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Le drusthuil, meuble typique du Cap-Sizun

 

La coiffe de deuil "ar jibilinen "

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situé au bout du monde, au pays des calvaires, au pays des chapelles, au pays du grandiose, là où finit la terre et commence la mer.

Regardez!!

 

 

 

 


 


Evel ar C'hap, n'eus bro ebet

Il n'y a pas de pays comme le Cap

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Toutes ces miniatures sont extraites de l'album photo du blog. Elles correspondent chacune à un article qu'il suffit de demander dans la liste des articles 

 

 

 

 

 

17 juillet 2006 1 17 /07 /juillet /2006 17:54

Ma Bro Ar C'hap: Gwechall- suite 4

4- Les naufrages- 

 
  Dans son ouvrage intitulé ‘’Pilleurs du Cap’’(le pillage d’épaves dans les paroisses
du Cap-Sizun au XVIIIème siècle), l’Audiernais Paul Cornec a cité de nombreux noms de bateaux. Depuis ‘’L’Aimable Anne’’ qui ouvre la liste alphabétique, jusqu’à ‘’Le Zévelit’’ qui la clôture, j’ai compté 86 noms de bateaux relevés dans les archives de l’Amirauté de Cornouaille. Je ne sais où j’ai lu qu’il s’agissait d’un travail de Bénédictin. Le lecteur intéressé peut donc se référer à cet ouvrage, présenté par ‘’Le Télégramme de Brest’’ le 21/12/2001, en ces termes :
« au XVIIIème siècle le pillage des épaves était, dans le Cap-Sizun comme sur d’autres côtes de Bretagne particulièrement dangereuses, une activité économique à part entière, comme le sera plus tard la récolte du goémon (j’ai déjà évoqué le goémon ; nous y reviendrons). Les cargaisons des navires naufragés étaient considérées comme un bienfait de la Providence par les populations misérables, et ni les délégués de l’Amirauté, ni même les curés
ne pouvaient les empêcher de se ruer au ‘’bris’’ ».
Cette extrême pauvreté a été décrite par J.F. Brousmiche dans son ouvrage « Voyage dans le Finistère en 1829,1830,et 1831 ». Je cite :
« Nous allons poursuivre notre course vers AUDIERNE , mais dans ce voyage il faut se résoudre à s’enfoncer dans les détestables  chemins qui sillonnent notre département....On ne voit plus à Poulgoazec qu'une population malheureuse, misérable, rebut de celle d’AUDIERNE, végétant sur un sol inculte, infertile et presqu’abandonné, au sein de masures à peine abritées contre les vents et les tempêtes….Une seule rue , une venelle conduisant à l’église paroissiale, et quelques maisons isolées composent la ville d’AUDIERNE ….Le paysan d’AUDIERNE est comme celui de toutes les populations maritimes de la Basse Bretagne, enclin à l’ivrognerie….Beaucoup de femmes fument et mâchent aussi le tabac… Les maisons y sont basses, enfumées, on y couche dans des lits-clos…les crèches écoulent leurs eaux, leurs
immondices dans les vaux qui bordent les habitations, et qu’il faut traverser, ayant de la fange jusqu’à la cheville….La nourriture des habitants de la côte d’AUDIERNE est un pain d’orge, du far, des bouillies d’avoine etc.. »

J’aurai l’occasion de revenir sur tous ces points dans un chapitre consacré aux épidémies, mais, d’ores et déjà, on peut dire que ceci permet de mieux comprendre cela .

  Continuons donc à parler des naufrageurs, des lampes accrochées aux cornes des vaches pour tromper les navigateurs, et de tant d’autres choses vraies, romancées ou partiellement fausses. Qui sait ? Mais il y a autre chose à dire.

