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Le drusthuil, meuble typique du Cap-Sizun

 

La coiffe de deuil "ar jibilinen "

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Le  Marquisat de Pont-Croix

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Vous aimerez le Cap-Sizun

situé au bout du monde, au pays des calvaires, au pays des chapelles, au pays du grandiose, là où finit la terre et commence la mer.

Regardez!!

 

 

 

 


 


Evel ar C'hap, n'eus bro ebet

Il n'y a pas de pays comme le Cap

Pont-Croix

Cap-Sizun côté pile et face

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Toutes ces miniatures sont extraites de l'album photo du blog. Elles correspondent chacune à un article qu'il suffit de demander dans la liste des articles 

 

 

 

 

 

20 juin 2006 2 20 /06 /juin /2006 11:45

Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 18

Le Goëmon


Comme dans beaucoup d’endroits en Bretagne, le Cap-Sizun est à moitié tourné vers la terre et à moitié vers la mer. La mer, mer nourricière, fournit gratuitement deux éléments sur le littoral : le sable et le goëmon. Le sable est régulièrement prélevé par les agriculteurs pour amender les terres. Quant au goëmon, ses qualités étaient notoires comme engrais au profit des sols, avant que ne soient connues les possibilités de transformation, à usage industriel et commercial. Il existe deux types de goëmon : le goëmon de coupe récolté dans l’eau, et le goëmon de laisse, apporté sur le rivage par la marée .
La côte nord du Cap-Sizun, nous l’avons vu dans la présentation générale, est constituée de falaises abruptes, peu favorables à la récolte des laisses de mer. C’est donc sur la côte sud, plus plate, que se situent les activités goëmonières, activités qui s’étendent d’ailleurs jusqu’en Bigoudénie. La récolte du goëmon présente deux grands intérêts :
- un intérêt agricole, en récoltant gratuitement un produit d’enrichissement de la terre
- un intérêt commercial, donc économique, ce qui va entraîner inévitablement quelques rivalités au niveau des clochers.

1 – Rappel historique-

11- Cahiers de doléances de PRIMELIN - ( déjà cité)
Demande de permettre aux habitants des paroisses riveraines, sur les côtes de la mer, de prendre également des goëmons que les flots de la mer ont détachés et jetés sur les grèves. Que PRIMELIN puisse sécher sur….etc (il s’agit de la plage de Trez-Goarem en ESQUIBIEN)


12- Cahiers de doléances d’ ESQUIBIEN- (id°)
Non jouissance de PRIMELIN sur la palue de Trez-Goarem , sinon on rendra déserts les villages qui l’entourent… et par là, on mettra et réduira à la mendicité une trentaine de familles.
13- Monographie de CLEDEN-CAP-SIZUN - Daniel Bernard (page 12 ) Je cite :
Dès 1822, la municipalité de CLEDEN avait demandé l’ouverture d’une voie d’accès vers le Loch pour permettre à ses administrés de s’approvisionner en sable et goëmon….Les habitants de PLOGOFF et PRIMELIN qui voulaient se réserver le monopole de l’extraction du sable et de la récolte du goëmon, firent leur possible pour contrecarre la réalisation de ce dessein.
Désireuse d’arriver à ses fins, la municipalité de CLEDEN fit ouvrir en 1848-1849, la fraction de chemin comprise dans son territoire. Devant cette initiative, les adversaires du projet durent s’incliner. Ce qui restait à construire sur le domaine de la commune de PLOGOFF, au pied de la colline de Landrer et le long des marais du Loch, fut effectivement terminé en 1855.

La lecture de la suite de l’ouvrage de Daniel Bernard est édifiante au sujet des communications entre CLEDEN et AUDIERNE, par le contournement du village de Brezoulous en CLEDEN pour aboutir à Kerloa et la D784 en PRIMELIN. Je me souviens de l’époque de la ‘’SATOS’’ ; les ‘’fayots’’ permissionnaires domiciliés à CLEDEN empruntaient cet itinéraire pour rejoindre Rugolva en PRIMELIN, lieu de passage du car, à l’issue de leur permission.
Dernière remarque : Daniel Bernard parle de ‘’Prat Honest’’ en Primelin, ainsi nommé, par dérision, en souvenir des attaques qui s’y produisaient : Prat = pré, Honest = honnête.



14- Goulien, par Christian Pelras – Je cite :

page 299- C’est ainsi que depuis plus de 80 ans , ESQUIBIEN et PRIMELIN s’opposent à ce que soit construite une route qui traverserait le territoire de l’une ou l’autre et qui mettrait le bourg de GOULIEN à 3 kilomètres de la route nationale (aujourd’hui D 784), au lieu de 6 actuellement en passant par les Quatre-Vents. La municipalité de GOULIEN avait pourtant fait goudronner la route de Trevern jusqu’au ruisseau qui forme la limite, mais au-delà, elle n’est toujours prolongée que par un chemin étroit et boueux. Autrefois, ces communes fondaient leur refus sur la crainte que que les gens de GOULIEN ne viennent les concurrencer dans le ramassage du goëmon sur la côte sud. Aujourd’hui, cette activité est devenue tout à fait secondaire, mais on ne veut toujours pas construire la route.
J’ai souvent pratiqué cet itinéraire par Trevarha en ESQUIBIEN, à pied, pour me rendre à Langroas en CLEDEN. Je l’ai même fait en 2 CV Citroën. Aujourd’hui, un 4x4 serait plus approprié.
Page 313- D’où naissance des conflits entre les gens de GOULIEN et leurs voisins du sud qui s’opposaient à ce qu’ils passent chez eux pour aller ramasser du goëmon sur leur côte.

