizun. Soit ! Mais comme pour l’ouvrage  précédent , de nombreuses remarques et constats sont parfaitement transposables . En effet, si Dieu change en Bretagne, il change aussi obligatoirement en Cap-Sizun ,composante intégrale de ce beau pays .

A suivre Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 14

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28 juin 2006 3 28 /06 /juin /2006 10:18

Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 14

4- Dieu change en Bretagne, (par Yves Lambert)-

Edité en 1985, un autre ouvrage fait référence en Bretagne : « Dieu change en Bretagne » par Yves Lambert. L’auteur n’a pas étudié le Cap-Sizun. Soit ! Mais comme pour l’ouvrage précédent , de nombreuses remarques et constats sont parfaitement transposables . En effet, si Dieu change en Bretagne, il change aussi obligatoirement en Cap-Sizun ,composante intégrale de ce beau pays .
Ce livre a analysé la situation d’une paroisse Morbihannaise : LIMERZEL. Le grincheux a raison : cette localité n’est pas capiste. Tant pis !! Je ne retiendrai donc que les lignes les plus frappantes de cet ouvrage, à savoir que : 

- En cas de non-paiement du denier du culte, la liste des contrevenants sera lue en chaire, et ils se verront refuser les cloches pour leurs cérémonies. 

 - On peut gagner des indulgences dans certaines conditions ( Pour abréger un éventuel séjour au Purgatoire. Tarif pour un gain de 300 jours : 6 Pater, 6 Ave, 6 gloria) ; 
- On chante dans les églises : « Parle, Commande , Règne », mais aussi :
Nous voulons Dieu dans les écoles
Pour qu’on enseigne à tous nos fils
Sa loi divine et ses paroles
Sous le regard du crucifix
Enfant de l’école publique, j’ai dû chanter ce cantique dans les offices religieux de la paroisse d’AUDIERNE, dans les retraites de première communion etc.. Un comble !! 
- L’image polychrome de Notre Dame du Perpétuel Secours affiche le texte suivant : « toujours par mes paroles, ma conduite et mes votes, je défendrai la religion » 
- La généralisation de l’école publique pose un problème : « qui tiendra l’école, tiendra les consciences » 
- Dans l’un des manoirs, tout le personnel monte dire la prière dans la chambre de ‘’Monsieur’’ 
- Autrefois, on ne dirigeait vers les études secondaires, que les futurs prêtres ( Le Bac pour les chatelains, les industriels, les instituteurs) 
- Le coût des études est élevé en collège privé 
- Les maîtres laïques combattent l’obscurantisme clérical 
- Aux processions les communiants et confirmants sont classés selon les résultats au catéchisme 
- Les sanctions des enfants à l’église sont les mêmes qu’en classe, avec en plus , la crainte d’être mis à genoux au milieu de la nef, devant tout le monde. ‘’Ar Vez’’ , la honte, sur toute la famille. A l’église d’AUDIERNE, je n’ai vu appliquer cette sanction qu’aux élèves de l’école du diable, car ceux de l’école du Bon Dieu étaient encadrés par leurs enseignants, donc enfants modèles, sages par définition ; 
- Le sacré est toujours supérieur au profane (statut du prêtre , soutane, instruction, prestige) 
- On encense les soldats qui meurent pour la Patrie 
- Les trois personnages clés de la socialisation religieuse sont : le prêtre, l’éducateur et la mère 
- La vocation est un honneur suprême pour la famille 
- Il n’y a pas d’ordre sans morale, et pas de morale sans religion (le clergé est une seconde police) 
- Les hérétiques , comme les Albigeois, ne valent pas mieux que les infidèles (d’où l’inquisition ! Quant à l’avenir de l’œcuménisme, il faudra voir !) 
- A la bataille de TOLBIAC, Clovis décida de se convertir en cas de victoire, ce qui fit de la France la première nation convertie dénommée : « Fille aînée de l ‘église » 
- Le temporel est subordonné au spirituel (principe Augustinien) 
- Le siècle des lumières avec Voltaire et Rousseau est funeste à la religion 
- L’histoire sainte précise que les juifs sont devenus et resteront jusqu’à la fin du monde un peuple maudit ( Voilà qui n’est pas de très bon augure pour la paix dans le monde) 
- Les filles-mères déshonorent la famille : l’enfant n’a pas droit aux cloches à son baptême ? Si la mère se marie, c’est en deuxième classe, après avoir confessé la faute et révélé l’identité du partenaire qui doit l’avouer également pour s’épargner l’enfer 
- Les femmes qui se présentent à la Sainte Table bras nus, se voient refuser la communion (id° pour les bas nylon assimilés au nu) 
- Les craintes cléricales ont repris pendant la guerre d’Algérie 
- Les défenseurs de la religion populaire imputent la baisse de la pratique aux bouleversements liturgiques et à une spiritualité trop cérébrale 
- Le clergé socio-culturel a regardé les cérémonies traditionnelles comme du folklore 
- Certains pratiquants ont trouvé refuge chez Monseigneur Lefebvre. 
- Il s’agit d’une querelle des Anciens et des Modernes 
- Il n’y a plus de Sainte Table, plus de chaire, plus de style doctoral 
- Les enfants de Chœur correspondaient aux pages de la monarchie 
- Sur le plan national, le sacrement de la pénitence est celui qui a connu la plus grande désaffection, et que par ailleurs, le clergé ne fait pas de zèle pour les confessions individuelles 
- Le clergé est désacralisé ; il a perdu son statut social (religieuses id°) 
- Les vocations connaissent une chute spectaculaire (on peut lire à ce sujet, l’article écrit par Monseigneur Marcus archevêque de TOULOUSE, dans le quotidien ‘’Le Monde’’ du 9/11/2001), parce que la plupart des vocations étaient le résultat d’un lourd conditionnement 
- Les congrégations religieuses féminines vont mourir également 
- Beaucoup de prêtres ont défroqué, se sont mariés, parfois avec une religieuse, et les prêtres ont fait beaucoup de tort à la religion 