  Je ne résiste pas au plaisir d’emprunter quelques phrases à Bruno Jonin auteur d’un ouvrage intitulé : « Le Repulse ». Il s’agit d’un bâtiment qui a fait naufrage le 19 Ventôse an 8 (10 mars 1800) sur la côte nord du Cap-Sizun, à ‘’Penharn’’, commune de CLEDEN. Je lis :

 [ « ….Il ne faut que 2 minutes pour se trouver sur les hauteurs de Penharn, et là, les bruits s’amplifient, le spectacle est grandiose. Là, en bas, à 300 mètres environ, un gros vaisseau est venu s’échouer. Dans le flou de la brume la vie paraît grouiller tout autour. Le premier réflexe serait de porter secours, mais comme par intuition, ils préfèrent ne pas bouger.

  Chacun se demandant :’’Piou int’’ qui sont-ils, et se répondant ‘’Matre he Saozon’’, peut-être des anglais. Jacques Fily réagit  vivement le premier, il appelle son mousse  et dans l’oreille lui dit de prévenir sa mère, afin d’alerter le juge de paix à GOULIEN . Celle-ci s’exécute et vers les 6 heures du matin plusieurs coups retentissent à la porte du presbytère de GOULIEN (Presbital  Koz sans doute). Là où habite le juge de paix.

  Le juge de paix Allain se présente à la fenêtre et Anne Bouin lui annonce la nouvelle : « eur vâtiment zo e Trouerennec », il y a un bateau àTrouerennec, « Devit Buan », venez vite « kalz a dud a zo er vourz », il y a beaucoup de monde à bord. « Saozon n’ouzer morse »,peut-être des anglais.  

  Allain s’exécute. Il fait prévenir le commandant de 2ème arrondissement des côtes du Finistère, ainsi que Drumel chargé de l’inscription maritime, Guezno receveur des douanes et aussi son greffier par un express »]

  Guezno a fait l’objet d’un chapître précédent. Le bateau en question est ‘’Le Repulse’’ commandé par Jeans Almice : 432 hommes d’équipage sans compter les prisonniers, 64 canons, c’est un anglais.

  « Le bateau coulait. Par où fuir ? Les falaises sont trop hautes, une seule issue : la mer. Certains se précipitent à l’assaut et dans la confusion l’un d’eux chavire et 5 hommes se noient. La grande chaloupe et le grand canot parviendront à quitter l’épave. 12 marins arriveront à GUERNEZEY. 392 hommes dont le commandant seront dirigés d’abord sur PONT-CROIX, puis sur AUDIERNE ».

******

  Je rappelle que Bonaparte a pris le pouvoir par le coup d’état du 18 Brumaire ( 9 novembre 1799), que nous sommes ennemis de l’Angleterre, et que Hoche a écrasé le débarquement des émigrés soutenus par les anglais, à QUIBERON en 1795.

  « Le sort des prisonniers étant réglé, la protection de l’épave contre les pilleurs est entreprise et confiée au préposé des douanes. Ce qui n’empêchera pas l’épave d’éclater sous l’effet de la houle et les débris de se disperser aux alentours, dans les criques, où ils sont récupérés par les uns et par les autres ».

  Plusieurs hypothèses ont été émises pour tenter d’expliquer ce naufrage, dont un éventuel talonnage sur les roches autour de l’ îlot de Tevennec ( page 85) suivi d’une dérive dûe aux courants jusqu’à l’échouage. On peut consulter à ce sujet l’ouvrage cité en référence.

******

    Un des naufrages les plus spectaculaires en baie d’AUDIERNE est celui du vaisseau « Les droits de l’homme » le 14/1/1797. Bruno Jonin et Jakès Cornou lui ont consacré un ouvrage. Je dirai seulement  qu’un monument se trouve à la plage de ‘’Canté ’’, commune de PLOZEVET, et que le bilan se présente comme suit : 1293 personnes embarquées, 904 rescapés, 389 victimes. Le rapport adressé au Directoire par le Capitaine Lacrosse a fait l’objet d’une insertion dans un bulletin municipal d’Audierne dont je n’ai pas la date mais que je situe aux environs de 1964.  

  Pourquoi ne pas citer également le naufrage du ‘’Jacques’’, en 1684 ; Le bateau venait de SAINT-MALO, et voguait vers Chypre, transportant un archevêque grec : Monseigneur Cyrille IUSTIANI dont le corps fut retrouvé devant la chapelle Saint JULIEN à POULGOAZEC . Ou encore le naufrage des ‘’pardonneurs’’ revenant du pardon de Saint Tugen en 1725 (52 noyés). Les détails de ces drames se trouve dans l’ouvrage du Chanoine Pérennès consacré à Saint-Tugen .

