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Pont-Croix 

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Le drusthuil, meuble typique du Cap-Sizun

 

La coiffe de deuil "ar jibilinen "

Ces objets sont visibles au musée du patrimoine 

Le  Marquisat de Pont-Croix

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situé au bout du monde, au pays des calvaires, au pays des chapelles, au pays du grandiose, là où finit la terre et commence la mer.

Regardez!!

 

 

 

 


 


Evel ar C'hap, n'eus bro ebet

Il n'y a pas de pays comme le Cap

Pont-Croix

Cap-Sizun côté pile et face

Beuzec

Cleden

Confort

Mahalon

Goulien

Plogoff 

Plouhinec

Pont-Croix 

Primelin

 

Toutes ces miniatures sont extraites de l'album photo du blog. Elles correspondent chacune à un article qu'il suffit de demander dans la liste des articles 

 

 

 

 

 

19 juillet 2006 3 19 /07 /juillet /2006 10:11

    

Ma Bro, Ar C'hap-Suite n° 2

Mon Pays: le Cap-Sizun-Autrefois

 33- Les prêtres réfractaires: traque et chasse- (cf: thèse de Jacques Delroeux déjà cité-Monographie de Daniel Bernard- La révolution dans le Cap-Sizun: Corentin Parcheminou) .

  Le chercheur Jacques Delroeux a écrit ce qui suit:

  " Dans le Cap, où une population dense, au caractère farouchement indépendant, profondément attaché à sa foi et à ses prêtres, vit de la mer et de la terre, médiocrement fertile et passablement morcelée en petites fermes, la révolution sera surtout caractérisée par une chasse au réfractaire, qu'il soit conscrit ou prêtre".

  Il faut aussi  savoir que 500 curés de la Bretagne refusèrent, comme tant d'autres, la constitution civile du clergé, et adressèrent à l'assemblée nationale une protestation contre la nouvelle organisation visant à créer une église nationale. [cf: les Bretons et Dieu, par "Buhez", éditions Ouest-France- (un diocèse par département)].

  "Le 28 janvier 1790, le district de Pont-Croix est divisé en 9 cantons dont l'un était composé de Cléden, Plogoff, Goulien; chef-lieu: Cléden.  

 

 

 

 

  La constitution civile du clergé a été ratifiée par le Roi le 12 juillet 1790. Le Cap était une vraie pépinière de prêtres, et la plupart refusèrent de prêter serment".

  Dans son ouvrage, l'abbé Parcheminou a cité 29 noms de prêtres réfractaires, rien que pour le Cap. C'est important !!

  "Bien des fois les habitants recouraient plus volontiers aux bons offices des prêtres insermentés pour la réception des sacrements, pour la visite de leurs malades, et pour l'assistance à la messe dominicale, qu'à ceux du Recteur constitutionnel. Goulien, comme Plogoff, comme Cléden, n'aimait pas les assermentés. On ne trouve à Cléden aucun prêtre constitutionnel contre 5 réfractaires, aucun à Plogoff contre 3 réfractaires, aucun à Beuzec contre 1 réfractaire, 2 contre 4 à Esquibien, 3 contre 4 à Primelin, et 3 contre 4 à Goulien".

  En 1793, le département signale que les paroisses de Cléden, Primelin, Plogoff  sont celles qui sont le plus fanatisées:

  " dans notre district , je redoute surtout la pointe du Cap, Plogoff et Cléden, où je crains qu'il n'y ait des prêtres cachés et usant du fanatisme pour soulever le peuple' écrit-on le 7 avril 1793 à Pont-Croix.

  Beaucoup de prêtres réfractaires sont retirés dans leurs familles. plusieurs des insermentés sont partis pour l'exil. La lutte est âpre et implacable pour ceux qui restent. Certains se cachent dans les endroits les plus insolites: Jean Gloaguen, natif de Brezoulous en Cleden, se cache chez son frère, fermier du manoir de Kerazan, ou chez sa soeur, demeurant au hameau natal, dans la "maison du four". La lutte entre prêtres réfractaires et assermentés a opposé des familles entre elles.

