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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 10:03

Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 10

 

                                         4- Les Frères de PLOËRMEL-  

 

               (documentation de référence : Les Bretons et Dieu-Ouest–France page 184  et documentation privée )

 

 

  Les premières écoles modernes ont été crées à partir de 1700 par Jean-Baptiste de La Salle. Dès 1790 , puis sous la Terreur, les écoles paroissiales ont été  interdites. Mais consultons d’abord l’ouvrage publié par Ouest-France en 1985. Je cite :

 

 «  La congrégation des Frères de l’instruction chrétienne de PLOËRMEL a été fondée en 1825 par les abbés Jean-Marie (1780-1860) et Félicité de La Mennais (1782-1854) qui songeaient à en faire le pivot de leur action vouée à régénérer l’Eglise, ainsi que l’abbé Deshayes Gabriel (1767-1841). Les deux frères malouins de La Mennais ont eu une postérité différente en Bretagne. Le plus jeune Félicité, se rendit d’abord célèbre comme champion de l’ultracisme, de la prééminence de la religion sur toute loi. Lié comme son frère à l’évêque de RENNES Monseigneur de Lesquen, il exerça un grand ascendant sur le petit séminaire de SAINT-MEEN. Mais, les idées qu’il développa par la suite dans le journal  ‘’l’Avenir’’ (1831) marquèrent un tournant vers un libéralisme ultramondain, revendiquant les libertés de conscience, de presse, d’association, divisant le clergé local. Les condamnations pontificales (Mirari Vox-1832 et Singulari Vox-1834) entrainèrent peu à peu la rupture de Félicité avec l’église, jugée synagogue d’une foi morte, et la recherche d’un nouveau principe spirituel, le peuple souffrant, peuple des travailleurs, aux marges du socialisme.

  L’aîné Jean-Marie avait participé à toutes les entreprises de son frère jusqu’en 1830, ce qui lui valut de pâtir pendant quelques temps de la réputation de Félicité et de l’éviction des ses idées. Mais il avait de son côté, en liaison avec le Morbihannais Gabriel Deshayes,créé une congrégétion appelée ‘’frères de l’instruction chrétienne’’, ou ‘’frères de PLOËRMEL’’, ou’’ frères de La Mennais’’. Cette action s’inscrivait dans le grand mouvement de création, sous la Restauration, de congrégations de petits frères (Maristes etc..), à la fois pour pallier l’absence dans les campagnes des ‘’frères des Ecoles’’ ou ‘’frères de La Salle’’, confinés par leurs règles dans les villes, et pour contrer les idées révolutionnaires susceptibles de se répandre avec une instruction non contrôlée.

  Les frères de PLOËRMEL se taillèrent un empire scolaire dans le Morbihan, l’Ille et Vilaine, les Côtes d’Armor, dans les écoles publiques de garçons, surtout au prix d’une âpre concurrence avec les instituteurs issus d’écoles normales, plus coûteux pour les communes, moins sûrs idéologiquement.

  Les mesures de Jules Ferry, en particulier la laïcisation du personnel des écoles publiques, à partir de 1886, suscitèrent la création d’écoles privées, confiées dans un premier temps aux frères, dont l’élan fut brisé par les mesures anticongrégationnistes de 1903-1904 ».

 

******   

  Donc la congrégation a été dissoute en 1903. La répartition des élèves, au début du XXème siècle, était de environ 90.000 élèves dans l’enseignement secondaire religieux, et 80.000 dans le secondaire laïque.

 

  La loi préparée par Waldeck Rousseau et votée le 1er juillet 1901, permettait au gouvernement de fermer par décret les écoles dirigées par des congrégations. En 1903, Emile Combes décide d’appliquer cette loi. (à ne pas confondre avec les inventaires en 1905-1906).

 

  La maison mère des frères de La Mennais à PLOËRMEL compte à l’époque 407 des 2.000 religieux de la congrégation (qui se compose de 450 établissements dont 357 en France). Le prestige des frères est considérable et ils sont à l’avant-garde des méthodes modernes d’enseignement (ce sont eux qui , 8 ans avant la loi Guizot, créent dès 1825 les premières écoles normales d’instituteurs).

 

  Le 6 avril 1903, une lettre d’Emile Combes, président du conseil, est notifiée par le commissaire de police aux frères de PLOËRMEL. Elle prononce la dissolution effective de la congrégation dans un délai de 3 mois. Les frères se préparent à la sécularisation ou à l’exil, et cachent les ouvrages les plus précieux et les plus anciens chez l’habitant .

 

  Pour éviter les troubles, l’expulsion est programmée dans le plus grand secret, à la date du 12 février 1904. A 4 heures du matin, 1.200 soldats (1.000 à pied, 200 à cheval) quittent VANNES par train spécial. Le dispositif est aux ordres du Lieutenant-Colonel Ducasse, commandant le 28ème régiment d’artillerie. Ils arrivent en gare de PLOËRMEL à 5 heures du matin, ainsi que 12 brigades de gendarmerie, et sont accueillis par le tocsin.

 

  La matinée est consacrée à l’évacuation, calme mais dans un climat tendu, de la maison mère qui a été cernée. Les portes sont forcées à coups de pioches (l’autorité civile est représentée par un sous-liquidateur : François Surty, géomètre de profession, qui n’est ni homme de loi, ni fonctionnaire). Les frères quittent la chapelle en procession, emportant le  Saint-Sacrement vers l’église paroissiale.