  Mais, je préfère parler d’un événement plus récent : le naufrage du pétrolier de la marine nationale ‘’La Nièvre’’, le 21 mai 1937, et ce pour deux raisons : la première , c’est parce que mes parents m’ont conduit sur les lieux pour voir le ‘’spectacle’’lorsque j’étais enfant, et la deuxième parce que mon père a participé au dépeçage de ce bateau , au sein de l’entreprise chargée de la démolition. Je n’ai pas mémorisé de souvenirs d’enfant, comme j’ai pu le faire plus tard, en regardant les épaves du combat naval qui s’est déroulé devant AUDIERNE, en 1944, ou pour ‘’Le Douric’’ échoué à la pointe de ‘’Penn an Enez’’, commune d’ESQUIBIEN plus récemment (19 novembre 1985-23 heures 30).

  ‘’La Nièvre’’ faisait route sur BREST en revenant d’Espagne, par temps de visibilité mauvaise. Drossé sur les rochers, le bateau s’est échoué devant ‘’Pors Tarz’’, commune de PRIMELIN , au lieu baptisé depuis ‘’Poul la Nièvre’’. Les pêcheurs du coin intervinrent pour sauver les 59 membres d’équipage. Il n’y eut pas de pertes en vies humaines.

La côte à Pors Tarz (Primelin)

 Mais les 250 tonnes de mazout transporté se sont déversées dans la mer, provoquant une marée noire bien avant celle du ‘’Torrey Canyon’’, en 1967. L’histoire dit que j’ai participé au nettoyage des  plages salies par le pétrole du ‘’Torrey Canyon’’ dans la région de PERROS-GUIREC, avec un détachement de soldats venus d’Auvergne. Tout recommence éternellement !! 

   Quant à mon père, il a travaillé dans l’entreprise chargée du découpage de la coque en  ferraille, quittant AUDIERNE à l’aube pour se rendre à pied sur le lieu du naufrage, parfois transporté sur le tan-sad de la motocyclette d’un camarade,  casse-croûte dans la musette !

  Je n’en dirai pas plus sur ces naufrages. On peut en apprendre davantage en consultant les ouvrages spécialisés, en visitant le musée maritime d’AUDIERNE, ou en étudiant les archives de la SNSM au sujet des sauvetages.

  Mais, il faut encore citer Paul Cornec, plus exactement l’article publié dans le bulletin municipal N° 3 d’AUDIERNE, intitulé ‘’GWAIEN GWECHALL’’, Audierne autrefois. Il a comparé le pillage des épaves à AUDIERNE et à PENRYN (Cornouaille anglaise), deux villes jumelles. Il conclut au match nul et cite Serge Duigou, l’historien Bigouden en ces termes :

  «  Etait-ce la faute des populations riveraines si elles croupissaient dans une misère telle que ces petits extra venus de la mer apparaissaient comme un légitime correctif à un sort trop injuste ? Côte oubliée de Dieu mais bénie des tempêtes …etc »

  Décrivant le bris, il dépeint la rivalité (déjà !!) entre PLOUHINEC et AUDIERNE. Je cite :

  « Et le recteur de PLOUHINEC de tonner contre ceux d’AUDIERNE  qui ne viennent que dans l’intention de piller : quel droit ont-ils de venir en cette paroisse étrangère en cas de naufrage ?…etc ».

  Se référant enfin à ‘’l’Evening Post’’ de LONDRES il écrit :

  « Ces gens méprisent toute loi ou autorité….vautours humains guettant leur proie du soir »

et signale avoir trouvé la première mention de pillage à AUDIERNE  en 1418 . Et il écrit encore, en citant Michelet, l’historien français, professeur au collège de France :  

  « Le Capiste est sans pitié : fils maudit de la création, vrai CAÏN, pourquoi pardonnerait’il à ABEL ? La nature ne lui pardonne pas …quand il glisse  en tremblant sous la Pointe du Raz ». 