  A titre d'exemple, et uniquement comme cas concret, j'évoquerai le ces de Jean Guezinguar qui fut Recteur d'Audierne de 1803 à 1809:

 

 

 

 

  Natif de Landrer en Plogoff, ordonné prêtre en 1782, il sert successivement à Saint-Segal, puis à Pleyben où il refuse le serment, et se réfugie dans son village natal. Sa cachette est un trou étroit camouflé par une marmite, dans la maison familiale. Il parcourt alors sa paroisse, ''déguisé en laïc'', détournant le peuple chrétien du clergé constitutionnel. Recherché à la fois dans les districts de Chateaulin et de Pont-Croix, il est arrêté dans sa maison paternelle, au cours de la nuit du 2 décembre 1791 et conduit à Quimper. On l'accuse d'avoir entièrement soulevé les paroisses de Plogoff et de Cléden par ses relations avec les prêtres réfractaires... et par ses conseils perfides à sa famille et à un grand nombre de citoyens. Enfermé au château de Brest, il refuse à nouveau le serment constitutionnel, et sur ce motif, est déporté en Espagne, le 2 août 1792. Il y reste 10 ans, en exil. A la publication du concordat, au printemps 1802, il put enfin revenir au pays et fut nommé Recteur d'Audierne. Homme de caractère bien trempé, il mourut à l'âge de 88 ans. Pour l'anecdote, et sans avoir vérifié s'il ne s'agit pas d'une simple coincidence d'homonymie, je signale que environ 200 ans plus tard, un autre Guezinguar, de son prénom Armand, a été ordonné prêtre sur l'esplanade de la chapelle de Notre Dame de Bon Voyage, le 25 juin 1989, par l'évêque de Quimper, Monseigneur  Barbu. 

  A Beuzec, l'abbé Le Bis, recteur de La Feuillée, s'est réfugié pendant 2 ans près de Lesven (lieu connu pour le combat entre les maquisards et les allemands au cours de la 2ème guerre mondiale), dans une caverne: "Kougon ar C'houlmic", la grotte de la colombe. On dit aussi "Toul an Aotrou Bis", le trou de Monsieur Bis. (Ce trou a encore servi de cachette pour échapper aux allemands en 1944). On y pénètre à quatre pattes, à travers un rideau de gouttes d'eau, et la population se charge du ravitaillement. (Je connais personnellement d'autres grottes sur la côte nord du Cap,  entre les pointes du Château et de Luguenez à Beuzec, dont l'entrée est masquée par la marée montante. [Monsieur Bis est mort le 4 janvier 1795, sur le bateau Washington qui l'emmenait en déportation].

  Il existe aussi des grottes à Plogoff : la "Krambr'Oliar", chambre d'Olivier située sous le "Men Hoter", est une haute caverne dont le portail, visant l'ouest, paraît inabordable. On peut y pénétrer de l'arrière, par un effondrement de voûte. Et encore, :"Kougon Vras", "Kougon Chaloni", "Kougon Beg ar C'houlmed", sans oublier la grotte des prêtres dont l'ouverture à mi-falaise, n'est accessible qu'au moyen de cordes, le long d'une paroi verticale. Les ravitaillements en vivres et les sorties nocturnes s'effectuaient aussi à l'aide de cordes, avec la totale complicité de la population.

  A Lescoff, (commune de Plogoff), d'où il était originaire, l'abbé Henry Mevel, vicaire de Plonéour-Lanvern, insermenté en 1790, se cachait dans un puits ou derrière deux pierres meulières garnies de mottes. Après une perquisition infructueuse, un gendarme furieux appliqua au propriétaire des lieux Henry Normant, un violent coup de botte dans les reins. Ce fut la cause du décès de Normant quelques mois plus tard (cf: cahiers de l'Iroise-juillet 1983, selon le chanoine Thomas). Déporté en Espagne, Henry Mevel revint en 1800, retourna à Plonéour jusqu'à sa nomination comme Recteur à l'Île de Sein, puis à Primelin où il mourut en 1819 (cf: Parcheminou).

  En 1791, à Cléden, un couple (Marie et Simon Louarn) refuse d'entrer dans l'église pour assister aux obsèques de leur mère, la messe étant dite par un prêtre constitutionnel (cf: Goulien, Pelras page 55). 

  Le Recteur de Cléden qui avait été élu maire, avait réussi l'exploit de traverser toute la révolution, sans que personne n'ait su, et peut-être ne le savait-il pas lui-même, s'il avait prêté serment ou non. (cf: Pelras page 55).