15- Registre des délibérations du conseil municipal de PRIMELIN-

1879- Monsieur Gloaguen (Jean Pierre Michel) de Kerloch, homme processif, rend impraticable le chemin du Loch pourtant nécessaire pour les pêcheurs et les cultivateurs qui vont chercher du goëmon au Loch
1891-Refus de classement du chemin vicinal de Trevern à Prad Honest dont la construction serait avantageuse pour les habitants de GOULIEN, mais serait préjudiciable à ceux du littoral (le goëmon…).
Demande de création d’un chemin vers Le Loch pour faciliter la récolte du goëmon.
******
L’énumération ci-dessus me paraît suffisante pour faire ressortir l’intérêt et l’enjeu du goëmon destiné à enrichir la terre. Elle fait également ressortir les rivalités entre les communes de la côte sud et celles de la côte nord du Cap, lesquelles sont séparées en tout et pour tout, par une vallée et un ruisseau .

Synthèse des alliances et des rivalités

PLOGOFF + PRIMELIN alliés contre CLEDEN
PRIMELIN + ESQUIBIEN alliés contre GOULIEN
Antagonisme PRIMELIN- ESQUIBIEN

Il n’y a pas lieu de s’étonner alors si les Anciens de CLEDEN se rappellent les bagarres homériques qui opposaient à coups de lance-pierres, les gamins de PLOGOFF à ceux de CLEDEN, sur la limite administrative des 2 communes. A chacun son territoire. Il n’est plus temps d’évoquer Clochemerle, mais plutôt ‘’La guerre des boutons’’ de Louis Pergaud. Mais, quoi qu’il en soit, le goëmon n’a pas fini de faire parler de lui.

16- L’usine du Stum à AUDIERNE-

161-Evolution de l’industrie du goëmon-
Les algues étaient déjà cueillies et brûlées du temps de Colbert . Pour mémoire, on peut rappeler quelque dates :

- en 1681 : ordonnance de Colbert réglementant la récolte du varech et du goëmon
- en 1692, Louis XIV accorde à la compagnie de Saint-Gobain l’exclusivité de la cueillette
Le résidu de brûlage était populairement appelé ‘’soude ‘’. Riche en sel de sodium, il était utilisé pour la fabrication du verre et en savonnerie. Plus tard, la soude servira à fabriquer l’iode- (découverte de l’iode en 1812 par un chimiste français : Courtois. On découvre aussi les propriétés antiseptiques du produit).
La première usine est construite au CONQUET en 1830. L’industrie est florissante jusqu’à la découverte de l’iode à moitié raffiné au Chili en 1873. Commercialisé à prix compétitif, ce produit chilien est frappé de droits de douane pour protéger les produits de fabrication locale.

162- L’usine du Stum-
Elle a été créée en 1879 par la famille de Lécluse (Amédée et Emile). Elle aura à répondre à des besoins exceptionnels lors de la première guerre mondiale, le nombre de blessés augmentant la consommation et les besoins en iode. Chacun sait que les guerres font tourner la machine économique et industrielle.
Les gens de ma génération se souviennent des longs cortèges de tombereaux traînés par un cheval, transportant les pains de soude à l’usine du Stum, dirigée par Monsieur Jean Couic (par ailleurs organiste de la paroisse d’Audierne, et ancien du petit séminaire de Pont-Croix). Les pains étaient pesés après prélèvement d’un échantillon par le contremaître pour déterminer la teneur en iode.
On se souvient aussi des longues colonnes de fumée blanche montant dans le ciel, sur toute la côte de la baie d’AUDIERNE, de Penmarch à la Pointe du Raz. Dur labeur, consistant pour le goëmon d’épave à être d’abord sur les lieux, de préférence le premier, au bon endroit, au moment favorable de la marée. Travail de femmes qui, cotillons retroussés, entraient dans l’eau froide, jusqu’à la ceinture, armées de longs crocs pour gaffer le goëmon et le tirer sur la grève, avant de le remonter sur la falaise ou le déposer à un endroit tel qu’il soit hors de portée de la haute mer. Manutention à la main, transport par paniers ou attelage à cheval, mise en tas, surveillance, séchage, brûlage dans les fours à soude, pifonnage etc…
On peut revivre cette époque lors de reconstitutions annuelles à l’usage des touristes, à ESQUIBIEN par exemple, ou lire l’excellent ouvrage de Yves Bramoulé : Goëmoniers des Îles , éditions Le Télégramme. La visite de l’éco-musée de PLOUGUERNEAU ne doit pas non plus manquer d’intérêt. Témoignage du passé ! C’était hier. Aujourd’hui, la vie est plus facile. Raison de plus pour oublier ce qui nous a séparés et en particulier les frontières servant et alimentant les querelles d’intérêt, au profit de ce qui nous unit,
LE CAP-SIZUN.
Actuellement, le goëmon d’épave n’est plus ramassé que par quelques jardiniers amateurs. Les laminaires, surtout employés dans l’industrie chimique (cosmétologie), sont ramassés par bateau à l’aide d’un procédé mécanique ‘’le scoubidou’’, mis au point en Finistère Nord. La culture des algues, déjà pratiquée en Bigoudénie, n’a pas été expérimentée en Cap-Sizun.
C’est par ce chapître que je vais clore notre histoire, pour tenter d’analyser le Cap d’aujourd’hui. Encore un mot tout de même, à la suite de l’usine du Stum, pour parler de ses propriétaires qui ont marqué leur époque par leurs réalisations.