- Les prêtre prêchent ce qu’il faut faire, et ils n’en font rien 
- Les paroissiens sont favorables au mariage des prêtres 
- Il n’y a pas de crise de recrutement dans les églises protestantes 
- On assiste à un effondrement du catholicisme post-tridentin, remplacé par une nouvelle forme de catholicisme, de pratique minoritaire 
- Le baptême n’est plus urgent, l’ondoiement est abandonné, et on ne pense plus aux limbes 
- Les évènements religieux ont un côté commercial (cadeaux de première communion) 
- Le régime des contrats, (lois Debré), la suppression des diplômes catholiques ont fait qu’il n’y a plus de différence entre école libre et école publique 
- On est passé de la religion ‘’par cœur’’, à la religion ‘’par le cœur’’ 
- Les jeunes sont à la croisées des chemins (rejet de la morale traditionnelle), et pensent que parfois que la religion est un commerce 
- Les protestants ne valaient rien à en croire les prêtres de notre jeunesse (alors, quand on en épouse une.. !!)
- Les jeunes trouvent souhaitables les relations prénuptiales 
- Le prêtre a désormais une image désacralisée, sécularisée
-Il y avait beaucoup d’hypocrisie 
- On reproche à l’église : l’inquisition, le colonialisme, les nobles, les préséances, les classes d’offices, la défense des privilèges 
- La religion n’est plus ressentie comme étant indispensable à la réussite matérielle 
- Le clergé finit par fermer les yeux sur les nouvelles mœurs des jeunes 
- L’église se prétend neutre dans le domaine social, alors que les pratiquants sont plutôt à droite 
- Le bilan global est de l’indifférence, et une distance assez grande par rapport à l’église 
- La vie conjugale est désormais plus indépendante des normes religieuses 
- Autrefois il y avait beaucoup d’enfants parce que, à 13 ans, le gosse gagnait sa croûte 
- La morale religieuse est une expression systématisée de la morale commune 
- L’autoritarisme était la règle d’hier (j’ai connu une forme d’autoritarisme dans l’armée ; elle est la marque des faibles peu sûrs d’eux car l’autorité est naturelle) 
- L’église n’est plus le lieu du chacun à sa place : les rangs, les classe et les honneurs d’autrefois ont disparu 
- On a pu assister à l’enterrement d’un industriel (durée : 1 heure et quart ) à comparer avec l’enterrement d’une veuve (durée : une demi-heure) 
- Un ancien vicaire d’AUDIERNE est devenu Monseigneur Boussard, évêque de VANNES, en 1964 
- Autrefois, le catholicisme comportait beaucoup d’hypocrisie et de superstition : les curés voulaient tout régenter. 
- L’église avait une idéologie cléricale dominante, et utilisait les forces sociales permettant de détenir ou se concilier le pouvoir politique. Aujourd’hui, c’est l’inverse 
- La fréquentation de l’école catholique repose encore sur la tradition 
- Les démocrates chrétiens sont des ‘’rouges déguisés’’ 
- Le mouvement ‘’Le Sillon’’était l’aile gauche du MRP ou des socialistes d’aujourd’hui 
- La croix était le symbole de la résignation passive (religion opium) 
- Aujourd’hui, l’église est sur une voie de garage 
- L’acceptation et le renoncement étaient les vertus des ‘’dominés’’, exploités par les ‘’dominants’’ 
- Le diable est relégué aux oubliettes 
- La confession est en déclin, les relevailles sont supprimées, le baptême n’a plus lieu dans les premiers jours de la naissance 
- La résurrection de la chair se récite, parce que c’est un article du Credo 
- Le culte des morts est le lien le plus durable et le plus sensible entre l’église et le village (solennisation du passage) 
- Le jeûne et l’abstinence ont été réduits, puis supprimés 
- Autrefois les gens demandaient à Dieu ce qu’ils obtiennent maintenant par l’argent. Néanmoins des non-pratiquants assistent encore à des messes ‘’robinet’’ pour la pluie contre la sécheresse ou les intempéries, et récitent le cas échéant des prières ‘’commerce’’ ou des prières ‘’aspirine’’. (Voilà qui ressemble fort à la superstition) 
- Les croyances aux dons, aux signes,aux guérisseurs se perpétuent (les medium, les mages et autres diseuses de bonne aventure sont toujours d’actualité) 
- Les prophéties apocalyptiques alimentent la crédibilité (et aussi la crédulité). Exemple : Nostradamus
-On constate l’effondrement de la crédibilité des explications religieuses dans certains domaines ; l’école catholique est largement déconfessionnalisée 
- Le rôle de la religion a changé dans le domaine matériel :
Tout ce qui n’était pas maîtrisé était surnaturel
Elle n’a plus à s’immiscer dans les affaires matérielles et économiques
Elle n’est plus indispensable à la réussite matérielle, même si elle a des liens privilégiés avec la droite 
- L’ église entretenait autrefois la haine de l’école publique, des protestants, des juifs etc..
-Elle préférait l’alcoolisme au bal, se comportant parfois en seconde police 
- Elle légitimait l’aristocrate et les classes sociales aisées. Jusqu’à une période récente, elle a joué dans l’ouest, un rôle fondamental dans la vie politique (95% de votes pour la droite catholique ). On peut se demander ce qu’il en est aujourd’hui !! 
- La démocratisation religieuse est achevée (suppression des classes, des rangs de communion etc..) 
- Les chrétiens de gauche ont été influents car, à l’origine, la monarchie était conforme au christianisme 
- On assiste à une montée de l’indifférence 
- L’éthique protestante est admirée 
- Certains considèrent communisme et fascisme comme des religions politiques 
- Les normes religieuses s’étaient ajustées au contexte rural 
- Le clergé a rompu avec sa fraction la plus conservatrice 
- Le clergé a pour lui : une formation supérieure, une bonne connaissance de la tradition, et une église fortement hiérarchisée, armée de rites, de dogmes, encycliques et théologies 