De nombreux prêtres réfractaires furent déportés, parqués sur les pontons de Rochefort jusqu'à leur départ, qui n'avait lieu que s'ils avaient préalablement échappé au typhus. A Nantes, où sévissait le sinistre Carrier,  et son bourreau Lamberty (eux-mêmes condamnés à mort et et exécutés plus tard en 1794), pendant la période dite "La Terreur", 90 prêtres dispensés de déportation en raison de leur âge  et de leurs infirmités, furent transférés d'une galiote sur une gabare pour être noyés le 16 novembre 1793. (Préalablement, des ouvertures avaient été pratiquées et rebouchées dans ces gabares. Il suffisait de les déboucher pour faire couler l'embarcation et son chargement). Il y eut au total 4500 noyés à Nantes.

  A Brest, un ancien capitaine de la marine marchande devenu pasteur protestant, Jeanbon Saint-André, né à Montauban en 1749, représentait le comité de salut public et s'acharnait contre les aristocrates et les prêtres réfractaires. La guillotine était montée en permanence "place du Triomphe du peuple", aujourd'hui place du Château (70 exécutions capitales de février à août 1794). Jeambon Saint-André considérait que le catholicisme était la cause principale de l'ignorance et de la superstition. Il fit détruire les statues des églises par une foule fanatisée (les niches à  statues du porche sud de Saint Tugen sont aujourd'hui vides. Les statues du calvaire de Confort ont été refaites) 

 

 

  Les questions religieuses font toujours des victimes innocentes, puisqu'elles sont des victimes de la foi, de l'intolérance et des convictions profondes. Tel fut le cas des Albigeois et Cathares immolés sur le bûcher de Montségur (Ariège) en 1244, et des protestants après la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Le refus d'abjuration des Réformés entraînait condamnation aux galères du Roi. Les condamnés, attachés jour et nuit à leur banc de galérien subissaient la chiourne, la faim, la soif et les intempéries. Les 2 derniers galériens pour la foi ne furent libérés qu'en 1775. Quant à Marie Durand, soeur d'un célèbre pasteur protestant originaire d'Ardèche, elle fut incarcérée pendant 18 ans à Aigues-Mortes (Gard)  dans la "Tour de Constance" , de 1750 à 1768. Sa devise "RESISTER", gravée dans la pierre, est encore visible dans cette forteresse classée monument historique (par ailleurs la ville d'Aigues-mortes est liée aux croisades et à Saint Louis). Sans compter que les guerres de religion ne sont peut-être pas encore finies !! les exemples ne manquent pas: kamikazes, moines de Thibéhirine...etc..L'intolérance, le fanatisme sont toujours d'actualité.Quant au sectarisme politique, il relève carrément de l'imbécilité.

   Plus tard, lors des évènements de "chouannerie", des prêtres se trouveront, à leur corps défendant, obligés d'assister à des exécutions, après avoir préparé leurs victimes à la mort. Une des cibles favorites des chouans était les prêtres assermentés, "intrus" pour les réfractaires, "juroux" pour les paysans. (cf: Bretons et Dieu, page 138).

  Pour clore ce chapitre, on peut déjà dire que le Capiste est un personnage qui se considère assez grand pour décider lui-même de ce qui convient le mieux, assez grand aussi pour être maître chez lui, tout en étant fidèle à ses prêtres comme à ses convictions. Nous avons déjà parlé de l'individualisme qui est peut-être seulement un trait de caractère dont il faut prendre acte. Soit ! Une remarque cependant: lorsque l'individualisme devient exacerbé, il s'appelle égoîsme et il faut le blâmer, car l'égoïsme est un défaut. Ceci est vrai pour l'individu, mais aussi pour un groupe d'individus, qu'il soit paroisse, commune ou faction quelconque, à fortiori "lobby". L'émulation est toujours souhaitable, la rivalité des personnes ou des communautés quelles qu'elles soient est souvent nuisible à l'intérêt général.

  Dans son édition du 18/4/2003, Le Figaro Magasine a publié une interview d'un homme politique français . je cite:

  " Je sais très bien que la démocratie, si on la réduit à la loi de la majorité, peut parfois habiller des dictatures ou légitimer la domination d'une ethnie sur l'autre...La démocratie c'est le droit de la minorité, la liberté et la dignité de la personne garanties par une constitution et des institutions qui respectent...."