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Le château de LOCQUERAN

L’histoire du château de Locquéran, situé à l’embouchure du Goyen, se confond avec l’histoire de la famille de Lécluse, tant sur la commune d’AUDIERNE que sur celle de PLOUHINEC. J’ai déjà évoqué ce nom ( usine à DOUARNENEZ, goëmon, usine à soude). La commune de PLOUHINEC, en supplément du bulletin municipal N° 5 en a fait une synthèse à laquelle on peut se reporter
Jean Delecluze, originaire de Normandie, s’est installé à POUGOAZEC (par son mariage). La famille s’est enrichie dans le commerce maritime et l’exploitation des engrais de mer. Famille de notables, qui fournit des responsables locaux à AUDIERNE, PLOUHINEC, et même au département.
Dès le XVIII ème siècle, Jean Delécluze est fabrique de la trève d’AUDIERNE (équivalent de maire) . Un de ses descendants : Jean-Baptiste, est juge de paix du canton de PONT-CROIX pendant la révolution, puis président du tribunal de QUIMPER. Jean-Pierre, maire d’AUDIERNE, est autorisé à transformer son nom en 1868 : de Lécluze, auquel s’ajoute Trévoëdal (nom d’une propriété à BEUZEC) ;
Deux fils : Amédée et Emile, propriétaires de l’usine à soude, font construire chacun un château :
- Emile à AUDIERNE
- Amédée à PLOUHINEC.
Suite à une diminution de ses ressources, Amédée transforme le château de Locquéran, en hôtel pour invités payants. On y voit entre autres Guy de Maupassant (1895) et José Maria de Hérédia (1900). Malgré cet apport de ressources, le château de Locquéran est vendu à la fin de la première guerre mondiale.
Henri de Lécluze, fils d’Amédée, devient maire de PLOUHINEC. Avec son épouse, Jeanne Bertrande de la Brousse de Beauregard, ils organisent des secours pour les plus démunis pendant les hivers 1902-1903 et 1903-1904. Un atelier de dentelle est installé à Locquéran en 1904. Henri de Lécluze, Colonel de cavalerie est mobilisé en 1914 .
Le château devint propriété de la ville et de l’hospice d’AUDIERNE, et sert successivement de :
- colonie de vacances pour la ville de CRETEIL (1935)
- centre d’apprentissage féminin de 1946 à 1955, sous la direction de Madame Moan, figure audiernaise bien connue et aujourd’hui disparue .
Vendu récemment par la ville d’AUDIERNE , pour une somme bien modeste, le château est aujourd’hui un hôtel pour clientèle aisée .

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Pour terminer cette évocation des noms connus, on peut aussi noter que le patronyme Fatou, aujourd’hui allié à la descendance de la famille de Lécluze, était déjà porté en 1928 à POULGOAZEC, par un Capitaine de vaisseau : Alfred Fatou. Ce nom apparaît dans les documents ayant trait à la construction de l’abri du marin à POULGOAZEC. Aujourd’hui, le manoir de Suguensou, cité à propos de ‘’Toul ar Zoner’’ et d’un éventuel souterrain, appartient à la famille SERIEYX (Christian) et son épouse Gwladys Fatou .
C’est par ces mots que je vais mettre un terme à l’exposé de ce qui constitue, à mon point de vue, quelques uns des éléments essentiels de notre histoire permettant de mieux comprendre la situation actuelle. Place au CAP-SIZUN d’aujourd’hui !!

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 Le chateau de Locquéran

 

 

 

 

 

 

 

Ici s'achève la première partie du texte proposé: Ma Bro ar C'Hap Gwechall

Dans une deuxième partie nous parlerons du Cap d'aujourd'hui: Ma Bro Ar C'Hap Hirio

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Published by spartacus - dans livres
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