 C’est toujours le clergé qui dirige la musique 
 - Les recteurs sont aujourd’hui résignés devant cette mutation du catholicisme, condition nécessaire d’adaptation de la religion à la modernité
Conclusion de cette énumération :
Une génération d’incrédules est aux commandes
La page du catholicisme post-tridentin est tournée
La jeunesse actuelle et future est un grande inconnue

°°°°°°

Je vais maintenant donner raison au ‘’grincheux ‘’de service. Tout cela est hors sujet pour ce qui concerne le Cap-Sizun. Certes, Limerzel, paroisse du Morbihan, qui a servi de cobaye pour cette étude, ne fait même pas partie de la Cornouaille. Mais , qui n’a pas eu envie de dire, à la lecture de ce qui précède : « mais ici c’était pareil, ou presque ». Alors !! Qui n’a pas connu les classes d’office, le chapeau des femmes, indispensable pour entrer dans l’église, le rôle du clergé régnant par l’intermédiaire des ‘’Paotred ar C’hatriem’’ qu’il a très justement formé pour mieux les avoir sous sa coupe et qui sont loin d ’avoir tous disparus, l’ostracisme et le mépris pour les filles-mères souvent engrossées par le fils de la maison quand ce n’était pas l’employeur lui-même, les foudres de la chaire à propos des salles de danse, l’exploitation de la superstition et tant d’autres chose !! Certes ‘’grincheux’’, tu as raison, mais en partie seulement, parce que je n’ai pas complètement tort. Alors, si tu le veux bien soyons tolérants pour montrer l’exemple, à moins que tu ne veuilles que je te renvoie , une fois de plus, à la citation de Boileau !! C’est pourquoi, nous allons consulter un autre ouvrage car tu le sais, je me suis engagé à ne rien écrire sans en avoir la preuve, même si toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Quelle meilleure preuve peut-on trouver que ce qui a été constaté et publié ??