  Car, comme le disait déjà le Prince de Ligne (1795-1894):

Malheur aux gens qui n'ont jamais tort, ils n'ont jamais raison !!

  D'aucuns, dans l'exercice de leurs fonctions à la base, au service des autres, seraient bien inspirés en accordant une minute de réflexion à ce propos, après avoir rangé leur nombril !!!

    34-les désertions-  (cf thèse Delroeux)

  En fin février 1793, la Convention décide une levée de 300.000 hommes pour parer aux débâcles des armées de la république. Cette mesure estimée insuffisante est bientôt suivie de la levée en masse votée le 23 août 1793. Cette décision qui vient s'ajouter à la lutte contre les prêtres réfractaires et les réquisitions incessantes, est très impopulaire. Cléden et Plogoff résistent fortement, bientôt suivis par Primelin. Sur les 32 citoyens de Primelin, 2 seulement se présentent. Ceux d'Esquibien menacent de s'en aller si ceux de Primelin ne viennent pas. Des désertions ont lieu à Audierne  en juillet 1793 (les déserteurs sont de Plogoff et Cléden). La recherche des nombreux déserteurs crée beaucoup de soucis aux municipalités cantonales. Le district propose de faire intervenir la troupe aux frais des habitants: 100 à 150 hommes , en provenance de Quimper.

  Le foyer d'incivisme est tout désigné: Plogoff !! (déjà !!)

  A 6 heures du matin, le 1er novembre 1793, une petite armée de 300 hommes environ, s'avance vers Plogoff en poussant un canon. Le but de cette armée est entre autres de "faire rejoindre leur poste à plus de 80 marins déserteurs qui ont trouvé jusqu'à ce jour un asile sûr..." . Au bout de 3 jours, elle avait arrêté 21 déserteurs.

  Les moyens pour éviter d'être réquisitionnés sont multiples. Les archives du district de Pont-Croix signalent:

 "Ne vous fiez nullement à la gendarmerie pour ces recherches. Il font prévenir les parents de "sous-mains" (en cachette) qui paient chèrement ces sortes de services, et les jours où ils vont les prendre, ils ne rencontrent personne. La municipalité du lieu leur donne ensuite des attestations qu'ils se sont présentés...Ils prennent encore une autre mesure pour éluder la loy; ils changent réciproquement de communes, celui d'un lieu va demeurer à 10 lieues de chez lui, et le fils de celui-ci va demeurer chez l'autre. (cf: Delroeux). [ Pour l'anecdote, on peut signaler que ce procédé a été repris plus tard, au cours de la 2ème guerre mondiale, pour échapper au STO et aux rafles. J'ai connu personnellemnt un "fuyard" de Cléden , venu travailler dans une ferme à Esquibien, et toujours prêt à s'envoler].

   Les déserteurs n'ont peur que de compromettre leurs parents...Le 16 Ventôse An IV (6 mars 1796) , on apprend que parmi les jeunes gens de la 1ère réquisition, 5 de Cléden et 10 de Plogoff n'ont jamais rejoint leur corps, et que 22 jeunes ont abandonné leur drapeau pour rentrer dans le Cap natal. 

  Le 23 Fructidor an VII (9 septembre 1799), le commissaires des guerres Najac, écrit à l'ordonnateur de la marine à Brest:

  "Je gémis comme vous du progrès effrayant que fait la désertion des marins. Il y en a plus de 60, sans compter ceux de l'armée qu'on ne peut atteindre parce qu'ils se tiennent cachés et que les autorités constituées le tolèrent, notamment dans les communes de Primelin, Plogoff et Cléden. Les déserteurs des quartiers de Quimper et Douarnenez y sont également reçus et cachés. Il y a dans la commune de Plogoff, près le Raz, une espèce de caverne dans laquelle ils se réfugient. On leur descend à manger par un trou qu'eux seuls connaissent; ils en sortent la nuit pour aller voler. L'agent de cette commune nommé Noël Criou est marin de la dernière levée. Il les favorise tant qu'il peut. Devrait-il être fonctionnaire public ??