 (Jules Michelet aurait visité la Pointe du Raz et écrit un journal sur le sujet. Toutefois, A. Dupouy écrit le contraire: « cf : Cahiers Iroise, juillet 1983 - Michelet en Bretagne, Son journal inédit d’Août 1831- ‘’l’écrivain n’aurait pas eu le temps de se rendre à la Pointe du Raz.’’ ». Il aurait donc laisser vagabonder une  imagination  débordante ce qui n’enlève rien à la violence du propos !!) 

 Il serait peut-être temps de fermer ce paragraphe en empruntant encore à Paul Cornec, l’antique oraison que le pilleur Capiste ajoutait à ses prières , les soirs de tempête :  

« Lavaromp hoaz eur beden evid ma teus panzé en ôd

Ha ma veom er pen henta

A mio-bo al loden vella “

(Disons encore une prière pour que Dieu nous envoie des épaves , que nous soyons les premiers sur les lieux et que nous ayons la meilleure part)

  De quoi rester rêveur. Nous avons un héritage , nous les Capistes !! Heureusement que la modernité est passée par là ! Encore que !! Je citerai plus loin d’autres prières, en laissant aux responsables de cette transmission écrite, leur responsabilité.

 Je n’invente pas l’histoire. Je la cite en empruntant aux chercheurs leurs écrits. Difficile de faire autrement. Il faudrait imaginer, broder, romancer ! Pas question !! La connaissance de certains évènements qui relèvent du passé me paraît indispensable pour tenter d’analyser qui nous sommes. C’est un enfant du pays, un indigène même qui écrit ces lignes, non pas  comme un scientifique en sciences humaines qui ne juge pas, par principe, mais comme un héritier qui veut  essayer de comprendre et d’expliquer. De ce point de vue, l’enfant du pays peut dire ce que ‘’l’étranger’’, appellation non péjorative, ne pourra jamais écrire. C’est un anonyme qui a dit qu’il n’y a                                                                                            « pas d’avenir sans mémoire ».  

  Gérard de Nerval lui pense que :

  « Notre passé et notre avenir sont solidaires. Nous vivons dans notre race, notre race vit en nous ».

    Jean Jaurès quant à lui dit :

 « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir »,

  et Jean de Rotrou :

  « on peut voir l’avenir dans les choses passées ».

  Chacun peut choisir la maxime qui lui convient et la faire sienne. Elles sont toutes pleines de philosophie. Pour ce qui me concerne, ma seule ambition est d’essayer de comprendre le présent à partir du passé. L’histoire plus récente (Plogoff entre autres) sera expliquée plus loin. Mais je crois pouvoir dire déjà que si la connaissance du milieu avait été meilleure, les responsables auraient pu et dû prévoir car ‘’Commander c’est Prévoir’’, qu’il est difficile d’imposer à un Capiste, dans son Cap-Sizun, ce qu’il ne souhaite pas, ce qu’il n’a pas demandé et qui est susceptible de détruire ce qu’il a de plus cher au monde, son pays : ‘’Ar Vro’’, ‘’Ma Bro’’ !

   5-Les sauvetages- (cf : bulletin paroissial Audierne-mai 1990)

 L'Amiral Aman, bateau de sauvetage d'Audierne

 

 

 

 

 

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le musée maritime d’AUDIERNE, qui est une excellente idée dans un mauvais endroit totalement inadapté, consacre une salle d’exposition aux sauveteurs. L’actuelle SNSM (société nationale de sauvetage en mer) est issue de la fusion des HSB (Hospitaliers Sauveteurs Bretons) et SCSN (Société Centrale de Sauvetage des Naufragés). Le Cap a compté jusqu’à 4 stations de sauvetage : Audierne, Ile de Sein, Le Loch, Pors Poulhan. C’était à l’époque des canots à avirons.