A suivre Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 15

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26 juin 2006 1 26 /06 /juin /2006 11:01

Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 15

5- les Bretons et Dieu (Buhez-Ouest France)
On ne peut pas comprendre la Bretagne d'aujourd?hui sans avoir une bonne connaissance du phénomène religieux. Cette phrase est la présentation du livre de référence sur la quatrième page de couverture comme on dit dans le jargon de l?édition. Je vais donc feuilleter ce livre, publié en 1985 par les éditions Ouest-France : « Les Bretons et Dieu », pour en dégager les traits essentiels et transposables, le cas échéant au Cap-Sizun. J'entend bien laisser à chacun la responsabilité de ce qu?il avance ; c'est pourquoi je précise, une fois encore que tout ceci a déjà été, en grande partie, écrit et publié dans un ouvrage. Mon rôle se limite à informer de ce qui a déjà été constaté par d'autres, sans m'attribuer la paternité des affirmations.C'est pourquoi, je récuse aussi le terme de plagiat. A chacun de prendre ce qui lui convient et de laisser le reste
Comprendre la Bretagne d'aujourd'hui, hors du phénomène religieux, ne relèverait même pas du tour de force : impossible de savoir autrement par exemple la querelle scolaire, l'héritage où la religion joue un rôle essentiel, l'anticléricalisme, la vie politique, la vie syndicale, la lutte à couteaux tirés entre prêtres et "hussards de la république".. « Le religieux n'est pas tout, mais il est plus qu'ailleurs », parfois teinté de paganisme, comme ces femmes du CROISIC allant sur les rochers du bord de mer tenter de deviner, sans doute au vol des oiseaux, les chances de retour de leurs maris. Il convient donc de poser la question, redoutablement simple : celle des rapports des Bretons avec Dieu , dans un contexte paroissial, puisque la structure clé est la paroisse, gérée par son conseil de paroisse : la fabrique. On peut même parler de « patriotisme paroissial » puisque les paroisses s'affrontent dans « une sorte d?émulation visible à la hauteur des clochers ou à la plus belle bannière (drapeau paroissial), dans un contexte de super- encadrement clérical ». ( 1 prêtre pour 150 habitants en pays nantais, 1 prêtre pour 100 habitants dans certaines paroisses du Léon) . Il ne faut alors pas s'étonner que tous ces Saints spécialisés, parfois intermédiaires, soient sollicités à tout moment. Il m'a paru intéressant d?essayer de faire un récapitulatif de quelques saints connus, liste non exhaustive bien-sûr. Je commencerai donc par les Saints mis à contribution par les armées.
Saints invoqués pour la protection des militaires

Appellation Arme considérée Date de la fête

Sainte Geneviève Gendarmerie 3 janvier
Saint Georges Cavalerie-Arme blindée 23 avril
St Joseph de Copertimo Aviation 18 juin
Saint Christophe Train 25 juillet
Saint Maurice Chasseurs alpins 22 septembre
Saint Mathurin Marine 9 novembre
Saint Martin Infanterie 1er novembre
Sainte Barbe Génie-artillerie 4 décembre

L'invocation des saints réputés pour un certain pouvoir n'est donc pas un phénomène exclusivement breton. Certains ont un rayonnement national ou mondial, d'autres sont plus spécifiquement Capistes. Mais je ne résiste pas au plaisir de dire que, au cours d?une période de 25 ans dans l'infanterie, je n?ai jamais vu honorer Saint Martin. Certains humoristes disaient même que le saint patron du "pousse caillou" se nommait "Saint-Turon ", allusion quelque peu irrévérencieuse aux équipements entrant dans la dotation du fantassin de base.

Saints connus hors Bretagne

Appellation Pouvoir attribué au saint
Saint Christophe Voyage en voiture-invoqué pour la peste
Sainte Barbe foudre et mort subite+ maçons, couvreurs etc..
Saint Yves Patron des avocats- (bon pour tout)
Saint Etienne Cuir chevelu
Saint Clair yeux
Saint Marc Chasse les mouches
Saint Michel orages
Saint Antoine l?Abbé (Italie) animaux

Saints Capistes et voisins immédiats

Appellation Pouvoir attribué au saint
Saint Tugen Chiens enragés-mal de dents
Saint Théodore Fièvres malignes
Saint Chrysanthe Rhumatismes
Sainte Brigitte Nourrices en panne de lait
Saint Tugdual Yeux, oreilles, eczéma