  Pour vous faire connaître combien l'administartion du canton de Cléden est coupable, c'est qu'il y a environ un mois, qu'elle a donné des permis d'aller à la pêche à des marins sous le titre de cultivateurs, et ce à l'époque de la moisson (cf: Bruno Jonin- Le Repulse- page 22).

****** 

  Commentaire personnel: le même qu'au paragraphe précédent: le Capiste se veut maître chez lui. Mais les contemporains, ceux qui ont été mêlés à l'histoire plus récente, n'avaient sans doute pas connaissance de l'histoire du passé.

"L'histoire est un grand présent, et pas seulement un passé" ( Alan)

  Quant à la psychologie.......c'est bon dans les livres !!!

******

      35- Les contributions et réquisitions- (cf: Delroeux) 

Dès le 21 octobre 1791, l'assemblée administrative du district de Pont-Croix protestait que le district était trop imposé, et réclamait une réduction....Des communes entières du district ne sont peuplées que de malheureux et de mendiants...

  L'ère des réquisitions s'ouvre en 1793: en mai, vote de la première taxation des  blés, en juillet loi sur l'accaparement (déclaration des denrées de première nécessité: farine, pain, viande, légumes, fruits, beurre, combustible..). La loi encourageait la délation en attribuant aux dénonciateurs le 1/3 des confiscations....On réquisitionne les grains découverts (orge, froment, avoine, blé noir, seigle) et on les transporte à Audierne....Les blés doivent être vendus dans les marchés publics, au cours officiel (résultat: les marchés ne sont plus approvisionnés).

  La municipalité de Plouhinec écrit au comité de surveillance de Pont-Croix, en janvier 1794:

  "on se plaint qu'on ne fournit pas denrées aux marchés, mais comment voulez-vous que nous forcions nos gens à y apporter des grains et autres choses, au prix de la taxe, dans le temps que vous fermez les yeux sur les marchands de votre ville. 

   Le charroi même, à charge des communes soulevait des contestations: Plogoff, obligé de charroyer tout ce qui est nécessaire au signal du Raz, réclamait contre les communes de Cléden et de Goulien ,plus aisées qui n'y contribuaient jamais. Goulien à son tour protestait qu'étant beaucoup moins étendue et moins peuplée que Cléden, elle devait être plus ménagée.

  (Commentaire personnel: Il semblerait que le comportement de certaines communes préfigurait déjà ce qui se passera plus tard, donc de nos jours, dans les communautés de communes. N'oublions pas la situation crée par le goémon à Esquibien et Primelin.  Et ce n'est sans doute pas fini !!!)

      36- Vente des chapelles-

  Elles sont vendues pour la plupart comme biens nationaux à des gens du Cap, le plus souvent même à des paroissiens, à l'exception de:

  - Primelin: la chapelle de Saint Théodore qui est attribuée à Joseph Guezno d'Audierne, pour 1500 livres

  -  Esquibien:la chapelle de Sainte Evette  attribuée au même Guezno pour 5100 livres.

  Les acquéreurs ont des noms bien de chez nous: Kerloch  de Trouzent (Cléden), Carval ou Marzin (Plogoff ). Le meilleur prix est obtenu à Primelin pour la chapelle de Saint Tugen attribuée à Simon Dagorn pour 20.100 livres.

Les chapelles, aujourd'hui joyau du Cap, n'ont pas fini de faire parler d'elles !!

(Je leur consacrerai d'ailleurs un chapitre au titre du patrimoine religieux).

      37- Guezno- Voir chapitre particulier

      38- Les Capucins d'Audierne  (référence: l'ouvrage de Paul Cornec)

  Une histoire vieille de trois siècles et demi, dans un parc de 4 hectares constituant un ensemble patrimonial quasiment indissociable. La commune d' Audierne est née dans ces lieux historiques, où fut élu le 31 janvier 1790, le premier maire: Dumanoir (déjà cité; sa tombe se trouve au cimetière de la ville dans le même enclos que celle de Guezno).