 

  Dans l’après-midi, les Ploërmelais se sont regroupés dans et autour de l’école Saint Armel qui doit être investie. Ils bombardent la troupe à coups de projectiles divers, sans pour autant commettre l’irréparable (il en sera de même à PLOGOFF, dans un autre contexte, 75 années plus tard) . Différents témoins ont recueilli des propos de gendarmes, ‘’confus du rôle qu’ils jouent ’’. Un autre témoin note ‘’l’attitude haineuse du Sous-Préfet, du Procureur, du juge de paix, et de certains gendarmes et soldats’’.

 

  Il faut dire que la situation des militaires de toutes armes, engagés dans cette opération , est très inconfortable. Ils sont nombreux à avoir reçu l’instruction des frères de PLOËRMEL, et se trouvent de ce fait devant un cas de conscience. Ainsi, le Lieutenant-Colonel Ducasse, responsable de l’opération, décline l’invitation pressante qui lui est faite par le représentant de l’état de faire procéder aux sommations préalables à l’usage des armes. (En quelque sorte, un refus d’obéissance ; j’ai moi-même vécu un cas à peu près semblable dans un autre contexte il est vrai, en exigeant un ordre écrit d’ouverture du feu, qui ne m’a jamais été donné par l’autorité concernée. Ce propos est purement anecdotique bien entendu).

 

  Mais , le pire s’est joué quelques heures plus tôt, au reçu de la mission. Cinq officiers de carrière, fidèles à leur foi catholique, refusent de marcher. Leur décision est prise ; elle est irrévocable ; elle brise leur carrière (Il y avait d’ailleurs eu des précédents à Saint Pierre de Chartreuse en 1903, et à La Guerche en 1904).

 

 Les 5 officiers se nomment :

 

  Capitaine de Beaudrap - Capitaine Morel - Lieutenant Boux de Casson – Lieutenant Boulay de la Meurthe – Lieutenant de Torquat .

 

  Ils sont mis aux arrêts et comparaissent devant le conseil de guerre à NANTES, pour refus d’obéissance .Ils sont condamnés pour abandon de poste et contraints de quitter l’armée. Voici un extrait des propos qu’ils ont tenu pour leur défense :

 

  Boux de Casson :  En Algérie, en Chine, j’ai appris à respecter la mosquée et la pagode. Rentré en France, je n’ai pu coopérér à l’expulsion des ministres de ma religion.

 

De Torquat : J’ai fait l’abandon de tout à mon pays, mais je ne crois pas que mon pays puisse me demander l’abandon de mon honneur et de ma conscience.

 

De La Mothe : Dans des cas semblables, chacun est libre de ses sentiments. Je respecte ceux de mes chefs, mais je garde les miens.

 

******

 

  Le sens de l’honneur et la loyauté de ces officiers est indiscutable. Et comme l’histoire se répète parfois, je peux rappeler que, lors d’évènements plus récents, des officiers n’ont pas hésité à sacrifier leur carrière pour ne pas trahir ce qu’ils considéraient comme ‘’la parole donnée’’. Je pense très précisément au drame des harkis, en Algérie, et au cas de conscience de leurs gradés d’encadrement.

 

  Le Capitaine de Beaudrap meurt en 1908. Ses quatre camarades rejoignent volontairement  comme simple soldat l’armée française en 1914. Ils sont rapidement promus à leur grade antérieur. Boux de Casson et de Torquat meurent au champ d’honneur. Le Capitaine Morel meurt des suites de ses blessures en 1922. Boulay de La Mothe survit et meurt en 1951.

 

  Cette parenthèse m’a paru nécessaire pour dire que les officiers ne sont pas toujours conformes au cliché simpliste qui voudrait en faire des arrivistes, sans état d’âme, uniquement préoccupés par leur carrière et leur avancement. J’ai reçu une formation d’officier, et j’en suis fier. J’ajoute encore que je suis en possession d’une documentation pour justifier ce que j’ai écrit au sujet des officiers précités.

 

******  

 

  La loi de 1901 avait pour but d’exclure les religieux de l’enseignement des jeunes Français. La dispersion des frères de PLOËRMEL, dont le supérieur mort d’une crise cardiaque, devient une victime de la persécution,  fait grand bruit dans le diocèse de VANNES, tout comme la confiscation de l’évêché et du grand séminaire.

 

  L’engagement massif des prêtres dans les armées au cours de la deuxième guerre mondiale, au côté des instituteurs laïcs, leurs camarades de combat, contribuera à faire lever dans les faits, l’interdit. Les uns comme les autres, ont fait preuve de courage physique, intellectuel et moral. A ce titre, ils méritent le plus grand respect, celui que l’on doit aux hommes de conviction, laïques ou religieux.

 

  La période de VICHY, avec l’arrivée au pouvoir d’hommes proches des thèses catholiques traditionnelles, autorise la première l’octroi de subventions publiques aux écoles privées. Les frères reprennent d’ailleurs en 1941 possession de leur maison de PLOËRMEL , récupérée par un prête-nom au début du siècle. A la libération, la gauche laïque reprend évidemment le dessus malgré l’action du MRP favorable aux écoles privées (cf :Les bretons et Dieu page 188).

******     

  PLOËRMEL n’est pas en Cap-Sizun. Soit ! Mais les frères de la congrégation qui porte ce nom ont été en Cap-Sizun, particulièrement à AUDIERNE, PONT-CROIX (et DOUARNENEZ, ville toute proche) ou y sont encore. Leur histoire méritait d’être racontée. Mais je fais amende honorable pour m’être écarté du sujet. J’espère que c’est pour la bonne cause, celle qui prône le combat contre le sectarisme. A chacun selon sa conscience !!

A Suivre Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 11

 

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Published by spartacus - dans livres
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