On pourrait signaler aussi le pouvoir attribué à des fontaines, des statues ou à des moyens particuliers ; l?exemple le plus proche est sans doute la fontaine de PONT-CROIX consacrée à Notre Dame de Roscudon, réputée pour la protection des épidémies ; de même la roue à carillons de CONFORT ou la cloche de GOULIEN sont mises à contribution pour les enfants présentant un retard de langage ou des troubles auditifs. Saint Jean Discalléat ("Santik Du" à Quimper) est invoqué pour retrouver les objets perdus. N'oublions pas non plus le renouvellement des baux à la Saint Michel ou l?engagement des domestiques à la Saint Jean.
Il apparaît donc que les saints sont très présents partout, et pas seulement dans le Cap où on peut noter cependant des dévotions et comportements particuliers (ex-voto) .
On pourrait encore citer Saint Roch et Saint Sébastien invoqués pour la peste, les Saints guérisseurs du bétail, Notre Dame du crée-lait qui concurrence Sainte Brigitte à NANTES etc..Sans compter que, lorsque certains n'ont pas donné satisfaction, ils peuvent se voir infliger une punition, par exemple être mis "au piquet", statue retournée face au mur, quand il ne sont battus ou noyés. Paganisme sans doute !! Médailles, images pieuses, breloques, ne pas se couper les ongles le vendredi, conjurer des images de cire, invoquer un clou au nom de Dieu pour soigner le mal de dents, appliquer un grain béni sur un membre pour le soigner, clés de Saint Tugen contre les chiens enragés etc.. Ce n'est sans doute pas pire que l'eau de LOURDES commercialisée en bouteilles remplies au robinet du réseau de distribution. Mais j'en reparlerai , à propos des chapelles en Cap-Sizun. Et la croix sur le pain avant de le couper ! Depuis quand ?? Il faut remonter loin sans doute !!