  Successivement couvent, école d'hydrographie, prison de prêtres réfractaires, caserne, les Capucins sont propriété privée depuis le 7 juin 1795. Le premier attributaire en fut le "citoyen Lécluze Ainé" (François Marie Delécluze, négociant), qui s'empressa d'y installer ses magasins. Le nom des Delécluze porté par François et son frère Christophe dit de Trévoédal (du nom d'une terre de Beuzec) appartient à l'histoire du Cap et d'Audierne. Je l'ai déjà cité à propos de Guezno (voir article Guezno suite 3). On le rencontre à côté de celui de Fenoux (mât Fenoux sur digue Audierne). On le retrouve à Douarnenez (cf: les ouvrières de la mer par Anne Denez Martin) comme propriétaire de conserveries, et à la révolution de 1830 (cf: Guezno page 152: l'adjoint au maire Augustin Delécluze séjourne à Douarnenez pour surveiller les établissements de pêche qu'il possède). Les châteaux de Locquéran en Plouhinec et du Stum à Audierne sont des propriétés réalisées par cette famille. Ils ont chacun leur histoire.

  Depuis 1957, la propriété des Capucins  appartient à Madame Fenoux et sa descendance. En 1986, la ville d'Audierne fit l'acquisition d'un demi hectare pour un projet de construction de foyer-logement. Ce projet n'ayant pas abouti, le terrain communal a été vendu à un particulier pour une réalisation immobilière. L'avenir dira s'il s'agit de la bonne décision. Pour ma part, j'en doute !! Mais, le temps et les intempéries n'ont pas épargné le domaine: les murs de clôture sont partiellement effondrés, des arbres sont tombés etc..Vraisemblablement en raison du  manque de moyens matériels des propriétaires, les choses restent en l'état. Le projet de reconstruction des murs par la ville, en échange d'un bail permettant la réalisation d'un parc public n'a pas vu le jour. Ce projet des responsables d'hier est abandonné par les responsables d'aujourd'hui. C'est encore l'avenir qui jugera, et très défavorablement à mon sens !!!

  A l'occasion des journées des journées du patrimoine, le public est parfois autorisé et invité à visiter ces lieux chargés d'histoire. L'occasion de voir de près le confessional des riches et le confessional des pauvres. Ces vieilles pierres attirent un nombreux public et les questions posées sont toujours les mêmes:

"Comment se fait-il qu'une telle richesse patrimoniale ne soit pas accessible en permanence et mise en valeur ?" 

  Personne ne peut répondre, personne n'est là pour dire pourquoi le projet précité a été abandonné. Seulement un bénévole qui fait office de cicérone.... et la poésie de ces lieux historiques !!

****** 

  Le couvent des Capucins fut fondé en 1657 par "Frère Vincent d'Audierne" pseudonyme de Vincent du Menez, né en 1657 au manoir de Lezurec en Primelin. Ce patronyme réapparaîtra plus loin lorsque je parlerai des chapelles et plus particulièrement de Saint Tugen. A l'époque, Audierne était une trêve d'Esquibien et la famille du Menez communément appelée "les Roys du Cap". A la même époque (1656), un évènement exceptionnel s'est produit à Cleden: le seigneur de Kerazan (Nicolas de Saluden, Monsieur de Trémaria) entre en religion. L'importance de l'évènement frappe Vincent du Menez car il s'agit d'un aristocrate comme lui. 

  La religion des capucins est appelée noble  et compte 8.000 capucins répartis dasn 441 couvents.

Vue intérieure du couvent

  Au début du XVIIème siècle, Audierne est un des ports les plus célèbres de Cornouaille. Le nom des Delécluze figure dans la liste des armateurs;

  La trêve d'Audierne (vassale d'Esquibien) souhaite la fondation d'un couvent pour rivaliser avec Pont-Croix, pour le salut des âmes, le bien général et en particulier celui  des négociants ( Déjà !!). La construction va durer 12 ans et comporte cloître et chapelle. je renvoie le lecteur à l'ouvrage de Paul Cornec pour en apprendre davantage.

  L'hypothèse selon laquelle existerait un souterrain qui s'engagerait sous l'estuaire du  Goyen pour aboutir à Poulgoazec n'est pas vérifiée. D'autre hypothèses de souterrains sont parfois évoquées: à Primelin, reliant le manoir de Lezurec à la chapelle de Saint Tugen, à Poulgoazec (Toul ar Zôner communiquant avec la chapelle Saint Jean ou le manoir de Suguensou par dessous la rivière Goyen- cf: Chanoine Perennès- monographie Plouhinec). Elles ne sont pas établies de manière formelle, se référant seulement à la tradition orale (cf: Paul Cornec page 19- Monsieur Guibourg déjà cité).