  La SCSN avait été fondée à l’initiative d’un peintre Théodore Gudin en 1864. Quant aux HSB, elle fut fondée en 1873 par le conseiller à la cour d’appel Nadault de Buffon. Le premier canot de sauvetage d’AUDIERNE était garé dans un abri quai Pelletan, abri transformé plus tard en criée à poissons, puis local technique de stockage et entretien de matériel de pêche (angle propriété Cabillic). 

  Il faut peut-être rappeler que le phare d’Armen dont la construction a débuté en 1867, s’est allumé pour la première fois en 1881. Il avait atteint les 34 mètres  de  hauteur en 14 ans Cela peut paraître dérisoire mais il s’agit de l’époque de la marine à voiles .[ à comparer avec l’époque du radar et du GPS ( positionnement par satellite), la nôtre].

  Devant les difficultés rencontrées pour entrer et sortir du port d’AUDIERNE , en raison de la barre et de la houle, il fut décidé de construire un avant-port , une rade-abri à Sainte-Evette. Cette construction avait pour but de permettre aux bateaux de passage de se mettre à l’abri par mauvais temps, faute de pouvoir rentrer dans le  port, et de recevoir la nouvelle station de sauvetage. Les travaux de construction de la jetée  débutèrent en 1938.( Version différente dans le bulletin paroissial d’Audierne de mai 1990, qui situe le début des travaux en 1939, après des décisions prises en 1931 et 1933 : lenteur administrative  oblige).

  Les chercheurs d’ESQUIBIEN (Bugale ar Gannaek) ajoutent :

  « Les travaux furent stoppés aux premiers temps de l’occupation …. Octobre 1946 : reprise de la construction du brise-lames à Beg-ar-Radennec à Lervily ». Ceci peut prêter à confusion, ce qui n’est pas souhaitable en histoire, même locale, d’autant que cela me touche personnellement. En conséquence, il convient de préciser quelques dates :

  L’armistice a été signé entre le 22 et le 24 juin1940. L’appel du Général de Gaulle date du 18 juin. Le bateau ‘’Ar Zénith’’ a quitté AUDIERNE presque immédiatement (le 19 juin) puisqu’il est arrivé en Angleterre le 21 juin. Les passagers avaient embarqué au port d’Audierne sur la vedette des affaires maritimes, patron Le Gac, dont le fils Joseph fut   déporté à BUCHENWALD. J’ai assisté à ce départ sur le môle du Raoulic, en compagnie de ma mère qui travaillait sur les quais. Nous leur faisions des signes d’Au Revoir, Adieu pour certains. Parmi les passagers j’ai reconnu Jean Priol qui était le voisin de ma Grand-Mère. Il n’est pas revenu. Je n’avais pas encore 10 ans. Le ‘’Zénith’’ quant à lui, était mouillé à Sainte Evette, peut-être en raison de la marée. Tout ceci est confirmé par un des passagers de l’époque : Clet Louarn . On peut lire à ce sujet ‘’Le Télégramme du 16-9-1997’’ et consulter la liste complète des Capistes embarqués dans cette aventure. Sans commentaire donc !!

  Les allemands sont arrivés à PLOZEVET le 20 juin 1940 ( cf : clandestins de l’Iroise, R. Pichavant) et vraisemblablement le même jour à AUDIERNE. L’enfant que j’étais a vu les premières motocyclettes et side-cars monter vers la Pointe du Raz. Il faisait très beau ; les soldats et conducteurs étaient manches retroussées. Ils se sont installés à Lezongar (Esquibien) au mois de décembre 1940.

  C’est donc en 1940 que commence l’occupation par les allemands. Certes, leurs besoins en main d’œuvre et surtout en ciment pour construire le mur de l’Atlantique laissaient peu de place aux chantiers des vaincus que nous étions. Pour autant, les travaux de construction du brise-lames se poursuivaient en 1941. J’en ai la preuve plus que formelle. En effet :

  Il s’est produit un accident mortel sur le chantier, le 15 juillet 1941. Un homme est mort écrasé par un lorrie chargé de pierres. Cette affaire a fait l’objet d’un jugement au tribunal de QUIMPER le 28 octobre 1941, devant lequel avaient comparu :

  Marcel Espié représentant la société Limousin, Joseph Jolivet, Jean-Louis Le Meur domiciliés à AUDIERNE et Yves Fily domicilié à ESQUIBIEN, principaux témoins. 