Remarques essentielles relevées dans l?ouvrage cité en référence

- La religion des bretons dépasse donc de beaucoup la vision classique et aujourd'hui périmée de la dévotion. La Bretagne est restée jusqu'au XXème siècle un terrain privilégié grâce à la densité du clergé chargé de diriger la foi, de purifier les moeurs en interdisant en particulier la danse, prélude à toutes les turpitudes. Le XIXème siècle a été l'apogée de l'encadrement clérical qui nous a laissé des presbytères monumentaux construits dans les années 1840-1860. La coincidence est parfaite entre la vie sociale et la vie religieuse. Quant à la discipline sexuelle , le faible taux de naissances illégitimes est la preuve de sa rigueur. On peut noter aussi une hypertrophie du culte marial (images pieuses dans les maisons).
- Mais, tout cela a évolué : la guerre de 14/18, le développement des communications, l'automobile, la télévision, et plus récemment internet. La politique n?est pas non plus étrangère à cette évolution : nous avons déjà parlé du MRP, du mouvement "le Sillon", de la JAC etc..La Bretagne a fourni aussi des hommes de gauche très connus : Marcel Cachin, Rol Tanguy (Colonel FTP), Georges Le Bail et bien d?autres. Les données de l'anticléricalisme sont en place : calotins /anti calotins. Quel drame de penser que religion et politique sont intimement mêlés : le spirituel et le temporel associés pour diriger, gouverner, régenter. Georges Bernanos avait raison : "des hommes de gouvernement" qui sont 3378 prêtres de paroisses en 1954, contre 2468 en 1975 . La fréquentation de l'enseignement catholique diminue aussi : 49 % de l'enseignement primaire en 1971-1972, 44 % en 1978-1979. La Bretagne n'échappe pas à la tendance générale en France.
- N'oublions pas que l'alcoolisme des prêtres était réel au XVII ème siècle, que l'église a encouragé la pratique des indulgences dont j'ai déjà parlé, que l'ex-voto est toujours d'actualité (maillot du coureur cycliste Bernard Hinault à Sainte Anne d'Auray) , et qu'il y avait un langage des cloches : gros glas, moyen glas, petit glas. La marque chrétienne est partout : médaille protectrice, motte de beurre, porte de lit-clos sur lesquelles on peut voir parfois : « HOMO MEMENTO MORI », Homme , souviens toi que tu dois mourir.
- Et les fidèles enterrés dans l'église après éviscération s'ils sont de haut rang, les autres n'ayant droit qu'au cimetière !!
- Faut-il parler du commerce des chapelets, rosaires, images en tous genres dans les grands pélerinages et encore une fois des bouteilles d'eau des pélerins ? Industrie, commerce, tout est bon pour gagner de l'argent. Le baptême quant à lui joue un rôle social : devoirs et obligations des parrains et marraines, tutelle de l'enfant s'il devient orphelin. Les couleurs liturgiques rythment le temps de l?année. Pour l'église, le noir et le violet sont couleurs de pénitence. On peut recommander des messes pour les obsèques : octave, messe quotidienne pendant 8 jours, trentaine , messe pendant 30 jours, voire à l?annuel .
- Dans bien des circonstances, l'écharpe de maire s'ajoute, quand elle ne la remplace pas, à l'étole du recteur. Notons au passage q'?il y a des zones de "tradition bleue", longtemps chrétienne, avant de devenir laïques ( radicaux, radicaux-socialistes, socialistes, anti cléricaux) et des zones de tradition blanche (royaliste,catholique, cléricale) .
- Emile Combes était un ancien séminariste, hostile aux congrégations religieuses. Dès la fin de l'empire et la restauration, collèges et petits séminaires regorgent de candidats au sacerdoce, indubitable instrument de promotion, non seulement spirituelle, mais culturelle et sociale. Il n'est pas rare de rencontrer dans les paroisses d'un millier d?habitants, un recteur et 2 vicaires, alors que le Limousin en compte plutôt un prêtre pour plusieurs paroisses. (en 1890, à CROZON qui compte plus de 8.500 habitants, on trouve un curé doyen, 5 vicaires et un prêtre habitué). Au XIX ème siècle, le congrégations féminines auront réuni 200.000 femmes.
- Pour honorer Dieu dignement, et impressionner par là même les fidèles, on déployait beaucoup de richesse, se démarquant ainsi de l?austérité protestante (Fête Dieu).
- C'est dans les années 1930 que la dévotion reflue ;
- Pour la 2 ème communion, le costume de la première est souvent devenu trop étroit !!!
- L'encyclique "Au milieu des Sollicitudes" du Pape Léon XIII date du 16 février 1892. elle incite les catholiques français à accepter la constitution républicaine.
- L' Ouest Eclair est fondé à RENNES en 1899 par l'Abbé Trochu qui fait preuve d?une volonté farouche de combattre l'injustice sociale.
- En 1946, le MRP André Colin et P .H. Teitgen sont défavorables au projet de constitution.
- Les écoles privées étaient , à l'origine , à la charge des paroisses, tel châtelain fournissant un terrain, les paroissiens les matériaux et le charroi, tandis que les frères se contentaient de peu pour vivre. Les familles étaient hostiles à la gratuité .
-La période de VICHY, avec l'arrivée au pouvoir d'homme très proches des thèses catholiques traditionnelles, autorisa la première l'octroi de subventions publiques aux écoles privées. Nous avons vu que les frères reprirent en 1941 possession de leur maison de PLOERMEL, récupérée par un prête-nom au début du siècle .
-L'essor rural était le bulletin de la jeunesse agricole catholique (JAC) du Finistère. Pendant la guerre d?Algérie, il consacra 22,5 % de sa publication aux appelés et rappelés (1956).
- L?Abbé Perrot écrivait dans la revue "Feiz Ha Breiz" (foi et Bretagne). Cette revue a commencé à paraître en 1904, précédant de un an la création du mouvement "Bleun-Brug" (fleur de bruyère). L'abbé J.M Perrot ne prit la responsabilité de "Feiz Ha Breiz" que en 1911, et en resta le directeur jusqu'à sa mort en 1943. Le Feiz Ha Breiz et le Bleun Brug naissent sous le ministère d'Emile Combes. Aussi, la revendication du plein exercice des droits (de la Bretagne) en matière d'enseignement est en bonne place aux côtés de la défense de la langue bretonne regardée comme un des plus efficaces remparts de la foi et de la tradition. Maintenir la langue bretonne, c?est participer à la lutte qui tend à "la destruction des lois laïques et révolutionnaires".
- Après la première guerre mondiale, la revendication autonomiste portée par "Breiz Atao" (Bretagne toujours), pose problème au Bleun-Brug et à son animateur l'Abbé Perrot. Après avoir introduit en 1925 dans les statuts de Bleun-Brug, l'action pour obtenir un régime d'autonomie, les autorités épiscopales mettent le holà. L'Abbé Perrot devra s'incliner, mais il restera personnellement très proche du mouvement autonomiste. Il sera assassiné le 12-12-1943 par les maquis FTP. Sous le nom de "Bezen Perrot", 72 hommes en uniforme allemand sont engagés contre les maquis en Ille et Vilaine, Morbihan et Côtes d?Armor. Ils se replient ensuite sur STRASBOURG et l' Allemagne.