  Les capucins se consacrent à l'enseignement, et les élèves reçoivent des éléments d'hydrographie et des notions de d'enseignement nautique car leur débouché sera la "Royale", la pêche ou la marchande (cf: Paul Cornec page 22). [Un cadran solaire datant de 1660 (ou plus tard, la date étant imprécise) a été dérobé en 1994. Honte à celui, peu scrupuleux et même voyou, qui l'a dérobé].

                                      

 Entrée du port d'Audierne, vue des capucins- le cadran solaire se trouvait à proximité de la croix 

Arrive l'époque révolutionnaire. En 1790, élection de Dumanoir, premier maire d'Audierne dans le réfectoire du couvent (déjà cité dans Guezno), constitution civile du clergé, le couvent des capucins devient "la Capucinière". L'école de la marine réclamée par Guezno n'est pas autorisée à s'installer dans ces lieux. En 1792, la Capucinière devient prison pour les prêtres réfractaires. 1793: la Terreur: 23 capucins sont déportés vers les pontons de Rochefort (où ils retrouveront Guezno en mission). D'autres sont guillotinés ou noyés dans les eaux glacées de la Loire (Carrier déjà cité).

  Toujours en 1793, le couvent sert de caserne pour les desservants des batteries côtières dressées contre les anglais à Lervily, Pen an Enez etc...Cette situation entraîne des dégradations et un état déplorable constaté par le général de l'armée de l'ouest Canclaux. (Dans la petite ville de Saint Maixent L'Ecole, située dans le département des Deux-Sèvres, une caserne porte le nom de Canclaux). C'est fini. Le couvent devient propriété privée en 1795. En 1801, les bâtiments ont besoin de réparations. FM Delécluze propriétaire refuse d'investir. Les soldats casernés sont logés chez l'habitant. Les Capucins ferment malgré une opportunité  en 1808 (école de Meilars) dont je reparlerai dans un chapitre consacré au petit séminaire de Pont-Croix. L'histoire des Capucins s'arrête ici, tout au moins pour ce qui concerne le patrimoine.

  Pendant la deuxième guerre mondiale , les capucins abritent le service des "Ponts et Chaussées", dirigé par l'ingénieur Finot, par ailleurs capitaine FFI. L'ingénieur y habite, à proximité de ses bureaux. Puis vint l'Equipement.....!!

  ****** 

   Je n'ai pas tout dit. Seulement quelques lignes. Le reste est déjà magistralement raconté par Paul Cornec qui conclut:

  [Nul nom de rue, hormis la mal nommée ''rue de l'Abbaye'', ne rappelle à l'audiernais d'aujourd'hui le vieux couvent des capucins et sa riche histoire].

  Je partage entièrement ce point de vue, mais je fais une réserve: une rue doit honorer le nom qu'elle porte. Certaines rues ne sont pas à la hauteur de leur nom de baptême. Le respect dû à l'histoire implique un minimum de sollicitude. Tel vaillant patron de bateau de sauvetage, 141 sorties à la barre de son canot de sauvetage, sauveteur de 233 personnes, doit partager mon sentiment dans la tombe. A choisir, il préférerait peut-être l'oubli à l'histoire contemporaine !!

L'Histoire; ce riche trésor des déshonneurs de l'homme

(Henri Lacordaire, religieux français -1802-1861)   

 

 

 Le puits

une porte

Une ancienne cheminée

A suivre: Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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commentaires

Maryvonne Boukhalfa 01/05/2010 13:54



j'ai lu avec beaucoup d'intérêt l'histoire concernant Audierne et en particulier tout ce qui concerne la période révolutionnaire et le sort des prêtres réfractaires. J'ai passé tous les mois
d'été de mon enfance à Poulgoazec et j'en garde un souvenir étonnement vivace sur l'authenticité de ce coin de terre.


Merci de m'apprendre encore des choses ....


Maryvonne



spartacus 01/05/2010 17:27



Heureux d'avoir pu vous intéresser. J'ai choisi de publier sur internet et il me semble que cela touche un public plus important. Sans compter que la consultation est gratuite. Cordialement.
Spartacus