Si je parle de cet accident de manière aussi précise, c’est parce que la victime s’appelait Jean-Hervé M......, né à GOULIEN le 11 décembre 1889 en l’occurrence mon père ; en d’autres temps, un certain Daniel Bernard, dont personne aujourd’hui ne conteste la référence puisqu’il vient d’être réédité et même statufié, avait , dans la monographie consacrée à CLEDEN, fait le récit complet d’un accident survenu dans sa commune au cours de l’exploitation du charbon.(page 191). Je cite :

  «  Les travaux furent repris en effet…Le charbon extrait était transporté à QUIMPER et gardé par les soldats. En 1774, un accident mortel se produisit ; un ouvrier, Jean Metay de NANTES, était en train de boiser un puits, lorsque la chaîne et le basicot lui tombèrent sur la tête et le tuèrent. Cet accident et d’autres causes sans doute mirent fin aux travaux ».

  Il semble donc que la mémoire soit plus précise à CLEDEN qu’à ESQUIBIEN. Ceci n’est qu’un simple constat. Mais la précision historique est indispensable à tous ceux qui veulent parler d’histoire car ils vont transmettre à la postérité leur connaissance des faits. Celle-ci doit donc être rigoureusement exacte, vérifiée et prouvée. Dans le cas particulier, dire que les travaux ont été interrompus à Sainte-Evette aux premiers temps de l’occupation pour ne reprendre qu’en 1946 manque de précision et escamote une partie de l’histoire, peut-être sans importance pour certains, mais pas pour moi ! Les Allemands souhaitaient vraisemblablement bénéficier eux-mêmes de l’abri du brise-lames. Je ne m’étendrai pas davantage sur les circonstances de cet accident. Mais je dirai tout de même que j’ai travaillé à l’entreprise Limousin pendant les vacances scolaires de 1947. J’avais sans doute été embauché par charité et respect de l’événement par des responsables dont la mémoire n’était pas défaillante. Le bulletin paroissial auquel je me suis référé en tête de chapitre ne fait pas davantage allusion à cet événement. Je me refuse à penser qu’il pourrait s’agir d’un manque d’intérêt  visant à banaliser la chose et encore moins d’un oubli volontaire. On ne banalise pas la mort, trop de jeunes sont morts dans mes bras, à l’âge de 20 ans et je ne l’oublie pas. La mort n’est pas un événement qui trouve sa place uniquement dans la statistique des pertes ou alors il faudrait préciser les pourcentages autorisés et je m’étonnerais qu’il y en eût.

Mais il est temps de revenir au sauvetage- (cf : Télégramme de Brest du 3 mai 1990) 

 La station de sauvetage d’AUDIERNE a été créée il y a plus d’un siècle. Au début, l’armement du canot se composait de deux équipages : un patron, un sous-patron, et 12 canotiers, plus une relève pour pallier aux défaillances. La station a eu sa première médaille pour sa sortie du 15 mars 1866 au cours de laquelle elle a porté secours à un bateau en difficulté dans les rouleaux de la Gamelle (ceux qui connaissent la Gamelle, j’en suis, savent ce que cela veut dire ; j’en ai déjà parlé à propos de la peur en citant Henri Queffelec).

  Par leur courage, les canotiers d’AUDIERNE étaient devenus célèbres. Il suffit d’en nommer quelques uns , avec leur palmarès :

  Patron René Autret : 141 sorties à la barre, sauve la vie à 233 personnes , chevalier de la légion d’honneur en 1903 (décoration remise à la Sorbonne en 1904 par l’amiral Duperré). Une rue d'Audierne est sensée honorer ce sauveteur. Un simple coup d'oeil dans cette rue permet d'en douter:

 

  Patron Raymond Couillandre : 77 sorties, 106 personnes sauvées. Décoré de la légion d’honneur après le naufrage en 1933 du cargo danois l’Estrid (chargé d’oranges) dont tout l’équipage fut sauvé.