°°°°°°
- La tradition catholique était méfiante à l'égard des usages du corps, partie animale de l?homme et comme telle suspecte (sexualité-danse). Seule ou presque, comptait l'âme, unique à sauver.
- Les libre-penseurs ne se fient qu'à la raison.
- Le "peuple noir" désigne les Bretons soumis à tutelle cléricale (dans le langage anticlérical le terme : corbeau, désigne le prêtre.
- Georges Le Bail était le petit-fils d'un notaire venu s'installer en 1833 à PLOZEVET. En 1902, il a 3 objectifs de lutte : le cléricalisme, le collectivisme, le nationalisme.
- Ernest Renan a écrit un ouvrage qui s?intitule : « La vie de Jésus » dans lequel on peut lire des phrases célèbres :
- Les religions croûlent tour à tour parce qu'aucune force jusqu'ici n'a réussi à étouffer la raison
- Le dernier des simples, pourvu qu'il pratique le culte du coeur, est plus éclairé sur la réalité des choses que le matérialiste qui croit tout expliquer par le hasard et le fini

- Yves Lefebvre quant à lui a écrit un ouvrage à scandale : « La terre des prêtres » qui a défrayé la chronique, en racontant l'histoire d'une fille de bonne famille engrossée par un vicaire. Son frère, également prêtre, choisit de traiter cette affaire dans le silence, ce qui devient un drame. Réédité récemment, ce livre est à nouveau épuisé, malheureusement. Je n'en dirai donc pas plus.
- Dans une Bretagne coupée en deux blocs : la société républicaine laïque et la contre-société cléricale, le dédoublement du fait associatif devient quasi systématique.( Association des jardiniers de gauche pour contrer celle du jardinage de droite)
-La dévotion au Saint-Sacrement est le sommet de la piété tridentine ;
- L'héritage catholique se prolonge sous des formes plus indirectes, par exemple l'implantation de la CFDT et CFTC.
- Le catéchisme a été renouvelé de fond en comble en devenant la cathéchèse, et la communion solennelle reste une fête importante avec sa cérémonie, son repas de famille au restaurant, ses cadeaux qui montent l'adolescence comme le mariage monte le ménage.
- On ne construit plus d'édifices religieux sauf dans les nouveaux quartiers des grandes villes
- Le catéchisme par coeur est taxé de bourrage de crâne
- Longtemps on a assisté au rigorisme moral de l?église

         6-Le témoignage de Henri Goardon : Ar C?hap Gwechall

Après toutes ces remarques générales, il est peut-être temps de se rapprocher du Cap-Sizun. Par quel moyen ? En ouvrant le livre de Henri Goardon « Ar C?hap Gwechall », et en lisant le paragraphe intitulé "L?église et le péché". Qu'y trouve-t?on ??
- Mon grand-père, ma mère me disaient : "plus on souffre, plus on a de mérite" 
-  Il évoque aussi la cérémonie des relevailles, et la purification : quand une femme avait un enfant, elle allait à l'église et frappait à la porte. Le prêtre , suivi d?un enfant de choeur portant un cierge allumé, l'accueillait en récitant des prières. Après seulement, la femme avait le droit de rentrer à l'église. 
-  Il était impensable qu'une jeune fille, avant la guerre de 14/18, se déshabille sur une plage, même déserte. Elle aurait été excommuniée. Si une jeune fille avouait au prêtre, en confession, qu'elle avait été au bal le dimanche, elle ne recevait pas l'absolution . Je peux dire que nous avons tous été trompés et avons souffert avec toutes ces histoires de péché mortel 
-  Mais, le comble !! Dans presque toutes les fermes du Cap-Sizun, avant la guerre de 14/18, on récitait des prières le soir, avant d'aller se coucher. Et chez ceux qui étaient de la lignée des seigneurs, on priait :
Lavarom hoaz eur beden
Evit ar re binvidig da binvidikaad
Hag ar re baoul da chom en o stad

Disons encore une prière
Pour que les riches s?enrichissent
Et que les pauvres restent dans leur état


Voilà qui nous ramène aux lignes précédentes quand, dans certains châteaux ou manoirs, le personnel montait le soir dans la chambre de Monsieur pour réciter la prière. Cette fois nous sommes encore en Bretagne, mais à CLEDEN-CAP-SIZUN, dans le "C?HAP DON". J?imagine que aujourd'hui, contraints de réciter cette prière, de nombreux capistes iraient immédiatement s'inscrire à un parti révolutionnaire. Il ne faut pas tourner le dos à notre histoire , même pas à ses excès. Je n'ai pas connu cet épisode, mais j'en ai connu d'autres comme, je l'ai déjà dit : faire chanter Dieu dans les écoles aux élèves du système public. Oui, la religion s'est suicidée par ses mauvais exemples et ses mauvais serviteurs pour lesquels on peut dire quand même , avec beaucoup de réserve, que peut-être ils croyaient bien faire !
Poursuivons la lecture de Henri Goardon qui nous dit : 
- Sans compter que , lorsqu' une jeune fille "blanche" descendant de la bourgeoisie ou des prêtres réfractaires épousait un "rouge" républicain, on appelait leurs enfants des "jaunes".
  - Le nouveau-né était baptisé le premier ou le 2 ème jour après sa naissance, quel que soit le temps et la distance de son domicile à l'église, parfois de 4 à 5 kilomètres. C'est mon cas, distance en moins cependant. Né le 25 juillet, j'ai été baptisé le lendemain, le 26. 
-  Il évoque aussi le cas des domestiques de fermes, engrossées par leur employeur ou par le fils du patron . Elles sont condamnées au mépris et à la recherche permanente d'un emploi, car expulsées sans ménagement de la maison du maître.
Naître bâtard , tout comme être mère d?un bâtard, une vraie tare !!


-Mais je lis encore :
« Lavarom hoaz eur bedenn evit ma teus danze en ôd, ha ma veom er penn kentaa mio-bio al loden vella »
Disons encore une prière pour que Dieu nous envoie des épaves, que nous soyons les premiers sur les lieux et que nous ayons la meilleure part.
 
- Ceux qui se suicidaient n?avaient pas droit à l?église. C?était effectivement ainsi, dans ma jeunesse, mais très vite cela s?est assouplit. On faisait semblant d?ignorer la cause de la mort en la transformant en accident.
- Dans le chapître consacré à la piété, il raconte le déplacement du prêtre se rendant au chevet d?un mourant pour le sacrement d?Extrême Onction. Les parents s?agenouillaient et se signaient au passage du Saint-Sacrement. Je peux confirmer, car cela se passait ainsi, dans ma jeunesse . 
-  Les Pères missionnaires interdisaient la contraception. Dans le voisinage, une jeune fille enceinte fut séquestrée par ses parents qui la laissèrent mourir de faim. 
-  Quel que soit le parti politique des habitants, ils sont restés catholiques, mais non pratiquants. Cela s?explique par le fait que toute la jeunesse est obligée de s?expatrier pour gagner sa vie ailleurs, et aussi par la faute de certains curés sectaires et bornés (il est facile de le prouver). Il y a donc aujourd?hui, dans certaines communes 50% de non pratiquants (L?édition que j?ai sous les yeux, a été imprimée en 1980). 
- Les danses à deux et les bals ne firent leur apparition que bien après 1919, et cela, malgré l?opposition du clergé. On appelait ces danses "An dansou kov- ha kof ", c'est à dire les danses ventre contre ventre


         7- Le témoignage de Daniel Bernard

Mais , je vais faire à nouveau référence à Daniel Bernard à propos des enfants naturels : "les bâtards". Il signale que les naissances illégitimes étaient assez nombreuses à Cleden-Cap-Sizun au début du XVIII ème siècle. De 1708 à 1712, on en compte 12. (en 1709 il y en eut 5, dont 3 à Quillivic). Pendant la seconde moitié du siècle, de 1750 à 1791, on n'en signale plus que 8 au total, et cette proportion est à peu près la même pour les autres paroisses du Cap. Ces chiffres sont connus par les déclarations de grossesse que les filles et les veuves étaient tenues de faire au greffe des tribunaux.
La paternité, donc la responsabilité des naissances illégitimes à Quillivic, pourrait être attribuée à Vincent de Keridiern exerçant son droit de cuissage sur des pauvres filles sans défense. Libertinage des classes dominantes, asservissement des classes dominées. (Le manoir de Kerdiern existe encore à Cleden : Kerdiern Ar Maner).

°°°°°°

Je reviendrai sur le contenu ce cet ouvrage dans un autre paragraphe. Quittons CLEDEN pour PRIMELIN. L'inauguration de la salle de danse de Rugolva, propriétaire Jacques Gloaguen, a lieu en 1914, en début d'année. Le propriétaire a l'intention d'y organiser des bals et danses tous les dimanches . Le recteur tonne en chaire contre ce projet. Le premier dimanche de février, les danses n'auront pas lieu, mais cela ne durera pas . Bientôt la guerre !!! (archives personnelles du Médecin Général Roger Moullec).

A suivre Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 16


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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