  Plus récemment, le Patron Jean Kéravec, plus connu à AUDIERNE  sous le nom familier de ‘’Jean Baoul’’ (Jean pauvre), premier patron du ‘’Nadault de Buffon’’, 33 bâtiments secourus,  fut également décoré de la légion d’honneur ( j’ai connu Jean Baoul auquel ma mère achetait du poisson. Sacré marin !).

  La nouvelle station de Sainte-Evette fut inaugurée le 20 mai1951, avec la mise en service du ‘’Nadault de Buffon’’.  

  Tous les patrons précités ont été honorés par leurs communes respectives : place Jean Kéravec à ESQUIBIEN, rue René Autret et rue Raymond Couillandre à AUDIERNE. La rue Couillandre mène à ESQUIBIEN en passant devant la gendarmerie. La rue René Autret se situe dans le quartier de Kervréach Huella. Dans le chapitre consacré aux Capucins, j’ai déjà parlé du  nom de baptême des rues, qui est fait pour rendre hommage, ce qui implique quelques obligations des instances concernées dans les domaines du minimum décent. Cette rue vaut le détour pour se rendre compte par soi-même à quel niveau se situe la reconnaissance. A moins que ruines et épaves de voitures ne soient de nature à  rappeler aux passants les services rendus par le porteur du nom prétendument honoré. J’ajoute que cette rue se situe à 570 mètres (distance topographique, donc à vol d’oiseau) de l’église Saint-Raymond qui bénéficie d’un périmètre protégé de 500 mètres. Dommage pour René Autret, et  pour Saint-Raymond classé monument historique. Le patron aux 141 sorties à la barre, à l’époque des avirons, quand l’équipage tournait le dos au danger non pour ne pas voir mais pour souquer ferme, quand le patron était le seul à bord qui devinait la traîtresse lame qui allait peut-être renverser la barque, quand les hommes le regardaient droit dans les yeux car il était le meilleur pour négocier la déferlante,  méritait sans doute mieux qu’une plaque pour le principe, dans un coin obscur, au propre comme au figuré, dans un environnement qui n’est pas conforme à ses mérites et son courage. Ingratitude de la reconnaissance car comme disait Diderot :

« La reconnaissance est un fardeau , et tout fardeau est fait pour être secoué ».

Elle est aussi :

 « La mémoire du cœur ».

( JB Massieu : lettre à l’abbé Sicard 1842)

******

 

Ville de Paris, bateau de sauvetrage de l'île de Sein 

 

 A suivre: Ma Bro Ar C'hap Gwechall-suite 5

 

 

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Published by spartacus - dans livres
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commentaires

Canévet jean-pierre 18/11/2007 11:54

J'ai bien aimé ces pages de l'histoire du Cap, je recherche des témoignages surun naufrage survenu en 1917 et qui concerne des bateaux de pêche partis de Pors Poullan ou Poulgoazec. Ils étaient en pêche quand le sous-marin allemand chargé de surveillé l'arrivée de cargos américains les a coulé ne laissant aucun survivant.
Mon grand-père, Louis Canévet était du nombre.
Mon père m'a souvent raconté l'histoire, il avait 7 ans quand son père a été coulé, ses souvenirs provenaient donc surtout de ce que les adultes disaient.
Comme bien souvent, on croit ses parents immortes et je ne n'ai pas prêté assez d'attention à ces paroles, t bien entenu je le regrette maintenant, schéma très commun!
Pouvez-vous m'aider à trouver cela.
Merci d'avance.
 

spartacus 19/11/2007 11:21

Les seules références dont je dispose sont celles citées dans l'article concernant les naufrages. (suite 4). Paul Cornec a fait des recherches et publié un livre que je cite, de même que Bruno Jonin et Jakès Cornou que je cite. Ces ouvrages dont j'ai donné le titre doivent être disponibles en librairie Désolé, je n'ai pas d'autres éléments sur le sujet. Les archives départementales et celles de l'amirauté vous permettraient peut-être de trouver quelque chose. Amitiés. Spartacus